الرومان و البربر "فرنسي"

Romains et Berberes

 

 
 
Les berbers sous le Pharaon Ahmès Ier ,de la XVIII  dynastie, se jettent dans le désert et " ces sémites plus ou moins mélangés de Mon­gols "sont peut-être les ancêtres des hommes rouges. Sous la XIX dynastie, un mouvement en sens inverse se produit : seize cents ans avant Jesus-Christ, des nomades aux yeux bleus et aux cheveux blonds, frères de certains Kabyles ouTouareg moder­nes, envahissent l'Egypte. Puis ce sont les Grecs qui baptisent l'Afrique du nom de Libye, sous prétexte qu'ils y ont rencontré des indigènes qui prétendaient s'appeler Loub ou Loubin. Jus­qu'où ces envahisseurs pénétrèrent-ils au Sahara ?... Il est dif­ficile de nier qu'eux ou leurs prédécesseurs y aient exercé une certaine influence puisque nous avons constaté la survivance de termes grecs  dans la langue des Touareg et l'existence de gra­vures en spirale rappelant l'antique civilisation mycénienne. Les Phéniciens, à leur tour, se mettent en route : le périple de Hannon le mène jusqu'à " la Corne du Midi ", que l'on a cru pouvoir identifier avec la pointe du golfe de Guinée. Pourquoi quelques-uns de ses compatriotes,aussi audacieux, n'auraient-ils pas exploré le Sahara ? D'autant plus que le désert, moins aride que maintenant, n'occasionne pas à l'homme une aussi grande crainte que l'élément instable de la mer.
 
Voici que Carthage est fondée. Il ne s'agit plus d'exploration mais de commerce.Les affaires engendrent la jalousie et l'en­vie,Donc les guerres. A Carthage, il faut des soldats, où les aurait-elle pris, sinon parmi les indigènes ? Mais l'homme pri­mitif n'a le respect que pour la force. En 395, Denys de Syra­cuse est victorieux, il n'en faut pas plus pour que,des Hauts-Plateaux et du lointain Sahara, des hordes tumultueuses se précipitent sur la ville trop riche, comme des hyènes sont attirées par les cris douloureux du lion blessé.Déjà à cette époque, et cela se renouvellera jusqu'à nos jours, les Berbère ont une occasion magnifique de modifier l'histoire du monde : leur goût de l'indépendance, la multiplicité de leurs races font que la dis­sension se met dans leurs rangs, et Carthage est sauvée.Il en sera de même lorsque Aghatocle, faisant une diversion habile, vint, en 310-309, assiégée le comptoir phénicien. Un moment, il réussit à ranger sous ses ordres une grande partie de la popu­lation du sud et de la Cyrénaïque.Carthage use alors du procédé des A`babsa. elle se sert de son or pour obtenir la trahison des Berbères. D'assiégeants, les Grecs deviennent assiégés puis vaincus et, en 306, Carthage apparaît plus forte que jamais. Ce fut alors une période de paix assez longue et de commerce flo­rissant.
 
..Dans son périple guerrier,Hannibal fut accompagné par de nombreux mercenaires, ancêtres des actuels ksouriens et des nomades. Les auteurs du temps ne le cachent pas c'est grâce aux Berbères et aux cavaliers berbères surtout que le fils d'Amilcar put parcourir l'Espagne, le sud de la France et le nord de l'Italie, avant de venir gagner sa victoire de Cannes, II ne faudrait pas cependant comparer cette guerre à nos guerres modernes; faite par des Berbères, les grandes batailles rangées sont rares.On agit par ruée, c'est de la razzia : le jour où l'on s'y attend le moins, un parti ennemi tombe sur une ville, la saccage, l'incendie après l'avoir pillée,car ces mercenaires ne sont mus par aucune idée patriotique, s'ils se sont joints aux Carthaginois, s'ils ont accepté de courir des risques dans une prodigieuse aventure, ce n'est que pour le profit ; or, le profit du Berbère guerrier, ce sont les joies brutales et les voluptés faciles qui suivent la bataille, et le partage équitable du butin.
 
