قبائـــــــــــل الصحراء "فرنسي"

Tribes of the Sahara

Tubiana Marie José. L. Cabot Briggs, Tribes of the Sahara. In: L'Homme, 1962, tome 2 n°1. pp. 120-122.
Lloyd Cabot Briggs, Tribes of the Sahara, Harvard and Oxford University
Presses, i960, xx -f- 295 p., ill. et cartes.

« There has been more pure balderdash written and repeated about the tribes of the Sahara than about almost any other people in the world. » C'est par cette phrase péremptoire que Lloyd Cabot Briggs ouvre son livre.
L'auteur, après douze ans de recherches dans les bibliothèques et « sur le terrain » (Chaamba et Touareg Ahaggar), donne à l'usage du grand public de langue anglaise un ouvrage de synthèse dont les éléments constitutifs n'apparaissent pas clairement et qu'il est difficile de juger selon des critères scientifiques, en raison notamment de l'absence totale de références précises.
En réalité, il s'agit d'une nouvelle édition, sérieusement amputée, du livre publié par le même auteur en 1958 : The living races of the Sahara1 auquel le lecteur plus exigeant aura intérêt à se reporter.
On peut reprocher entre autres choses à ce travail de négliger les sources pour les ouvrages de seconde main ; d'accorder un trop grand crédit aux théories d'E. Bovill {Caravans of the old Sahara, London, 1933 e^ The Golden Trade of the Moors, London, 1958) à notre avis très discutables ; de présenter certaines questions comme définitivement tranchées alors qu'elles donnent lieu à des controverses ou à des interrogations ; de procéder par échantillonnage sans avoir au préalable situé les échantillons dans l'ensemble qu'ils sont censés représenter ; d'offrir un certain déséquilibre entre l'Ouest et l'Est saharien dont l'auteur n'a pas l'expérience directe ; d'être marqué par la conception française du Sahara qui omet l'Egypte et la Libye. Tous comptes faits, et dans ces dernières limites, l'ouvrage de base pour le chercheur reste encore Le Sahara français du Pr. R. Capot-Rey.
Après un chapitre de géographie et un autre d'histoire, l'auteur nous présente les populations. Les sédentaires sont décrits en premier lieu « for without their help the great Saharian nomad tribes could never operate as such » (p. 63). Cette affirmation paradoxale a de quoi surprendre. On pourrait aisément retourner la proposition. Pourquoi n'avoir pas mis plutôt l'accent sur la complémentarité de ces deux modes de vie sans trop se préoccuper de l'antériorité de l'un sur l'autre ?
Les Haratin, les Dauada, les Zenata sont brièvement décrits (pp. 66-72) avec leurs caractéristiques anthropologiques, leurs activités.
La classification des villes selon une fonction économique risque de masquer la complexité des faits (p. 73). Dans la première catégorie distinguée par l'auteur, la ville vit de l'exploitation et de l'exportation d'une ressource naturelle, exemple Taoudéni. Il n'est que de lire une récente monographie1 sur cette ville pour se convaincre que si à Taoudéni il n'y a que du sel on y revend pourtant tout ce qui peut se trouver dans une boutique et qui a été obtenu par échange auprès des chameliers venus s'approvisionner en sel. Ainsi pour les Regueybat, Taoudéni est le marché où ils viennent acheter des céréales, du sucre, du thé et des tissus et vendre des chameaux et du beurre fondu (nous sommes alors dans la deuxième catégorie de M. Briggs). Les pages sur le caractère des villes sont plus nuancées (pp. 74-76). Maison, mobilier, organisation politique des centres urbains nous ramènent à la description d'autres populations sédentaires, petites minorités telles que les Tadjakant, les Mozabites, les Mdabih, les Béni Merzoug, les Makhadma, les Juifs, les descendants des esclaves noirs, les puisatiers d'Ouargla ( ghattasin) et une catégorie sociale : les marabouts.
Le chapitre IV “ Hunters, food gatherers and nomads generally » décrit les Némadi chasseurs d'addax, et les pêcheurs Imraguen: II se termine par quelques pages de généralités sur le nomadisme pastoral (pp. 117-123).
Les chapitres V à VIII présentent successivement les Touareg, les Teda, les Arabes chaamba et les Maures. « It seems best to start with the Tuareg, who have so often been described with really shocking inaccuracy and then go on to consider the Teda, followed by the Arabs chaamba and finally the hybrid Moors » (p. 118).
Dans chaque catégorie, c'est un groupe particulier qui est étudié : les Touareg de l'Ahaggar, les Teda du Tibesti, les Chaamba Berazga de Metlili, les Ouled Tidrarin. Ceci pour deux raisons : ces groupes sont peu entamés par l'influence extérieure, l'auteur, au moins dans deux cas, se réfère à son expérience personnelle. Mais ces exemples particuliers auraient gagné à être dès le début situés rapidement dans un cadre général. Ainsi, les Teda offrent une grande diversité de la Libye au lac Tchad (et non « from the Nile Valley to the Niger Bend », p. 167) et si tous sont nomades, l'éleveur de chameaux du Tibesti est très différent du nomade à boeufs du Borkou2. Le lecteur risque de ne pas s'en apercevoir.
Pour ces mêmes Teda on est étonné de ne pas trouver (sauf comme auteurs de l'illustration n° 9 ) les noms de Ch. et M. Le Coeur qui ont consacré des années à travailler sur ces populations (articles et livres s'échelonnant de 1935 à 1953).
Malgré quelques erreurs de détail (par exemple, p. 169, Haratin au lieu de Kamadja, Derdé Shaffaï au lieu de Chaï, Kadmul : turban « green » au lieu de blanc ; p. 183 la tunique en peau ou farto est entièrement tannée et non « with the fur side inside », etc.) le chapitre teda est bien informé. Il est vrai qu'il a l'avantage de s'appuyer sur le précieux ouvrage de J. Chapelle, Nomades noirs du Sahara, paru en 1958.
Le chapitre IX (« Health and disease ») comprend quelques pages (pp. 237-247) sur l'alimentation à base de produits animaux, de fruits et céréales de cueillette, de chasse, secondairement de produits agricoles (mention est faite des tabous alimentaires) . Cela nous conduit à la mortalité dont la cause principale est une sous-nutrition chronique ou saisonnière.
Le dernier chapitre « Retrospect and prophecy » est un point d'interrogation : « What does the future hold then for the tribes of the Sahara ? » (p. 268).
Un glossaire (zeriba, du moins dans l'Est saharien, ne désigne pas une hutte, mais un abattis d'épineux formant enclos) ; une bibliographie sommaire et quelque peu hétéroclite, un index ; trois cartes qui malheureusement ne nous montrent pas le relief et situent trop schématiquement les populations ; quelques belles photos.
Un livre où le lecteur américain trouvera une image du Sahara qui sera loin d'être fausse, mais qui ne sera pas non plus tout à fait vraie.
Marie- José Tubiana