أصل سكان وادي ريغ "فرنسي"

   Origines des Habitants d'Oued Righ


 
       Signalons d'abord que nos informateurs ignoraient tous de l'existence des Boschimang et des Ethiopiens, et, pour la plupart, celle de la tribu perse des Troud dont Ibn Khaldoun et de nombreux écrivains arabes veulent les faire descendre ; ceux qui connaissaient cette filiation la rejetaient purement et simplement.Mais les uns et les autres étaient d'accord pour dire qu'ils pouvaient aussi bien descendre des juifs que des Phi­listins, ce qui nous reporterait, au maximum, à la proto-his­toire.
        Voici comment ils expliquaient celte double origine  possible : quand David eut tué le géant Goliath, la surprise fut énorme. Cet événement extraordinaire et inattendu produisit une telle stupeur sur les deux camps en présence que, de part et d'autres, une véritable panique se déchaîna,au point que l'on vît vainqueurs et vaincus se mêler en une fuite éperdue. Une partie d'entre eux se jeta à travers les déserts arides, traversa l'Arabie, l'Egypte et l'actuelle Tripolitaine. En cours de route, tant de monde était mort de soif, de fatigue ou de maladie, que, à un moment donné, il ne resta plus que deux frères et leurs femmes. Ces fugitifs se rappelaient encore leur,noms : Ourdjlane et Aourir, mais étaient-ils Juifs ou Philistins ?... Sur ce point, leur mémoire défaillait : ils n'étaient plus que de pauvres hommes épuisée, poursuivant leur fuite comme des bêtes traquées et aspirant à trouver un lieu où ils étancheraient leur soif. Précisément, une nappe d'eau se présentait à eux mais ils avaient déjà été trompés par tant et tant de mirages qu'à cette vue la femme d'A`ourir s'évanouit. Son mari avait conservé toute sa lucidité, il n'avait pas devant lui la fantasmagorie trompeuse d'un phénomène physique dont il aurait été inca­pable d'expliquer la cause mais un fleuve vivant bruissant et coulant. Aidé de son frère, il alla y puiser, aspergea la malheu­reuse et la fit boire. Quand celle-ci fut revenue à elle, Ourdjalane dit à Aourir que la sagesse leur imposait de se quitter, car bien que le pays fût riche, il ne leur fallait pas renouveler l'impru­dence de leurs compagnons d'exode qui étaient morts parce qu'ils n'avaient   pas voulu se  séparer dans des  contrées incapables de les nourrir. Ourdjalane partit avec sa femme. Lorsqu'il jugea avoir mis une distance suffisante entre son frère et lui, il s'arrêta, s'installa, fit souche et devint ainsi le fondateur de Ouargla. Aourir ne tarda pas à voir sa femme recouvrer une santé telle qu'elle lui donna trois fils :Mégrine, Moggar et Ourlane. Ceux-ci devenus adultes épousèrent trois femmes, — Philistines ou Juives, on ne sait, — qui, parties comme eux n'arrivèrent que beaucoup plus tard sur les bords de l'Igharghar. Ils quit­tèrent alors leur père qui régnait sur le village d'Ourir, ainsi baptisé du nom de l'émigré, et devinrent chefs des Ksours de Meggarine, Moggar et Ourlana. Ces trois fils eurent à leur tour des garçons qui, suivant l'exemple paternel, s'éloignèrent de leur famille et fondèrent Témacine, à quelques lieues an sud de Touggourt, Hanaïa que l'on Identifie avec l'actuel Sidi Bou-Hania, et Témassinin que les Français débaptisèrent pour l'appeler Fort Flatters. Témassinine aurait eu pour créateur un nommé Temasene dont la nombreuse descendence ne serait autre que toutes les confédérations de Touaregs du nord et du sud .
 Quelles hypotéses, cette légende peut-elle suggérer à l'his­torien ?D'abord, elle donne un certain, poids aux théories de ceux qui veulentune origine asiatique , juive ou autre aux Touaregs , à condition derejeter leu venue en Afrique bien antérieurement à la période islamique; ensuite, Aourir et Ourdjlane ne sauraient être les premiers occupantsdu bassin inférieur de l'oued Igharghar.En effet, si Aourir est l'ancêtre lointain des Touareg, il était nécessairement un blanc ; d'autre part, s'il est le fondateur du village d'Ourir, comment cela se serait-il fait puisque ses enfants l'avaient quitté ? Il fallait donc qu'il eût réussi à grouper autour de lui une masse d'indi­vidus. Or ces individus existaient, sans quoi Ourdjlane n'avait aucune raison de se séparer de son frère : ce n'est pas la crainte  de mourir de faim et de soif qui lui  fit remonter les rives de l'Igharghar vers le sud mais celle de n'avoir pas une influence politique assez grande s'il etait oblige de la partager  . Et si une population existée deja, elle ne peut etre que celle de nos noirs a reflet rouge qui se seraient aisement inclines devant la superiorité du blanc . Ainsi un double courant de migration serait constater dans le nord saharien , mais la presence des hommes rouges n'est pas expliquée pour autant !
