أولى الحملات الفرنسية بالصحراء "فرنسي"

Premières campagnes françaises dans le Sahara


 
Il était urgent que la sécurité de la route qui mène à Biskra et dans le Sahara fùt garantie par les populations qui la bordent. Fiers de leurs traditions d'indépendance, de la force de leurs montagnes, joignant à cela une nature sauvage que nul germe de civilisation n'était venu modifier, les habitants de l'Aurès étaient les premiers qu'il convenait de réduire. Leurs chefs n'avaient sur eux qu'une action extremement faible qui ne suffisait pas pour les empêcher de se livrer à leurs instincts de désordre, de descendre dans les vallées et intercepter les communications. C'est ce qui motiva la campagne de 1845.
La colonne expéditionnaire de l'Aurès, sons les ordres du général Bedeau, partit de Batna le Ie'mai  prenant la direction de l'Est afin d'aborder les montagnes par le versant nord qui avait toujours été signalé comme étant d'un acces moins difficile. Le 2, elle campait dans la plaine de Yabous, sur le chemin de Medina. Les premiers postes ennemis signalèrent la présence de nos troupes par des feus et se placèrent sur les deux seules routes qu'elles pouvaient suivre le lendemain. Des émissaires rentrés pendant la nuit annoncèrent que la réunion était formée et qu'elle se composait de plusieurs milliers d'hommes.
Le 3, à six heures du matin, la colonne prit la direction sud-ouest, laissant à gauche la montagne des Amrous En arrivant a Medjaz el-Ahmar, sur la partie supérieure de l'oued Chemora, des groupes de cavaliers et de fantassins se montrèrent sur la route. Trois bataillons, sous les ordres du lieutenant-colonel de Mac-Mahon, restèrent à la garde du convoi et les autres troupes déposèrent leurs sacs.
Le colonel Herbillon, commandant la 2° brigade, reçut l'ordre de se porter en avant par le versant sud de la montagne. Une autre colonne, sous les ordres directs du général, devait attaquer les rassemblements qui s'étaient places sur la route.
Le plan était de parvenir a rejeter ces rassemblements sur la colonne Herbillon en cernant, en même temps, les nombreux Chaouïa garnissant le crête du djebel Achera.
Ces préparatifs, mal compris par l'ennemi, lui donnaient confiance et il entame, sur nos avant-postes, une assez vive fusillade. Les groupes etaient conduits par des cavaliers en burnous rouge, portant le chapeau en plumes d'autruche, signe habituel, chez les Arabes, d'un courage incontesté.
La tête, de colonne marcha à l'ennemi et le suivit, au pas de course, pendant une lieue et demie. Une succession de ravins difficiles empêchait d'engager la cavalerie aussi complètement qu'on l'aurait désiré.
Une heure après le commencement du combat, les troupes, hors d'haleine, étaient arrêtées sur un escarpement abrupt et les Chaouïa, au nombre de 1.200 environ, réussissaient à échapper a la poursuite, grâce a cet accident de terrain.
De son côté, le colonel Herbillon avait exécuté son mouvement  avec rigueur, mais arrête aussi dans sa marche par des obstacles naturels, il n'avait pu arriver assez tot pour couper la retraite aux rassemblements poursuivis par l'autre colonne. Il avait  du reste, à repousser un groupe d'environ 600 Kabyles embusqués dans de hautes broussailles.
Les deux colonnes, ayant fait leur jonction, prirent quelque repos pendant que le convoi, laissé au bas de la côte, venait les rejoindre. De nombreux rassemblements étaient dispersés encore une fois dans l'après midi et les troupes campaient sur l'oued Haddada. au-dessous de Teniet-el-Khorchef. Les Oulad-Abdi commençaient déjà à parlementer et à solliciter l'aman.
Le lendemain, la colonne atteignait, sans résistance, le point d'El-Medina, et des travaux y étaient immédiatement entrepris dans le but d'y élever une redoute devant servir de point de ravitaillement.
Les contingents du Sud et de l'Est qui n'avaient pas assisté aux premiers combats, s'étaient réunis de nouveau en vue du camp. Le 7 mai, après avoir mis en état de défense la redoute de Medina, le général Bedeau se décida à marcher vers l'Est afin de déterminer la soumission des tribus de cette partie de l'Aures et de précipiter la retraite de Bel-Hadj qui s'était dirigé dans cette direction.
La brigade du général Levasseur devait se diriger, par le sud du Cheliâ, sur le village de Mellagon, pendant que le général Bedeau, avec la brigade Herbillon marchait, par le nord du Cheliâ, sur leTafrent.Ces deux colonnes, en traversant le terrritoire de trois fractions insoumises des Beni-Oudjana, avaient l'ordre de s'établir près des principaux villages et de s'emparer des approvisionnements qu'ils pouvaient contenir. Le général Levasseur arrivait le même jour à Mellagou et prenait l'orge qui se trouvait, en assez grande quantité, dans les maisons.
La deuxième brigade dut camper à deux lieues du Tafrent. Le lendemain, le général BeJeau était informé qu'une émigration assez considérable se trouvait dans les montagnes du nord. Après une heure de marche rapide, cent boeufs, soixante chameaux, six mille moutons, une assez grande quantité de butin à quelques femmes étaient enlevés. Il n'en fallut pas davantage pour décider la soumission de la tribu qui avait d'ailleurs perdu plusieurs hommes dans cette poursuite.
Une pluie abondante et froide arrêta toute opération pendant la journée du 9.
Le 10, au matin, les rassemblements kabyles s'étaient considérablement augmentés. Ils occupaient deux positions à droite et à gauche de Mellagou, dans la direction des Amamra ; on pouvait estimer le nombre du premier groupe à un millier d'hommes environ, et celui du second à un chiffre un peu plus considérable.
Le colonel Herbillon se porta sur le rassemblement de l'Est, qui se retira et ne put être atteint que par l'artillerie. Le lieutenant-colonel de Mac-Mahon, marchant a gauche, s'empara du grand village de Tamza.
La marche se continua ensuite avec une grande rapidité ,mais on avait a surmonter des difficultés de terrain exceptionnelles que l'ennemi connaissait et dont nécessairement il tirait avantage.
En arrivant près de la dernière crête, un groupe de 800 kabyles se montra inopinément près de la tête de colonne de gauche qui s'était arrêtée pour se rallier. Ils essayèrent un retour offensif qui permit de les rejoindre à la baïonnette et donna lieu à une belle charge d'un escadron de chasseurs; quarante et quelques cadavres restèrent entre nos mains après la dispersion des Kabyles.
Le général Levasseur était également parvenu à joindre l'ennemi et le chargea avec la même ardeur.
Les deux colonnes se rejoignirent après une marche rapide de deux heures. Les Kabyles, fuyant dans toutes les directions, ne présentaient nulle part une réunion qu'on put poursuivre.
Le 11 mai, la colonne, campée à Mezara, était assaillie pendant la nuit par une violente tempête de grêle et de neige qui dura toute la journée du 12. Il était impossible de continuer la marche vers le Sud, les montagnes étant couvertes de neige; les vivres étaient d'ailleurs consommés, la colonne rentra au camp d'El-Medina.