    Cependant, le climat inhabituel,les blessures mal soignées font de grands ravages dans les rangs d'Hannibal.Au moment où il est le plus victorieux, il est presque réduit à l'inaction, et l'on ne lui envoie que quatre mille Berbères et quarante éléphants. Ceci se passait en 216, Les années suivantes, 215, 214, 213, furent dures au chef, mais plus dures encore à ses hommes. Enfin, pour les soulager, Carthage dirige trente mille soldats vers la Sicile.Ces appels multipliés pour obtenir des volontaires obligeaient les recruteurs à aller toujours plus loin vers l'ouest et vers le sud, on peut donc dire sans craindre d'exagérer que tout le Sahara étai tbouleversé par la lutte entre Rome et Carthage. Ainsi, par un curieux phénomène,une partie de la population du désert allait-elle refaire en sens inverse les routes suivies par leurs ancêtres pour venir s'installer en Afrique.
 
    Du côté du plus fort se font les plus belles prises: tant que Carthage enregistre succès sur succès, les Berbères sont avec elle; mais les choses se gâtent en Sicile et elles ne vont guère mieux pour Hannibal, alors une partie des Berbères change de camp et, poussés par leur politique de çof, on en trouvera doré­navant chez les deux adversaires. L'affaire de Gula et de Massinissa contre Syphax a pour dirigeants des Berbères du Nord et ne nous intéresse que pour ceux dont on ne parle d'ordinaire pas "les sans-grades " qui comptent dans leurs rangs de nombreux Sahariens. Pendant que Scipion et ses allies berbères font la guerre en Afrique, Hannibal ,A`sdrubal et leurs alliés berbères font la guerre en Europe, Ainsi, soit pour, soit contre, les Ber­bères et nos Berbères sahariens en particulier travaillent à l'édification de l'Empire romain qui,ayant préparé les voies au christianisme,n'allait pas tarder a bouleverser le monde dans un magnifique effort de rénovation et dans un splendide élan de charité.
 
Peut-être pensera-t-on que, pour meubler des siècles de notre histoire saharienne, si vides en documents, nous avons une fâcheuse tendance à attribuer aux populations du désert un rôle qui ne fut pas le leur. Sans doute, nous ne pouvons nous appuyer sur des références précises, mais, outre qu'il fallait bien que les guerriers vinsent de quelque part alors que les Carthaginois étaient peu nombreux et peu enclins à verser leur propre sang, un fait nous autorise, croyons-nous, à défendre notre opinion. Lorsque Massinissa eut été vaincu par Syphax près des rives de la Méditerranée, entre Hippone et Cirta, il s'enfuit jusque dans le pays des Garamantes,c'est-a-dire dans la région habitée par les Touareg actuels, aux confins du Sou­dan: quel besoin aurait-il en d'aller si loin s'il n'avait craint d'être rejoint,fait prisonnier et peut-être massacré par des émissaires carthaginois ? C'est donc que Carthage exerçait une certaine puissance sur tous les pays sahariens du nord;lorsque   Massinissa  revint rejoindre  Scipion,   c'est  qu'il avait  réussi à se procurer, chez les Garamantes, une escorte suffisante pour traverser à nouveau d'immenses contrées qui lui étaient hostiles; on est donc en droit de penser qu'à la bataille de Zama un contingent de Garamantes hata la conclusion de la deuxième guerre punique, la défaite de Carthage et l'élévation au trône de Massinissa. Or, la royauté de Massinissa, c'était la première main-mise, indirecte encore mais réelle quand même, de Rome sur l' Afrique.
 
Cependant, on ne fait pas impunément appel à des pillards pour rétablir l'ordre, à moins de les maintenir sous un pouvoir très fort, possédant de solides points d'appui et disposant de voies de communication bien établies et sûres : ce n'était évi­demment pas le cas. Les Gétules avaient pris goût aux expédi­tions lointaines à la vie aventureuse et aux profits faciles de la guerre. Massinissa s'efforce d'agrandir son royaume,  mais il se heurte sans cesse aux hordes pillardes qui harcellent les limites inpreceses de ses etats : avec la versatilité , ses anciens alliés deviennent ses ennemies et il doit aller guerroyer jusqu'en Tripolitaine, où il laisse quelques troupes d'occupation.
 