    Si l'Agharghar, dont l'oued Righ ne serait qu'un affluent ou un bras, se confond avec le  grand fleuve  Triton, ainsi que l'affirme Hérodote et, après lui, Duveyrier, il est évident que cette région dut être un lieu d'élection pour l'invasion de l'Afrique. Selon Ibn-Khaldoun. le Sahara aurait connu deux immigrations berbères, l'une très ancienne et l'autre qui aurait eu lieu vers le II siècle avant J.-C, à l'époque où, pour la pre­mière fois,on prononce le nom de la tribu des Affaris qui devaient devenir, suivant l'une des étymologies admises, Ies parrains de tout le continent, mais ni les auteurs grecs, ni les auteurs latins, ni les auteurs arabes ne nous donnent de précisions permettant d'entrevoir  l'origines  de ces berberes de " premiere"  ou de " seconde race" , ainsi que s'exprime Ibn-Khaldoun. Au contraire , cet historien va compliquer le probleme en enrechissant  notre vocabulaire d'un terme nouveau ; celui de Zenète. En effet, il écrit  : " Les Righa, — peuple berbère Zénatlen, — se composent  d'un grand nombre de familles, dont une s'est établie dans la région comprise entre le Zab et Ouargla, où elle a été retenue par l'abondance de la nappe artesienne  ." Cette citation ne contredit en rien la légende de notre lettré de Touggourt mais prouverait plutôt combien fut nombreuse la descendance d'Aourir et de son frète puisque les Zenète* auraient peuplé tout le Sahara depuis "Ghadames jusqu'au Sous-el-Akcea ", débordant sur le Tell et l'Aurès. Ibn-Khaldoun discute longuement "les opinions diverses au sujet de l'origine des Zenata ",nous ne pouvons le suivre, tant ce passage de son livre, —  comme beaucoup   d'autres  d'ailleurs, est  alourdi par d'interminables listes généalogiques , nous nous contenterons de remarquer avec de Slane que, tout en la qualifiant de berbère,Ibn-Khaldoun " a toutefois regardé cette grande famille comme une race distincte de la population berbère et, pour cette raison  il a prefere traiter l'histoire dans un chapitre  à part  . Quoi qu'iI en soit, l'historien arabe fait descendre ces tribus de Djanat et Ghana et sa conclusion a un lien trop direct avec notre légende pour que nous ne la citions pas .
" Il faut savoir que Zenata dérive de Djana , nom propre Qui désigne l'ancêtre de cette tribu : Djana fils de Yahyia Or , quand ce peuple veut convertir un nom propre en nom générique, ils lui ajoutent un ( t) a  la fin ; de cette manière, ils ont formé Djanat.
En lisant ces lignes, on ne peut s'empêcher de songer à Djanet, l'oasis des confins Saharo-tripolitano-soudanait, dont il a déjà été parlé. Quand on sait que les Sahariens confondent volontiers les sons a, é et è, on établit aisément le rapport entre une hostilité latente qui se manifestait souvent en de véritables batailles, et ceci explique l'architecture des ksour ,iIs étaient construits avec les matériaux du pays, quelquefois en pierre, plus généralement en Toube , en briques de terre séchées au soleil. Comme l'armement se réduisait à des flèches et à des lances d'abord, puis à des mousquets et à des fusils de faible portée, ces murs étaient une protection suffisante. Pour, mieux surveiller les mouvements de l'ennemi, les villages étaient édifiés, chaque fois que la configuration géographique le permettait,sur une iminence. Mais lingeniosite des séden­taires savait aussi parer aux inconvénients d'un pays trop plat, c'est ainsi que Témacine fut élevée sur un énorme entassement de troncs de palmiers. Un large fossé était creusé autour du vil­lage lorsque la nappe phréatique était assez proche du niveau du sol. Comme on jetait les immondices dans les eaux croupissantes, les anophèles y pullulaient et les populations étaient victimes de cette forme grave du paludisme que, dans l'Oued Righ, on appelle le teheme ; dans le début de notre occupation, les autorités françaises firent combler ces douves infectes. Pour éviter les surprises, les portes réduites à un petit nombre, — en général, il y en avait quatre,une à chacun des points car­dinaux, — étaient fermées chaque soir, souvent même on relevait une sorte de pont-levis primitif, il n y avait pas, à pro­prement parler, de remparts : les murs extérieurs étaient ceux des habitations. Dès qu'un mouvement ennemi était signalé,on abattait les cloisons entre chaque maison, et, dans chacune des pièces, on perçait   des meurtrières.