Cependant les Oulad-Ahdi, dont les chefs avaient été les premiers à faire acte de soumission le 3 mai, avaient envoyé un contingent armé à Mellagou pour appuyer les tentatives hostiles des tribus du Sud. Ils n'avaient pas fourni, en outre, les convois qu'ils avaient promis. Le général Bedeau écrivit à Si Mohammed Zeroual, le principal cheikh des Oulad-Abdi, lui enjoignant de se rendre immédiatement au camp d'EI-Medina. Il répondit qu'il était soutirant.
La vérité était que ses gens, aveuglés par des prédications fanatiques et par de fausses nouvelles venues de l'Ouest, lui avaient déclaré qu'ils ne se considéraient pus liés par sa parole, qu'ils feraient la guerre dans leur pays et que, s'il plaisait à Dieu, le jour n'était pas venu où ils auraient les chrétiens pour maîtres.
Les gens de Nara, de Menaâ, de tous les villages du Sud et de la grande tribu des Beni-Ferah prêtaient assistance aux Oulad-Abdi. La réunion des hommes armés était a Aïdoussa, le plus grand village de la vallée et de nombreux travailleurs ajoutaient aux difficultés naturelles du terrain des obstacles et des murs en pierre sèche sur tous les passages.
Le général, apprenant ces dispositions de résistance, écrivit de nouveau aux Chaouïa leur donnant deux jours de réflexion et leur faisant savoir que passé ce délai il punirait avec sévérité ce manque de parole.
Le 18, n'ayant reçu aucune réponse, la colonne alla camper dans la vallée de l'oued El-Abiod, au milieu des villages des Oulad-Daoud. Cette tribu avait exécuté tous les ordres qui lui avaient étaient donnés. Leurs chefs, qui se promenaient dans le camp, paraissaient très étonnés de la discipline observée par les troupes. Des sauves-gardes avaient été placées à leurs villages, les récoltes étaient respectées.
Les orges appartenant à Ahmed Bel-Hadj étaient seules coupées par des corvées régulières pour suffire aux besoins de la cavalerie et du convoi.
Les routes des Oulad-Abdi étaient signalées comme droites et difficiles. On ne pouvait songera engager une colonne au milieu de jardins limités par des murs assez élevas, plantés d'arbres touffus et traversés par des canaux d'irrigation. Mais certains renseignements précis permettaient d'espérer qu'il était possible d'éviter ces obstacles en suivant la crête du Ras-Dra ainsi que le versant du djebel Mahmel.
Le 20, avant le jour, la brigade Herbillon se dirigeait vers Aïdoussa par la ligne des crêtes pendant que le général Bedeau suivait à mi-côte le djebel Mahmel.
Plusieurs coups de fusil tirés pendant la nuit sur les avant-postes faisaient suffisamment connaître les intentions hostiles des Kabyles. - Toutes les dispositions pour une attaque vigoureuse étaient prises, et bien que le gros village d'Aïdoussa fut défendu par environ 2,500 hommes, il tomba au pouvoir de nos troupes après un assez rude combat.
M. de Mérode, lientenant au service de Belgique, qui suivait l'expédition, fut atteint de plusieurs balles qui ne lui firent aucun mal. Nos pertes étaient insignifiantes, tandis que de nombreux cadavres ennemis restaient sur place.
L'influence de ce combat était telle que le soir même les marabouts des Oulad-Abdi venaient implorer le pardon.
Le 22, la colonne continua à descendre la vallée des Oulad-Abdi, se dirigeant vers Menaa et Dara. Le premier de ces villages était habite par l'ex-bey El-Hadj Ahmed depuis un an . Quant au second, il avait constamment servi de dépôt aux ressources de Bel Hadj. Les notables de ces villages et les gens de la grande tribu des Beni-Ferah se hàtèrent de solliciter l'aman.
Le paiement de la contribution des Oulad-Abdi, des Oulad-Daoud et des Beni-Ondjana ayant été terminé le 1° juin, le général Bedeau se décida à évacuer le poste de Medina et à parcourir, avec la principale partie de sa colonne, le territoire sud de l'Aurès qui n'avait pas encore été visité. Il se proposait, par cette marche, d'obtenir la soumission des Beni-bou-Seliman qui s'étaient jusqu'alors bornés a de simples démarches.
Dans cette tribu, il trouva des passages fort difficiles, des terrains en grande partie improductifs, arides et accidentés. La population était livrée à l'anarchie et d'une insigne mauvaise foi, ce qui obligea à employer contre elle des mesures de rigueur.
Le 8, la colonne se dirigea sur la vallée de Khanga-Sidi-Nadji; les petites tribus désignées sous le nom collectif d'EI-Mizeb qui occupent le territoire compris entre Mechounech et Khanga firent, avec empressement, acte de soumission. Cette portion du territoire est fort aride, l'eau y est rare et saumâtre ; les troupes n'auraient pu y faire un long séjour.
Le marabout de Khanga, Si Mohamed Taïeb, arrivait à El-Ouldja à la rencontre de la colonne, annonçant qu'il avait reçu des paroles de repentir des Kabyles du djebel Cherchar. Cette population, éloignée de nos centres de commerce, n'avait eu jusque-là de relations qu'avec la ville de Nefta et le territoire de Tunis. Elle avait autrefois accepté la domination religieuse des marabouts de Sidi-Nadji, mais par le fait, elle vivait dans une complète indépendance.
Les Beni-Maafa, ayant tire quelques coups de fusil sur nos avant-postes, furent punis d'une manière exemplaire, après quoi la colonne pénétra dans le pays des Amamra où plusieurs fractions persistaient à vouloir rester insoumises, refusant énergiquement d'envoyer leurs représentants au camp pour traiter de la paix. Deux jours de réflexion n'ayant pas suffi pour les faire entrer dans une meilleure voie, une razia opérée par nos troupes enleva six cents bœufs et vingt mille moutons aux Oulad-Ensira et aux Oulad-Yakoub.
Cette razia eut pour conséquence immédiate la soumission des autres fractions dissidentes.
L'expédition de l'Aurès était terminée, puisque toutes les tribus avaient fait leurs soumissions et payé leurs impôts.
Cependant le souvenir des coups frappés par le général Bedeau s'effaça en peu de temps chez ces rudes montagnards, et il fallut l'année suivante aller les châtier de nouveau. Les plus rebelles étaient ceux de l'Ouled-Abdi et les habitants de Nara.
De son côté, M. de St-Germain, nommé commandant supérieur de Biskra, exécutait d'heureuses sorties et enlevait aux rebelles quelques personnalités marquantes destinées à servir d'otages.
L'année 1817 faillit être beaucoup plus agitée par les intrigues et la présence de Bou Maza dans notre Sahara.
Le général Herbillon, commandant à Batna, se porta immédiatement vers le Sud pour couvrir les Ziban et refouler l'ennemi s'il avançait.
Le général étant arrivé le 10 janvier au matin devant la principale oasis des Oulad-Djellal, apprit que le Cherif Bou Maaza en était parti la veille, emmenant avec lui les notables des Oulad-Saci et des Oulad-Zeid, promettant un prompt retour et ayant d'ailleurs constitué dans l'intérieur du village, à l'aide d'excitations fanatiques, une résistance qui s'appuyait sur un millier d'hommes bien armés, dont 250 avaient consenti à se faire inscrire comme noyau de troupes régulières.