      Chef heureux, Massinissa constate un nouveau revirement dans l'opinion, les tribus se groupent autour de lui, il leur enseigne non seulement les arts de la guerre, mais aussi ceux de la paix,et c'est une période florissante pour l'agriculture. Il serait sans doute parvenu, par la force et surtout par sa finesse politique, à créer l'unité berbère s'il n'avait eu un allié  envahissant. Or, à ce moment, Caton lance son imprécation : " Delenda est Carthago!"   Détruire Carthage, l'écho de ces paroles arrive au fond du désert, car détruire Carthage c'est détruire tout le com­merce transaharien. Mais Rome ne tient pas à faire tuer ses fils, Elle encourage Massinissa dans ses revendications contre la capitale africaine. Aussitôt,l'esprit de çof  renaît et Carthage peut réunir une forte armée. Hélas ! elle est moins bien com­mandée, moins exercée que celle de Massinissa et, en 150,soixante mille soldats de Carthage périssent; parmi eux, com­bien y avait-il encore de Sahariens? En réalité, malgré l'impor­tance que va prendre Cirta à la suite de cet événements la défaite de Carthage devient surtout une grande défaite berbère qui aura pour résultat d'enfoncer toujours davantage les tribus du désert dans l'anarchie. Rome ne pouvait laisser à son allié tout le bénéfice de son succès, elle opère un débarquement et met le siège devant la ville abhorrée.  On sait l'héroique resistance carthaginoise ,sa lutte acharnée qui dura quatre ans pour aboutir, en 146, à une chute irrémédiable.
 
          Il est difficile de définir avec plus de précision l'influence qu'exerça cette capitale de marchands. Elle ne dut pas être très profonde, car les affaires soutenues par des guerres incessantes ne vont pas de pair avec les hautes spéculations philosophiques. Cependant,elle fut réelle si l'on admet la thèse selon laquelle, ainsi que s'exprime Henri Lhote," le tifinagh ,l'écriture des Touareg actuels, est un dérivé du libyco-berbère, lequel est considéré comme un dérivé du punique. Le phénicien punique, continue cet auteur, introduit en Afrique du Nord avec les Car­thaginois, fut employé dans tout le bassin méditerranéen ".
 
En tout autre lieu du monde ,l'introduction de l'écriture est un événement considérable, il est à l'origine d'un renouveau de la pensée, d'une vie intellectuelle plus intense. Cela ne fut pas le cas et l'explication en est simple : le tîfinagh n'est pas d'une lecture courante; avec ses caractères géomériques, son absence de voyelles, sauf le son "a" représenté par un point, sa graphie désordonnée ,  laissé à la fantaisie individuelle,tantôt  de gauche à droite, tantôt de droite à gauche, tantôt de haut en bas, tantot de bas en haut, tantôt en carré, tantôt en spirale, sans que l'on sache s'il faut partir du centre ou de l'extrémité, son. manque de ponctuation et son absence de séparations entre les mots, en font une manière de rébus.  UnTargui épelle lentement, jusqu'à ce qu il soit arrivé à donner un son à cette cryptographie ,encore n'y parvient-il pas toujours. Aussi le tifinagh peut-il servir à rédiger quelque court billet, quelque brève inscription rupestre, on le voit mal utilisé pour un ouvrage nécessitant une attention soutenue.Néanmoins, sa présence sur les parois rocheuses du plus lointain désert prouverait, en dehors des rares données historiques que l'on possède,le rôle joue par Carthage au Sahara, toujours en admettant la thèse d'Henri Lhote.
 