Les hommes armés se montrèrent a la limite de l'oasis et tirèrent quelques coups de fusil sur les cavaliers des goums qui précédaient la colonne. Le général, qui savait que les nomades du Cheïkh-El-Arab-Ben-Ganâ avaient des relations constantes avec les habitants des Oulad-Djellal, voulut, malgré cette évidence d'hostilité, essayer l'influence d'une première sommation. Il comprenait qu'une exaltation récente pouvait être dominée par des conseils pacifiques. Les pourparlers s'engagèrent, et le délai convenu étant expiré sans résultat, le général se décida à former, a l'aide du goum, un investissement complet de l'oasis. Pour apprécier exactement les précautions a prendre dans ce but, il chargea le commandant Sillon avec la moitié de sa co-lonne de se porter vers le Nord, afin de bien reconnaître les débouchés, pendant que lui-même examinerait la limite du Sud. Il avait, en outre, prescrit de profiter d'une position favorable pour lancer quelques obus sur le village, placé au centre des jardins, et qui ne contenait pas moins de cinq à six cents maisons. Il espérait, à l'aide de ce feu, jeter l'épouvante dans la population de femmes et enfants qu'il savait ne pas être partis.
La journée étant trop avancée pour entamer une attaque sérieuse, il paraissait sage d'admettre que, l'isolement une fois bien établi, on viendrait le lendemain à bout de la résistance, sans être dans la nécessité de procéder a une attaque de vive force.
Le commandant Billon, du 31e, étant parvenu à la partie la moins large de l'oasis, voyant devant lui le village et comptant sur l'entraînement éprouvé de ses soldats, excite d'ailleurs par les cris de guerre des habitants, oublia ses instructions et pensa qu'il serait plus avantageux d'attaquer sans retard.
Il laissa les goums à la lisière du bois et se lança avec son bataillon et l'obusier de montagne à travers les jardins, enleva rapidement toutes les clôtures qui servaient d'embuscades et parvint jusqu'au centre du village. Il y trouva une résistance que la présence des femmes et des enfants rendit nécessairement plus énergique. Il fut tue en cherchant, à la tête de ses troupes, à escalader la partie la plus basse de la grande mosquée.
Un combat acharné s'engagea sur ce point. On se battit â bout portant et à la baïonnette. Plusieurs coups de mitraille furent tirés. Pendant plus d'une demie heure, trois compagnies du 31° soutinrent avec un courage remarquable une lutte rendue bien difficile par l'avantage que les maisons crénelées du village donnaient à l'ennemi qui profitait d'ailleurs de toutes les embus-cades des jardins que le nombre des assaillants ne permettait pas d'occuper.
Ces trois compagnies eurent en un instant dix-huit hommes tués et soixante-cinq blessés.
Le capitaine Vérillou, du 3° chasseurs d'Afrique, prit le commandement en remplacement du chef de bataillon Billon.
La vivacité de la fusillade fit comprendre au général qu'il était urgent de porter secours aux troupes engagées. Quelque contrarié qu'il put être de l'inexécution de son ordre, il n'avait évidemment pas d'autre parti à prendre que de pénétrer dans l'oasis. Il le fit avec 300 hommes du 2° de ligne et 300 hommes du bataillon d'infanterie légère d'Afrique, commandés par le chef de bataillon de St-Germain.
Cette troupe se porta au pas de course sur le village, enlevant avec rapidité, mais non sans pertes, tous les obstacles des jardins. Un combat fort vif s'engagea , à tous les debouches des vues. La nuit arrivait, le général apprit que le 31° s'était retire; son but était dès lors atteint. Il ne pouvait bivouaquer dans le labyrinthe des jardins, il ordonna le ralliement sur les bagages,
Quelques centaines de fantassins inquiéterent ses derniers tirailleurs et commirent l'imprudence de suivre une compagnie du 2e en dehors de l'oasis. Les chasseurs et les spahis firent alors dans le lit de l'oued Djeddi une charge a laquelle participa cette compagnie par un retour offensif.
Plusieurs cadavres restèrent entre nos mains et le feu cessa aussitôt.
Les troupes, conduites directement par le général, avaient eu, dans le court espace d'une heure, dix-sept tués et quarante-cinq blessés.
Les habitants des Oulad-Djellal profitèrent des dernières lueurs du jour pour arborer, sur leur minaret, un drapeau de paix. Le signal n'étant pas suffisamment compris, ils vinrent eux-mêmes a 8 heures du soir au camp, implorant leur pardon en se mettant a la discrétion du général. Ils déclaraient que la plupart des chefs partisans du Chérif avaient été tués dans le double combat. La terreur empreinte sur leur physionomie prouvait suffisamment que, si nous avions a regretter des pertes nombreuses occasion-nées par une attaque irrégulière, le courage de la troupe, l'enlèvement, jusqu'alors inusité, d'obstacles considérés par cette population connut insurmontables, n'avaient pas moins produit un effet salutaire à la puissance et à la vigueur de nos armes.
Les fanatiques ne cessaient de tourner leurs regards vers les montagnes de l'Aurés, où s'était réfugié l'ex bey de Constantine, El-Hadj Ahmed. Les tribus menaçantes du Tell, aussi bien que celles du Sahara, entretenaient toujours des relations secrétes avec lui, et il était à craindre, qu'a un moment  donné, il ne devint encore le porte-drapeau d'une conflagration générale. C'est ce que comprit tres bien le colonel Canrobert, commandant, en 1848, la subdivision de Batna. Aussi prit-il la résolution d'en finir avec ce personnage dangereux. Revenons un instant sur le passé.
Après la prise de Constantine, le bey s'étant dirigé vers le Sud avec les Ben-Ganâ, s'arrêta à El-Kantara; mais ce point ne lui paraissant pas suffisamment sûr, il écrivit à Si Bel-Albès, marabout de Menaa dans l'Aurès . Du temps de sa puissance, El-Hadj Ahmed n'avait eu que de rares relations avec ce marabout, il parait même qu'il existait entre, eux une certaine antipathie. Le bey lui disait, dans sa lettre, qu'il s'adressait à l'homme influent et vertueux qui, déjà, avait donné l'hospitalité a deux de ses prédécesseurs, Toubal-Bey et Brahim-Bey. Si Bel Abbès lui répondit immédiatement qu'il lui offrait un asile dans sa maison. Peu de jour? après, en effet, il dirigeait, sur El-Kantara, cinq cents mulets sous escorte de deux mille montagnards qui allaient chercher El-Hadj Ahmed et toute sa suite. L'ex-bey installait sa famille et ses serviteurs à Menaa et déposait, entre les mains du  marabout, ce qu'il avait sauvé de son trésor en quittant Constantine. Il se rendait ensuite de sa personnes Biskra d'où le chassait Ferhat ben Said, puis il allait parcourir le pays d'Aïn-Beïda (Dyr), a la recherche de partisans; et quand nos colonnes parurent dans cette région, il revint à Menâa et y vécut tranquille pendant un an. C'est alors que ses parents, les Ben-Ganâ, l'abandonnèrent pour se rapprocher de nous, après avoir eu la precaution, comme nous l'avons vu plus haut, de faire livrer leur rival Ferhat ben Saïd à l'émir Abd el-Kader. Pendant ce séjour à Menâa, le bey perdit ses deux fils . Pour se consoler, l'ex-bey passa chez les Oulad-Soultan et perdit encore ,à Megaous ,sa mère El-Hadja Rekia. Après l'expédition du duc d'Aumale contre les Oulad-Soultan, il revint a Menâa. Mais dès que la colonne du général Bedeau apparut dans ces montagnes, il s'enfuit chez les Oulad-Abd-et-Rahman,au village de Kebaich; c'est là que va le retrouver le colonel Canrobert.