L'ethnographie révèle que Carthage eut une influence religieuse ; Tanit était la grande déesse carthaginoise; or, à Ouargla, au-dessus de nombreuses portes ,existe une curieuse figure géométrique que l'on appelle signe de Tanit. Elle se com­pose essentiellement d'un cercle d'où partent, à la partie infé­rieure ,deux traits en forme de V majuscule renversé. Survivance d'un culte erotique, elle représente un sexe féminin et les jam­bes écartées; la preuve en est que le centre du cercle est souvent occupé par un bol ou une assiette : lorsqu'une jeune fille de la maison se marie , on brise cet ustensile ménager à coups de pierre, symbolisant ainsi le sacrifice de la virginité à une divi­nité supérieure.
 
  Carthage abattue, les Berbères, au lieu de voir leur puissance augmenter, sont en quelque sorte vassalisés par l'Empire. Attirés par lesrichesses fabuleuses que l'on prêtait a l'Afrique, de nombreux Romains passent sur le continent et y ajoutent leur puissance politique à la puissance militaire. La population autochtone semble avoir accepté cette situation sans réactions brutales durant tout le règne de Micipsa, mais, apres la mort de celui-ci, survenue en 119, et l'usurpation de Jugurtha, les choses changent :les indigènes vont s'efforcer de secouer le joug romain. On réussira dans le nord à les mater, le sud sera tou­jours plus ou moins dans un état de révolte,et cela jusqu'à la chute de Rome.
 
Cependant, les début  de la lutte ne furent guère encoura­geants : l'indiscipline berbère, qui se manifestait jusque dans la bataille, ne pouvait lutter victorieusement contre la discipline des Légions. A plusieurs reprises, les troupes de Jugurtha furent vaincues et lui-même dut s'enfuir vers le sud. II se réfugia, dit-on, dans Thala ouTala.
 
"Le souverain de la ville de Talla" était beaucoup plus riche que le sultan de Touggourt. Ce récit en sans doute insuffisant pour affirmer que Talla ait été une cité de l'Oued Righ,  mais que de bourgades anciennes ont trouvé place sur les cartes nord-africaines  grâce à des renseignement  de ce genre !
 
Quoi qu'il en soit, Métellus  vint mettre le siege devant Tala Jugurtha réussit à s'en échapper Est-ce alors, si l'on en croit une des etymologies données au nom de Touggourt, que le roi berbère fonda ce ksar fortifié ? II n'yaurait là rien d'invrai­semblable. Métellus perdit son temps devant Tala. II ne l'aban­donna qu'après l'avoir ruinée et incendiée, ce qui expliquerait qu' iln'en reste même pas de ruines. Jugurtha, au contraire, fit une diligente propagande parmi les Gétules. Il en groupa un certain nombre autour de lui mais,au lieu de se livrer à ces batailles rangées qui lui avaient été si funestes,il faisait une guérilla sans répit, ruinant les points de ravitaillement des Romains. Ses prises étaient envoyées à l'abri dans Gafsa, dont la situation ne rend pas impossible l'emplacement proposé pour Tala. Il fallait d'ailleurs que Jugurtha fût assez loin, et c'était le cas s'il vivait dans Touggourt, pour que les ennemis, sous les ordres de Marius, pussent s'emparer de ses réserves. Ason tour, en per­dant Gafsa, Jugurtha était privé de vivres "« II tenait toute la li­gne du désert " . Ce n'est pas de là qu'il pouvait tirer sa nourriture et encore moins refaire son armement. Il appela Bocchus et ses Maures à son secours. Un combat s'engagea au cours duquel les Romains résistèrent sans pouvoir entamer leurs adversaires. Ceux-ci, heureux de cette demi-victoire, au lieu d'employer la nuit à se réorganiser et à se reposer, se livrèrent au chant et à la danse ;  Au matin, ils étaient harassés lorsque, nous apprend Salluste, les Romains se jetèrent sur eux, en massacrant un grand nombre. Alors eut lieu un de ces actes de félonie comme on en enregistre tant dans les annales de l'Afrique du Nord : Bocchus livra Jugartha à Sylla, Les Gettules durent  traités avec les Romains qui les considérèrent comme des allies libres. Ils furent un certain temps fidèles à leurs promesses, puisque, grâce à leur action. César put, au cours de l'année 46, vaincre Juba trop inquiété sur ses flancs et ses arrières pour lutter efficacement contre  l'armée romaine.
 