De nombreux renseignements sur la situation de l'ex-bey et sur l'impossibilité où il se trouvait de chercher un refuge autre que celui qu'il occupait à Kebaïch étaient parvenus au colonel. On lui affirmait qu'une démonstration suffirait pour l'obliger à se rendre à merci et que les tribus, au lieu de le défendre, étaient lasses de lui et disposées à le livrer. L'affaire était trop belle et trop importante pour qu'un officier entreprenant et énergique comme Canrobert hésitât un instant à tenter ce coup de main. Il fit prévenir M. de St-Germain, commandant supérieur de Biskra, de garder le passage du Sud avec les goums, pendant que lui, de son côté, se dirigerait sur Kebaïch avec une colonne très mobile et de la cavalerie.
Des mouvements bien concertés avaient été exécutés par le Nord et le Sud et la retraite du bey, déjà devenue difficile, ne paraissait possible que du côté de l'Est, par où il aurait pu gagner le pays des Chorfa et des Bradja, desquels il avait reçu des promesses d'hospitalité. Pour lui enlever cette dernière espérance, le commandant de St-Germain organisa rapidement une résis-tance énergique chez les Beni-Melkem, par les soins de Ben Nacer, frère de Si Ahmed-Bey ben Chenouf caïd des Oulad-Soula. Ces dispositions ne furent pas inutiles; le bey avait en effet quitté Kebaïch sous la protection des Oulad-Abd-er-Rahman et il s'était dirigé vers l'Est où il rencontra les Beni-Melkem qui le forcèrent, par leur bonne contenance, à revenir dans les environs de Kebaïch, son ancien refuge.
Ahmed ne voyait plus de chances favorables; tous les passages  du Sahara étaient gardés; le mouvement du colonel Canrobert se dessinait parfaitement et le commandant St-Germain s'avançait vers Kebaïch avec 30 spahis réguliers et un goum de 140 cavaliers environ. Il se décida à écrire à ce dernier. A 3 heures de Kebaïch, un serviteur du bey, accompagné d'un cheikh des Oulad-Abd-er-Rahman, se présentait au commandant et lui remettait une lettre de son maître, sollicitant l'aman, dont voici la traduction textuelle :
L'ex-bey El-Hadj Ahmed à M. le Commandant supérieur  de Biskra.
Je vous ai écrit précédemment une lettre détaillée sur ce qui nous concerne. Je voulais vous envoyer celle-ci  par notre
cheïkh Ahmed, mais il est tombe gravement malade au point d'en être inquiet. Je vous demande l'aman; car vous me l'avez promis précédemment, c'est le fait des gouvernants, c'est surtout celui des Français de tenir la promesse faite. On sait depuis longtemps que vous êtes des gens sur la parole desquels on peut compter. ?crivez-moi donc le plus promptement possible que vous me donnez l'aman, un aman inviolable. Indiquez-moi le lieu ou je devrai vous rejoindre avec mes femmes,  mes gens et ce que je possède sans crainte pour aucun de nous.  II n'est point nécessaire qu'il y ait d'intermédiaire entre nous.  Faites-moi savoir où je devrai aller vous trouver avec ma suite.
Je vous demande un aman inviolable. Vous savez que j'étais le sultan de cette province; mais la volonté de Dieu s'est accomplie ; il est le maitre de l'univers et la terre est à celui auquel il accorde la victoire. Hâtez-vous de me répondre pour me donner l'aman et l'assurance de votre bonté. La trahison est contraire à vos habitudes, a vos principes religieux. Vous
n'aimez pas les traitres. En résumé, je vous demande un aman inviolable pour moi et tous ceux qui composent ma suite. A la
réception de ma lettre, envoyez-moi un officier français pour me remettre votre aman ; nous nous rendrons avec lui auprès  de vous. J'ai acquis la conviction de ce que vous me dites dans votre lettre, j'ai compris que vous me donniez des conseils  salutaires et j'ai accepté. Je vous prie de m'envoyer une lettre d'aman par un officier français sage et prévenant, et je demande surtout a ce qu'il ne soit accompagné d'aucun musulman. Nous nous confions à vous corps et biens. Ne nous abandonnez pas,  ne trompez pas notre attente.
Salut de la part de celui qui a opposé son cachet ci-dessus ;  que Dieu le protége de sa bonté. Amen.
(2 juin 1848.)
A la lecture de cette lettre, le commandant de St-Germain fait partir immédiatement le brigadier Amar ben Abd Allah qui lui servait d'interprète, et lui confia sa montre et sa bague pour les remettre au bey en signe de gage d'amitié (anaïa) et l'engagea a venir s'entendre avec le commandant lui-même. Au moment où il va entrer dans le village, Palaouan le fidèle et vieux garde du corps du bey, armé de toutes pièces, barre le passage, à notre émissaire.et une violente discussion éclate entre eux, quand tout a coup apparaît le bey à cheval, le fusil au poing, sa cartouchière ouverte et prêt a combattre. Amar met aussitôt pied à terre et va respectueusement baiser l'étrier du bey, en lui disant qu'il a une communication à lui faire de la part du commandant .El Hadj Ahmed descend de cheval, emmène Amar avec lui au pied d'un arbre et à la proposition d'aller s'entendre avec le commandant, il demande encore deux jours de réflexion pour prendre une détermination. Amar lui fait alors remarquer qu'il sera trop tard ; les colonnes, lui dit-il, vous entourent et marchent, mieux vaut aller au devant d'elles de votre propre volonté avec l'aman que vous garantit le commandant sur son honneur, que de vous faire prendre sans conditions. A ces sages conseils, le bey se lève et donne l'ordre de s'apprêter à le suivre. Les Oulad-Abd-er-Rahman à ce moment suprême font mine de s'opposer a son départ, les uns, s'inspirant des devoirs de l'hospitalité, prennent les armes, leurs femmes accourent, selon la coutume berbère, avec des cruches d'eau, pour étancher la soif des combattants et les exciter de leurs cris stridents; les autres, plus raisonnables, objectent qu'il faut laisser le bey lui-même décider de son sort. On se chamaille un instant, mais le bey arrête d'un signe les clameurs, fait écarter la foule qui lui livre passage et il s'achemine non sans essuyer ses yeux remplis de larmes, dans la direction que prend le brigadier Amar. Bientôt ils rencontrent le commandant St-Germain qui s'était porté en avant. Cet officier met pied à terre, et avec un tact  délicat devant cette grandeur déchue, se découvre et serre la main du bey. Mais celui-ci fronce tout à coup le sourcil ; il vient d'apercevoir parmi les cavaliers arabes escortant le commandant, quelques membres de la famille des Ben Ganâ.
Mais je remarque, dit-il, que vous ne tenez pas compte de ce que je vous ai demandé avec tant d'insistance.
Quoi donc?
Ces Ben Ganâ ! - Ils m'ont trahi et ils vous trahiront vous-même. Ils sont cause de mes malheurs; je ne veux plus les revoir de mes yeux (sic).
Le commandant donnait aussitôt l'ordre de faire éloigner les importuns et la colère du bey se calmait instantanément Quelques moments après, on se remettait en marche avec les 30 spahis seulement pour escorte et l'on allait coucher a Dibia. C'est là que le soir le brigadier Amar amenait la famille et les serviteurs du bey sur 60 mulets que lui avaient fournis les gens du village de Kebaich. Le lendemain, la caravane passait la nuit à Garta, la marche était très pénible; le vent du Sud soufflait avec une telle violence que deux lévriers du bey mouraient de chaleur et de soif pendant la route. Le troisième jour, on arrivait à Biskra, et, sur les nouvelles instances du bey, on le logeait avec les siens dans le quartier militaire pour être bien certain que nul personnage indigène ne viendrait troubler son isolement volontaire. A ce propos, il convient de rappeler un incident qui démontre combien les malheurs et les rancunes personnelles avaient aigri le caractère d'EI-Hadj Ahmed au point de ne pas consentir à voir ou à être approché par aucun chef arabe.
Le commandant de St-Germain, durant la marche de Kebaïch à Biskra, s'était souvent entretenu avec le bey et avait eu l'occasion de lui parler d'un officier français, très aimé des Musulmans, parlant l'arabe comme un indigène, le capitaine de Bonnemain, dit Moustapha. Le bey avait entendu parler de lui et manifesta le désir de le connaître. De Bonnemain, qui faisait partie de la co-lonne Canrobert, ne tardait pas a arriver avec elle à Biskra et, sur l'invitation du commandant, il allait, sans retard, rendre visite au bey, afin de se mettre, selon ses désirs, en relation avec lui. Bonnemain portait alors le costume arabe; son langage, ses manières, en un mot, sa prestance trompèrent le bey au point qu'il entra dans une si violente colère qu'il l'eût tué s'il avait eu une arme sous la main. Il ne put que le jeter a la porte. Il fallut que le colonel Canrobert et le commandant de St-Germain vinssent affirmer au bey qu'il était dans l'erreur, que c'était un Français et non un chef arabe.
Bonnemain reparut alors en riant et fut comblé de carresses par El-Hadj Ahmed qui, séduit par son caractère ouvert, voulut n'avoir de relations qu'avec lui et le conserva comme compagnon de route jusqu'à Constantine.
Les affaires du Sud de la province étaient assez satisfaisantes au commencement de l'année 1849. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, le commandant de St-Germain était parvenu à réconcilier le cheikh de Tougourt et les gens d'El-Oued. Cependant les fausses nouvelles commençaient à se répandre. Comme toujours, on annonçait l'arrivée prochaine du cherif pour chasser les Français. Les gens du Ziban, qui emmigrent si nombreux a Alger, en avaient rapporté des impressions défavorables, inspirées par tout ce qu'ils avaient entendu dire de nos discordes civiles : les Français allaient évacuer le pays ! Les indigènes grands ou petits avaient tous la conviction - il en est peut-être qui l'ont encore - que tot ou tard, dans une époque plus ou moins éloignée, nous devons quitter l'Algérie, qui deviendrait ce qu'elle était au XIII" siècle, au beau temps de la piraterie. Aussi saisissaient-ils avec empressement et confiance tous les incidents qui leur donnaient quelque chance de nous chasser. Or, nous l'avons dit plus haut, à cette époque la province de Constantine fut parcourue secrètement par le cherif Serour, de la Mecque, émissaire du marabout Senoussi et des Turcs. Serour, après avoir causé les insurrections kabyles et celle plus grave des Zaatcha, s'en retourna à Tripoli, d'où il suivait prudemment les péripéties de la révolte qu'il avait semée en bonne terre.
Nous ne nous occuperons pas ici de l'insurrection kabyle, dont nous avons déjà parlé ailleurs. Nous nous bornerons cependant à signaler que le commandant de St-Germain. appelé à faire partie de cette expédition dans le Nord, emmena avec lui une portion des troupes de la garnison de Biskra. Ce départ produisit un très mauvais effet. Aussitôt les rumeurs, les intrigues se faisaient jour, il y avait de la révolte dans l'air. Partout les officiers des bureaux arabes recevaient l'ordre de parcourir le pays, afin de s'assurer de l'état des esprits et d'arrêter les auteurs de fausses nouvelles et les agents de troubles.
Le lieutenant Seroka, adjoint au chef du bureau arabe de Biskra, était en tournée dans les oasis.
Arrivé à Tolga il etait prévenu, par le cheïkh Ben El-Mihoub, qu'un homme de Zaâtcha, nommé Bou-Zeïan, avait fait un rêve dans lequel il prétendait avoir vu Mahomet au milieu d'une grande clarté. Il prouvait la vérité de sa vision en montrant sa main et son bras teints en vert; après avoir annoncé cette nouvelle, il fit tuer quatre moutons, dont il distribua les morceaux aux gens de Lichana. Dans le Zab-Guebli,
Parcouru par M.Seroka ces bruits étaient depuis quelques jours , répandus de toutes parts . Craignant de voir les esprits s'animer par les recits mensongers de Bou Zeian , cet officier crut devoir en arreter les progres en saisissant leur auteur .Il avait appris , en outre , que Bou Zeian recevait beaucoup de monde et se faisit donner de nombreuses offrandes depuis qu'il avait commencé à débiter la fable de son rêve. Du temps d'Abd-e1-Kader, Bou-Zeïan, nommé par Berkani, avait été cheïkh de Zaâtcha.
Lors de l'expédition de 1844 à Biskra et la prise de possession des Ziban par le duc d'Aumale, on n'avait pas voulu le maintenir, à juste titre, dans cette position ; on le connaissait pour un homme actif et remuant, on avait mis a sa place un de ses parents nommé Ben Azouz. Bou-Zeïan, par sa richesse, par sa renommée comme guerrier, par une certaine supériorité d'intelligence, avait conservé une grande influence dans le pays. Il se chargeait presque toujours de la perception de la lezma. Bou-Zéïan n'avait jamais eu la réputation d'un saint homme, et ce ne fut qu'après le retour d'un voyage fait à Alger par son fils, qu'il prit le parti de se couvrir du masque religieux pour augmenter son importance, a défaut d'une autorité confiée par les Français.
M. Seroka se rendit à Zaatcha, accompagné par le cheïkh de Tolga qui ne voulut pas franchir la porte du village. Il avait, en outre, un chaouch de Lichana et huit ou neuf cavaliers de la nouba; l'arrestation de Bou-Zeïan lui avait semblé chose facile et en effet, à ce moment, l'insurrection n'était pas encore assez déclarée pour que l'arrestation de cet imposteur semblât un acte téméraire.