Le meurtre de César,  les luttes entre partisans d'Octave et partisans d'Antoine, allaient bientôt tout remettre en question .Comment les Géttules n'auraient-ils pas profité de ces dissensions ? Ils sortirent du désert et portèrent le pillage dans le Tell.
 
 On voit avec quel esprit de finesse le commandant Cauvet savait manier l'ironie; si ses idées sont parfois discutables, elles sont toujours  appuyées sur une si grande érudition que j'ai tenu à faire appel à son autorité reconnue par tous les Sahariens pour soutenir une thèse qui fit couler des flots d'encre et se heurter des historiens par ailleurs paisibles.
De cette pénétration du christianisme, que reste-t-il ? Lecommandant Cauvel veut voir son influence dans le fait que les habitants deTouggourt sont plus doux et plus enclins à la pureté que ceux de Ouargla, par exemple. En ce qui concerne la douceur, nous sommes d'accord, bien que cela soit affaire d'individus;  pour ce qui est  de la pureté,  il  n'en va  pas de même. On peut encore observer dans l'Oued Righ une céré­monie erotique appelée le zoukh, au cours la laquelle,  tous  sexes mêlée, on se livre aux gestes les plus osés. Hérodote avait décrit des actes de promiscuité identiques chez les Libyens Machlyes. Quatre cents ans plus tard. Nicolas de Damas signale chez les Libyens, sans plus de précision, " une. fête terminée par un grand repas,servi après le coucher des Pléiades. A` la fin de ce repas, on éteignait les lumières. Le hasard réglait les unions" Ayant cité ces auteurs, Bertholon et Chantre remar­quent :"  Ces pratiques persistent chez les Berbères non islami­sés, les Zkara." Puis ces savants anthropologues font le rappro­chement suivant :" Les mystères d'Amon, ceux d'Osiris  dans la Haute-Egypte, les mystères de Iakkoset de Zagreus, dans le monde hellénique, comportaient des rîtes semblables pour fêter la  résurrection du  dieu. »
Si l'on veut tirer un argument de cet usage du zoukh pour prouver l'origine orientale  d'une partie de la population de l'Oued Righ,nous y voyons d'autant moins d'inconvénients que cela confirme la légende que nous avons rapportée, mais que l'on ne nous parle plus de la pureté des habitants de la région, II faut donc chercher ailleurs une preuve de leur christianisation possible. Les faits que nous allons dire n'ont sans doute pas plus de valeur que ce que nous avons cités à propos des Touareg. S'ils n'emportent pas la certitude, du moins  s'ont-ils assez  troublants, et ils ont  pour nous  l'avantage d'etre le ré­sultat de nos  observations.
Dans l'Oued Righ, une femme qui veut conserver du lait ou tout autre aliment périssable, surtout dans un pays au climat aussi chaud, place le récipient sur une table ou sur une pierre, puis, s'appuyant sur cette table ou sur cette pierre, exactement dans l'attitude du prêtre au moment de la Consecration, elle murmure des paroles confuses que nous  n'avons jamais pu nous  faire  répéter de façon intelligible : ensuite, elle trace au-dessus du bol ou de l'assiette un signe de croix qu'elle appelle, sous l'influence islamique. signe de Gabriel; enfin, à deux ou trois reprises, elle élève la nourriture à conserver a peu près à la hauteur de sa bouche. Tout cela est fait avec lenteur et respect, et il semble difficile de ne pas y voir un souvenir de l'instant le plus solennel de la messe.
Le second fait rappelle, sous une forme très paganisée, la toute puissance du Christ, Comme chez tous les indigènes, on a, dans l'Oued Righ, la plus grande crainte de l'ain  du mauvais œil . Un hadith  une parole recueillie  de la bouche meme du Prophète Mahomet, a beau expliquer que, si le mauvais œil existe» ce ne peut être que sous  la forme d'une pensée d'envie ou de jalousie, assez puissante pour entraîner de funestes con­séquences; c'est l'explication pour taleb, pour  esprits cul­tivés, les autres continuent à croire que c'est le regard, surtout le premier, qui a une influence néfaste. Delà à chercher à s'en prémunir, il n'y a qu'un pas qui fut rapidement franchi. Plus que la coquetterie, la peur du mauvais oeil fait se parer les fem­mes d'une multitude de bijoux brillants, les tatouages n'ont plus d'autre cause : il s'agit d'attirer le premier regard sur un objet étranger.