M. Seroka, en arrivant sur la petite place de Zaâtcha, aperçut Bou-Zeïan qui s'y promenait seul. Il lui donna aussitôt l'ordre de monter sur un mulet amené à dessein pour le transporter à Biskra Bou-Zeïan s'y place, et aussitôt, ayant brisé son chapelet, il descend pour en ramasser les grains et gagner du temps. M. Seroka de son côté fit descendre de cheval deux spahis pour l'obliger à remonter sur son mulet. Bou-Zeïan contraint avait déjà exécuté cet ordre, lorsque les cris aux armes, prononcés par ses parents retentissent dans le village. Aussitôt ils se précipitent sur la porte d'entrée et la ferment. Le danger était imminent et M. Seroka s'empresse de revenir sur ses pas. Un spahis se met en devoir de forcer la serrure. Pendant ce temps le cheikh de Zaâtcha, Ben-Azouz s'empare de son fusil et tire sur lui sans l'atteindre. Au même instant Bou-Zeîan, sortant un pistolet qu'on n'avait pas encore aperçu, le déchargea sur le spahis occupé à le maintenir sur le mulet et s'enfuit. En un clin d'œil tous les habitants du village qui, sans dôutc, avaient été prévenus de se tenir sur leurs gardes, étaient tous armés et ti-raient sur M. Seroka et son escorte.
Celui-ci, après avoir franchi la porte, se hâta de sortir de la forêt de dattiers qui entoure Zaatcha. Deux chevaux, deux burnous rouges et un fusil étaient restés entre les mains des habi-tants du village. En arrivant près de Bou-Chagroun, M. Séroka fit inviter le cheïkh a venir le trouver. Celui-ci se présenta aussitôt protestant de son dévouement pour les Français et offrant ses propres chevaux pour monter les spahis qui avaient perdu les leurs. Personne autre que le cheïkh ne sortit du village. C'est de Bou-Chagroun que M. Séroka fit connaître à Biskra ce qui venait de lui arriver à Zaatcha et qu'il signala les mauvaises intentions du Zab-Dahari. M. le capitaine du génie Lagrenée, qui commandait le cercle pendant l'absence de M. de St-Germain, jugeant que la position de M. Séroka n'était pas sûre dans l'état d'isolement où il se trouvait, fit partir M. Dubosquet, chef du bureau arabe, pour se rendre à Bou-Chagroun. Il lui donna, pour appui, les cavaliers du goum et les spahis disponibles et, pour instruction, de se mettre en communication avec les djemaâ des diverses oasis du Zab-Dahari, de sonder et de reconnaître exactement l'état des esprits. Il devait chercher, par tous les moyens possibles, a circonscrire l'insurrection naissante et la contenir dans l'enceinte même de Zaâtcha. Cet officier s'aperçut bien vite que la manifestation de Bou-Zeïan et de ses parents n'était que la première démonstration d'un soulèvement général qui réunissait déjà, dans une même pensée, tous les habitants des Ziban.
Dans divers villages, on avait prêché la guerre sainte, du haut des minarets, à l'heure de la prière. M. Dubosquet se rendit à Zaatcha et, d'après les ordres qu'il avait reçus, il se tint, dans la partie découverte de la plaine, hors de la portée des balles. Il envoya d'abord un serviteur du caïd, puis le caïd lui-même pour parlementer avec les révoltés. Les habitants venaient de clouer leurs portes; ils ne voulurent point entrer en arrangement et se bornèrent à répondre qu'après avoir chassé le petit bureau arabe (l'adjoint), ils chasseraient de même le grand de chef) s'il se présentait chez eux. Leur résolution était bien prise, disaient-ils, de ne pas livrer celui qu'on avait voulu leur enlever.
Le cheïkh de Liana avant été mandé avec sa djemaâ, il venait seul avec un chaouch. Sur le reproche qui lui était adressé à ce sujet, il parlait et ne revenait plus. Le chaouch, de son côté, en entrant dans son village, s'était dépouillé des insignes de son emploi comme pour protester de sa haine pour les Français qu'il ne voulait plus servir.
Les gens de Farfar et de Foughala, auxquels des cavaliers avaient été envoyés, répondirent que si l'on attaquait Zaàtcha, ils prendraient les armes en sa laveur. Les cheikhs de Bou-Chagroun et de Tolga qui, par l'ordre de M. Dubosquet, avaient été chercher leur djemaâ, revinrent seuls.
Il était évident dès lors que l'insurrection avait gagné tous les villages et tous faisaient cause commune. Voyant ces dispositions hostiles, M. Dubosquet reprit la route de Biskra.
Après le retour de cet officier, M. le capitaine Lagrenée fit venir le cheïkh El-Arab ben Ganâ et ses parents et leur donna l'ordre
de faire monter leurs goums à cheval, d'isoler les oasis rebelles, en même temps il fit occuper la route d'Alger par les Sahari.
Ces cavaliers avaient donc pour mission de faire des patrouilles continuelles, d'intercepter les routes, en un mot, d'isoler les rebelles. Cette mesure de répression aurait peut-étre pu réussir si les cavaliers des Ben-Ganà n'eussent pas profité de cette circonstance pour exercer quelques vengeances personnelles en arrêtant, au loin, des gens inoffensifs et en les mettant a contribution. Il y avait d'ailleurs trop de motifs d'intérêt, d'affinités entre eux et les habitants pour que ce blocus ne fût pas illusoire. Il y eût donc nécessité de les éloigner de ce service de surveillance tout en laissant le cheïkh El-Arab Si Bou-Aziz ben Ganâ agir selon l'opportunité pour ramener les rebelles dans le devoir, soit par la douceur, soit par quelques actes de sévérité habilement dirigés.
L'inertie de Ben-Ganâ fut alors manifeste. Bou-Zeïan, cependant, continuait a répandre le bruit de son rêve miraculeux et proclamait la guerre sainte, annonçant que l'heure de triompher des Français était arrivée. Aidé par le cheikh des Zaâtcha, Ben-Azouz, il poussait à la révolte.
Ces deux hommes comprenaient, en effet, qu'ils étaient tellement compromis vis-à-vis de nous, que leur seul parti était d'entretenir l'agitation dans le pays jusqu'à ce qu'une force un peu considérable put leur être opposée.
Pendant ce temps, le général Herbillon, commandant la province, était en expédition dans le pâté montagneux qui sépare Mila de Collo. Profitant du répit qu'on lui laissait, Bou-Zeïan employait son temps à propager l'insurrection. Malgré le blocus dont les oasis sont l'objet, il écrit de nombreuses lettres dans l'Aurès et dans le Hodna ; les populations commencent à s'agiter à sa voix et les Oulad-Sahnoun, fatigués de Si Mokran  qui s'était rendu odieux à ses administrés autant par son avarice sordide que par le cynisme et le dérèglement de sa conduite, vont attaquer la zmala du caïd placé à Barika.
La révolte avait donc envahi tout le Hodna; elle pouvait gagner le Bellezma tout entier;  il fallait l'arrêter sans délai pour éviter de plus grands malheurs. Le colonel Carbuccia, commandants Batna, commence à se mettre en mouvement avec un millier d'hommes et châtie les rebelles du Hodna. Sa colonne était à trois jours de marche de Zaâtcha seulement ; malgré la chaleur intense du mois de juillet, il la dirige sur cette oasis afin de détruire le principe de l'insurrection.
Le 16 juillet, au matin, il était en face de la résistance.
Il aperçoit d'abord, sur la lisière de l'oasis, de nombreux groupes armés qui le provoquent par leurs cris. A peine arrivé au campement, il est attaqué par un feu assez vif pour qu'il soit nécessaire d'engager deux compagnies afin de repousser l'ennemi. Tout espoir d'accomodement était perdu; les habitants n'avaient point attendu notre attaque. Des contingents de Msila, de Bou-Saâda, des Oulad-Naïl étaient d'ailleurs entrés dans la place, et si les gens de Zaàtcha avaient voulu la paix, les étrangers les eussent empêché de la conclure.
Le colonel Carbuccia exécute une première attaque, mais ses troupes se trouvent de toutes parts en présence d'obstacles, de fossés, d'abattis de palmiers et de murs crénelés d'où les décharges se succèdent avec une effrayante rapidité. Les habitants se battent avec la rage du fanatisme; que pouvait la bravoure de nos troupes contre un ennemi que d'infranchissables murailles dérobait à leurs coups! Au bout d'une heure et demie d'efforts impuissants, mais empreints d'une superbe intrépidité, le colonel donna l'ordre de la retraite. On emporta quatre officiers grièvement atteints ; le lendemain,.la colonne Carbuccia ramenait à Biskra 32 cadavres et transportait 115 blessés.
Telle était la première attaque des Zaatcha. L'insuccès que nous venions d'éprouver, en augmentant la confiance des rebelles, préparait à l'insurrection un développement qu'elle n'avait jamais atteint dans la province de Constantine et obligeait à entreprendre l'opération la plus difficile qui eût eu lieu depuis la prise d'Alger.
Pendant le mois d'août, Bou-Zeïan étend ses relations.
Des lettres adressées par lui sont répandues a profusion.
Il appelle a la guerre sainte et remue fortement les esprits des montagnards. A sa voix, les gens de l'oued Abdi vont attaquer le marabout Sidi Bel-Abbés, leur caïd, a cause de sa fidélité a la France, et la révolte gagne l'Aurès. Ben Ahmed Bel-Hadj, l'ancien khalifa, le meurtrier de la garnison de Biskra, reparaît, espérant, à l'aide du désordre, reconquérir quelque autorité. Ses efforts, unis à ceux de Bou-Zeïan, finissent par détacher de notre alliance le fameux marabout Sidi Abd-el-Afid, de Khanga, chef de l'ordre religieux Ben-Abd-er-Rahman. A l'appel de celui-ci, tous les khouan de l'Aures du Sahara se dirigent sur Khanga. Une immense quantité d'hommes armés se joignent a lui. Après quelques jours donnés aux prédications les plus véhémentes, Si Abd-el-Afid se dirige sur Biskra avec l'intention de s'en em-parer. Si El-Bey ben Chennouf, notre caïd des .Oulad-Saoula, campé à Sidi-Okba pour surveiller l'Est, annonce avec inquiétude que la population contenue par sa présence, s'agite soudainement à la vue des drapeaux et de la musique guerrière de Sidi Abd-el-Afid.
A cette nouvelle, le commandant de St.Germain, revenu à la hate de Biskra, fit monter à cheval les chasseurs, les spahis et le goum. Il ordonna à 300 hommes sans sacs de prendre les armes. Dégager Ben Chennouf, reconnaître l'ennemi, apprécier ses forces et tenter un coup de main si l'occasion se présente, tel était le but de la sortie. Peu guerrier de sa nature, l'imprudent marabout avait placé son camp sur la rive gauche de l'oued Biraz, à près d'une lieue de la montagne. M. de St-Germain jugea d'un coup d'œil tout ce que l'ignorante imprudence de Sidi Abd-el-Afid lui promettait de succès.
Le jour ne devait plus durer que deux heures, il fallait se hâter. Quoiqu'il n'ait que peu de monde sous la main, il se décide à commencer l'attaque sur le champ. Il dirige son infanterie droit au centre des Arabes, tandis que lui-même faisant un mouvement à gauche avec les chasseurs et les spahis, défile au trot le long de la rive droite de l'oued Biraz, afin de trouver un passage et se porter entre l'ennemi et la montagne. Ce mouvement était
décisif et il voulait le diriger lui-même. La manoeuvre réussit parfaitement.
Pendant que le commandant s'élançait sur la droite des Arabes dans le lit de l'oued Biraz, l'infanterie se jettait aussi à la baïonnette dans la rivière, se dirigeant droit sur un petit mamelon surmonté d'un grand drapeau qui servait de ralliement à 4 ou 500 fantassins ennemis. Notre infanterie, en couronnant la rive gauche de la rivière, se trouva au milieu du camp de Si Abd-el-Afid. Sa confiance est telle que les tentes sont encore dressées, les chevaux et mulets attachés aux cordes. Pendant ce temps, la cavalerie avait trouvé un passage et commençait à sabrer les fantassins ennemis abandonnés par leurs cavaliers. Dans la mêlée et presque au début de l'action, le commandant de St-Germain, frappé de deux balles dans la tête , tombe mort, laissant à d'autres le soin de le venger et d'achever son beau fait d'armes. Dans toute cette charge brillante, il n'y eut que lui et un chasseur tués . A 6 heures 1/2 du soir, l'ennemi, en pleine déroute, avait gagné la montagne, laissant 280 morts. A minuit, cette petite colonne était de retour à Biskra ramenant tout ce qui était dans le camp, armes et chevaux, ainsi que les livres de Si Abd-el-Afid. Ce dernier s'était enfui et, pour ne pas être reconnu, s'était dépouillé complètement de ses vêtements.
En apprenant la nouvelle de la mort de M. de St-Germain, le général Herbillon ordonna au colonel Carbuccia d'aller prendre le commandement direct des Ziban. Le général paraissait lui-même devant Zaâtcha où il trouvait la résistance fortement organisée. L'influence de Bou-Zeïan avait grandi. L'inaction forcée dans laquelle nous étions resté à cause de l'expédition de Kabylie, avait augmenté sa confiance. De nombreux contingents, venus de toutes parts, avaient pénétré dans Zaâtcha et donné  la main aux habitants pour compléter les ouvrages de défense. Zaâtcha, comme toutes les autres oasis, présentait l'aspect d'une haute futale, c'était une vaste forêt de palmiers-dattiers, entourée de murailles en pisé. Lichana et Zaâtcha formaient un seul groupe contenant environ soixante-dix mille pieds d'arbres. Deux sources abondantes, Aïn-Mekoub et Aïn-Fouar, alimentaient les irrigations. Les rues qui traversaient cette forêt étaient à la hauteur du terrain naturel et bordées de murs de chaque côté. Les jardins, cultivés avec l'indolence habituelle des populations indigènes, étaient couverts d'obstacles de tous genres : des abricotiers, des figuiers dont on n'avait pas coupé les basses branches, des plantes rampantes arrêtant ou gênant la marche à chaque pas. Ce désordre qui règne ordinairement dans les jardins des Ziban avait encore été augmenté à dessein pour faciliter la défense.
Zaâtcha ressemblait à une petite ville du Moyen-Age et son pourtour était garni de tours carrées, placées de distance en distance, ralliées entre elles par des maisons crénelées. Un fossé large et profond avait, depuis la première attaque, été l'objet d'un travail assidu. Il environnait entièrement la place. Sur son bord intérieur, les habitants avaient fait un chemin de ronde abrité par un mur. On pouvait, en outre, circuler autour de la place soit par les terrasses des maisons, soit par des communications ouvertes exprès dans les murs de séparation de chacune d'elles. Ces nombreuses difficultés n'étaient pas connues, malgré tous les renseignements dont on avait cherché à s'entourer.