Mais il n'y a pas que les individus qui ont besoin d'être protégés contre cette jettatura,les animaux sont menacés et aussi les maisons et les puits, surtout lorsqu'ils sont en cons­truction. Les chantiers auront donc leurs amulettes .Dans l'Oued Righ, elles s'appellent Khéïra Troubya, — deux mots, l'un arabe et l'autre berbère  qui signifient bonheur,ou encore Lalla Troubya, c'est-à-dire Madame Bonheur. Ce choix d'une amu­lette féminine en pays musulman est bien le fait de Berbères, mais là n'est pas la question, ce qui nous intéresse, c'est la forme de ce curieux fétiche. Il représente exactement une croix comme celle de nos calvaires, donc une croix de tradition latine. Com­ment ne pas reconnaître dans cette croix protectrice une influence chrétienne ? Pour quelle soit immédiatement visible  se détachant sur le fond pâle des sables ou sur la blancheur des mu­railles, on l'entoure de chiffons noirs et on ajoute tous les objets brillants possibles que l'on accroche sur les différentes bran­ches. A` l'intersection de celles-ci, une tête grimaçante est le plus souvent dessinée; au-dessous d'elle est suspendu un vieux gant bourré de sable. La tête est certainement un souvenir d'un culte anthropomorphique, tandis que le gant  représentant la main de Fatma, a pour but de faire entrer dans l'orthodoxie islami­que la croix.
Telles sont les seules traces que la pénétration chrétienne et romaine a laissées au Sahara; les seules de ce genre, du moins, car ou pourrait multiplier les exemples en les demandant à d'autres oasis. Evidemment, il vaudrait beaucoup mieux être en possession de textes précis on encore pouvoir prouver que le tombeau de Tin Hinan, ainsi que l'idée en a été émise, avait été une redoute élevée par quelque contingent des aigles impé­riales avant que d'être livrée à sa dernière et macabre destina­tion. Mieux vaudrait encore découvrir quelques bornes militaires  ou quelques ruines d'églises, mais il semble que c'est un espoir,à abandonner .
Outre, répétons-le, que ces monuments, s'ils ont jamais existé,gisent sous des sables accumulés pendant des siècles, il est pro­bable que si,grâce à des circonstances exceptionnelles, Ils étaient restés à l'air libre,ils auraient été irrémédiablement détruits au moment de notre conquêle. En effet les agitateurs qui luttaient contre nous répandaient le bruit que nous appuyions nos droits sur la présence de ces pierres où des mots étaient écrits en une langue inconnue. Entre ces Latins qui avaient permis la diffu­sion du catholicisme et les Français appartenant à la religion catholique, on n'établissait aucune différence, et c'était faire oeuvre pie de lutter contre ceux-ci comme on avait lutté naguère contre ceux-là. L'Islam était passé par là.
Ce fait fut constaté et affirmé non seulement par les pionniers de la conquête, mais par ceux qui, beaucoup plus tard, furent charger de l'organisation : de nombreux vestiges ? découverts par des officiers avaient disparu au moment où ils retournaient sur les lieux pour en assurer le transport. Ce qui fut constaté dans les régions pré-sahariennes se produisit aussi, à n'en pas douter, dans le vrai Sahara où la propagande religieuse fut intense con­tre nous. Ainsi, des actes de vandalisme qui nous privent de précieux documents furent-ils commis longtemps après la dispa­rition de la scène africaine de ces Vandales.