Après les récits palpitants qu'en ont fait le général Herbillon et le capitaine Charles Bocher , il n'y a plus rien à dire sur les opérations militaires meurtrières et difficiles devant Zaâtcha où brillèrent, en première ligne, les Canrobert, Bourbaki, Petit, Mirbeck, Lebrettevillois, de Lourmel, de Lavarande, Bataille, de Barral. D'impérieux motifs faisaient une loi de ne pas donner à 1'attaque définitive un terme plus long. L'état politique de la province s'aggravait de jour en jour, la mauvaise saison s'avançait, des cas de choléra se renouvelaient à chaque instant dans le camp, les approvisionnements de vivres ne pouvaient plus arriver ; tous nos convois étaient attaqués. Ces raisons si puissantes excluaient la possibilité d'un retard. Enfin, le 26 novembre, l'assaut définitif est donné.
Toutes les colonnes d'attaque sont à leur poste. A 8 heures précises, le signal convenu se fait entendre. Aussitôt, un immense cri de Vive la France ! s'élève de toutes parts et nos soldats, précédés de leurs officiers, s'élancent en avant pleins d'un noble enthousiasme. Malgré la vive fusillade des rebelles partant de tous côtés et faisant de nombreuses victimes dans nos rangs, le foyer de la résistance est envahi. Les zouaves se sont emparés de la plus élevée des terrasses de la ville et le drapeau français flotte dans Zaatcha. A 8 heures 1/2, la plupart des terrasses sont occupées par nos troupes, mais pas un des feux n'a fini. On commence alors un combat acharné dont il n'existe peut-être pas d'exemple si ce n'est le siège de Sarragosse. Le feu sort des ouvertures des étages inférieurs, de toutes parts, enfin. Il faut faire le siège de chaque maison. De la terrasse on ne peut plus descendre au premier étage qu'après un combat dans lequel on a à essuyer, a bout portant, le feu d'un ennemi invisible, décidé à vendre chèrement sa vie. Ou premier pour descendre au rez-de-chaussée, dernier refuge de la défense, il faut passer un à un par des trous étroits placés au milieu de la maison. Dans ces parties obscures, dont les portes ont depuis longtemps été maçonnées, la lumière n'arrive que par des créneaux pratiqués dans les murs. Celui qui s'aventure à descendre est aussitôt frappé, il tombe et les défenseurs lui coupent la téte pendant que ses camarades occupent le haut de la maison. Si en renonçant au moyen dangereux de pénétrer dans l'intérieur, on vient en dehors a pratiquer un trou dans la muraille, l'ouverture est à peine faite que les travailleurs tombent criblés déballes. Chaque maison exige un assaut plus meurtrier que celui de la place même. Il ne reste plus qu'une ressource pour épargner le sang de nos hommes, c'est de faire sauter à la mine les derniers réduits de ces terribles et courageux ennemis. Ce moyen est employé sur plusieurs points. La résistance est presque partout vaincue et cependant Bou-Zeïan tient encore. Sa fin est digne de son héroïque défense, et jusqu'au bout son caractère ne se dément pas. Le bataillon de zouaves du commandant de Lavarande environne la maison solide de Ben-Azouz dans laquelle il s'est retire. Un feu très vif part de cette maison et atteint tout ce qui l'approche. On fait avancer une pièce de montagne pour la battre en broche. Les canonniers tombent percés de coups. Il faut renoncer à ce moyen. Un sac de poudre fait tomber un pan du mur et laisse une partie des défenseurs à découvert. Quelques-uns d'entre eux sont tués sur-le-champ ; d'autres se réfugient dans une pièce voisine dont l'entrée est une porte basse ayant à peine un mètre de haut. Profitant de l'instant de désordre qui succéda à l'éboulement de la muraille et a fait cesser la défense, un sergent du 5e bataillon de chasseurs à pied, nommé Guanté, s'élance par l'ouverture, entre dans la chambre où sont les derniers défenseurs et crie : Bou-Zeïan, Bou-Zeïan !
Un homme, auprès de lui, répond aussitôt : Ana Bou-Zeïan - c'est moi Bou-Zeïan !
Le sergent le saisit vivement par le bras, le tire à l'extérieur et dit au commandant de Lavarande: Voilà Bou-Zeïan !
On lui demanda encore qui il est et sa réponse est la même. Le commandant le prend sous sa protection et il envoie de suite prévenir le général que Bou-Zeïan vient de tomber vivant entre ses mains et lui demande ce qu'il doit faire. Le général donne l'ordre de le fusiller mais d'épargner la tète afin que l'on puisse l'exposer et que, reconnue par les indigènes, elle serve d'exemple à ceux qui voudraient imiter sa rébellion.
Quand cet ordre parvint au commandant, il fait monter Bou-Zeïan sur la terrasse de sa propre maison et là lui fait dire, par un interprète, qu'il allait mourir.
Bou-Zïan, alors, redresse fièrement la tête, étend ses bras en montrant les deux paumes des mains en disant : Je suis prêt; vous avez été les plus forts, Dieu seul est grand ! Quatre balles le frappaient au cœur et il tombait raide mort. On lui coupait ensuite la tête qui était envoyée au camp et plantée au bout d'une baïonnelle.
Dans cette même maison, le fils de Bou-Zeïan, jeune homme de 16 à 17 ans, fut pris quelques instants après son père. Il avait la bouche et les mains noires de poudre. On le conduisit au camp. Le général aurait voulu lui sauver la vie, mais Ben-Gana, le caïd de,Biskra, lui répéta avec tant d'insistance que le fils du chacal était chacal lui-même, le sollicita tellement a le lui livrer que le général y consentit. A peine est-il entre les mains des serviteurs du caïd, qu'ils se l'arrachent comme une proie qu'on pourrait leur ravir, le couchent sur le dos et lui scient le cou. Cette affreuse exécution fut faite avec une telle rapidité que M. Vignard, l'interprète principal de l'armée, peu d'instants avant, à côté du jeune homme, traduisant les paroles du général aux Arabes qui l'entouraient, se retourne pour voir ce qu'il était devenu et aperçoit sa tête suspendue au-dessus de celle de Bou-Zeian, à la même baïonnette .
Lorsque le minaret de la mosquée du haut duquel Bou-Zeïan avait appelé les fidèles à la guerre sainte sauta en l'air avec un fracas épouvantable, un long cri de joie s'éleva dans le camp: c'était le couronnement de ce siège si long, si pénible qui nous avait couté tant d'efforts et de sang d'un corps expéditionnaire dont l'effectif avait varié de quatre à sept mille hommes, quinze cents environ avaient été tués ou blessés pendant ce siège de 51 jours: du 7 octobre au 26 novembre.
Les Arabes étaient consternés et terrifiés par le terrible châtiment infligé à Bou-Zeïan et à ses partisans. Leurs bardes avaient chanté les vertus et les premiers succès de ce fanatique ; mais ce n'est que ces premières improvisations que nous pouvons donner au lecteur ; après la catastrophe ce ne fut qu'un silence de mort, personne n'osa plus élever la voix.