الصحراء الغريبة

ÉTRANGE SAHARA...
HISTORIA magazine
N° 381 du 11 février 1974


 
CENT vingt-cinq ans après la conquête, l’immense désert saharien n’apparaît plus comme une étendue stérile, quelque peu métaphysique. Ce n’est plus cette mer inhospitalière qui contribue, suivant la formule heureuse d’Ibn Khaldoun, à l’insularité de l’Afrique du Nord. Avec le Sahara, un hinterland riche de promesses semble s’ouvrir à l’Algérie, à la métropole, voire, au dire de certains, à toute l’Europe occidentale.
    Tout d’abord, comment définir ce Sahara ; où commence-t-il, quelles en sont les limites ? Sur ce point, géographes et musulmans sont quelque peu en désaccord. Pour les premiers, le désert commence au débouché méridional de l’Atlas saharien et de l’Aurès, là où les précipitations s’abaissent au-dessous de 200 mm. Il exclut les hautes plaines, les zones de la steppe, régions d’élevage extensif, domaine du mouton, de la chèvre et du dromadaire.
    Pour l’Arabe, il n’existe pas de transition. Il y a une opposition fondamentale entre le tell et le Sahara. Celui-ci englobe toutes les zones où l’agriculture devient impossible sans irrigation. On retrouve la conception du nomade pour qui la steppe relève du désert. Il y a là une interprétation qu’on ne peut finalement rejeter a priori, d’autant que le Sahara, en bien des secteurs, « remonte » en direction du nord, au cœur même du Maghreb, ne serait-ce qu’aux confins algéro-marocains. Au cœur de l’Algérie, à moins de 200 kilomètres de la côte, Bou-Saada offre au touriste pressé un avant-goût des oasis sahariennes et l’influence désertique est on ne peut plus sensible dans la cuvette du Hodna, bien avant d’atteindre Biskra.
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Au pays de la soif
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   Il n’en reste pas moins qu’au cœur du XXème siècle, le Sahara continue à faire l’objet d’images préconçues, de clichés faciles. Pour le touriste éventuel, c’est la terre des mirages, de la soif, des dunes de sable, des farouches Touareg, mais aussi de ces compagnies de méharistes où se perpétuent des traditions de romantisme et d’aventure. Au risque de décevoir, il faut bien admettre que le Sahara n’est pas une immense étendue de sable. Les formes de relief y sont des plus variées. S’il est d’imposants rassemblements de dunes – les ergs –, on trouve d’interminables plateaux rocheux, profondément entaillés par les oueds et qui se terminent brutalement par d’énormes falaises. Ce sont les hamadas ou les tassilis. Il y a encore d’infinies plaines caillouteuses, le reg, qui, exception faite de quelques plaques de sable, se prêtent admirablement au passage des véhicules. Certains ont été jusqu’à parler d’autodromes. Les montagnes ne sont pas davantage absentes. Au cœur du Sahara s’élève le splendide massif du Hoggar, qui culmine à près de 3 000 mètres. Plus à l’est se dresse le Tibesti, avec 3 400 mètres. Le volcanisme n’est pas étranger à l’agressivité des formes.
    Quitte à répéter une lapalissade, l’originalité spécifique du désert repose sur l’absence de végétation. Si les nuits sont fraîches, en hiver notamment, où le gel n’a rien d’exceptionnel, les journées sont le plus souvent torrides et le thermomètre, à l’ombre, grimpe allégrement à 50° C et même plus. Les quelques mois d’ « hiver » apportent une température supportable, agréable même, comparable à celle d’un beau mois de mai à Paris. Il n’en reste pas moins que les températures moyennes sont de l'ordre de 30° C.
    Il est cependant des déserts froids comme ceux du Turkestan ou de Gobi. C’est finalement la faiblesse et l’extrême irrégularité des précipitations qui constituent le phénomène déterminant. Partout, les précipitations moyennes sont inférieures à 100 mm et peuvent même se réduire à 20 mm dans le Tanezrouft, l’authentique pays de la soif. Encore que des pluies diluviennes, accompagnées d’inondations, puissent succéder à plusieurs années d’une sécheresse absolue. Pour compléter, disons encore que le vent souffle pratiquement en permanence et que des remontées d’air brûlant, le sirocco, déferlent régulièrement sur toute l’Afrique du Nord.
    Malgré l’irrégularité et l’insignifiance des pluies, la végétation n’est cependant pas absente du Sahara. Ou plutôt, elle est éphémère. Après chaque violente ondée, un extraordinaire tapis vert peut recouvrir des régions entières, d’une nudité désespérante quelques jours plus tôt. Les graines enfouies dans le sol ont une capacité de résistance stupéfiante et il suffit d’une pluie pour qu’en deux semaines la floraison succède à la germination. Mais bientôt tout est flétri et ne subsistent plus que de maigres buissons de plantes xérophiles ou d’espèces ligneuses que les nomades assimilent cependant à des pâturages.
    Quant à la faune, elle n’est pas absente. Il y a tout d’abord des myriades de mouches, une des plaies du désert. Dans les montagnes, dans les zones rocheuses, au Hoggar en particulier, vivent de charmants petits mammifères, les fennecs. Les gerboises, ces souris aux pattes postérieures disproportionnées hantent les nuits du désert. Il faut tenir compte encore de la vipère des sables ou « vipère heurtante », des salamandres et de ces « scinques des boutiques » que l’on vend desséchés dans les bazars des oasis. Tous ces animaux mènent une vie nocturne. Ils supportent les ardeurs du jour enfouis dans le sable, à l’ombre de rochers ou perchés dans les branches supérieures des buissons, dans une immobilité qui fait penser à la mort.
    En définitive, il n’en existe pas moins une opposition majeure entre les régions d’erg, de hamada, et les oasis. D’un côté, le domaine du nomade, de l’éleveur, de l’autre, celui du sédentaire, du cultivateur. De tout temps, la tache verte de l’oasis qui tranche sur l’ocre de la montagne ou du désert environnant n’a cessé de hanter les imaginations. Il y a là, à n’en pas douter, un havre de paix, de fraîcheur, de richesse. Il faut en rabattre cependant. Bien souvent, l’oasis n’abrite qu’une population d’anciens esclaves, de pauvres agriculteurs ne disposant que de maigres lopins, endettés à l’égard du propriétaire ou de l’usurier.
    L’enchantement domine malgré tout. L’oasis est le miracle de l’eau. Celle-ci jaillit de mille façons, sources, puits artésiens, foggaras, ces galeries souterraines aux interminables ramifications. L’eau se répand par mille canaux, baigne le pied des arbres, imprègne les petites parcelles amoureusement cultivées. La végétation apparaît, luxuriante, à trois étages. D’abord, l’immense variété des cultures : légumes, blé, orge, sorgho, coton, tabac, surmontées par les arbres fruitiers : pêchers, cerisiers, orangers, figuiers, en fleurs dès le mois de février. L’ensemble est dominé par la lourde frondaison des palmiers-dattiers.
    Les sédentaires de l’oasis se rassemblent en gros villages, qui prennent parfois l’allure d’altières forteresses avec leurs murs en pisé de couleur ocre ou rougeâtre. Certaines agglomérations comme Ouargla, Ghardaïa, s’élèvent au niveau de véritables villes. Les tours graciles des minarets rappellent l’emprise de la religion musulmane. Bien souvent, des murailles crénelées soulignent la menace éventuelle du nomade.
    Le nomadisme constitue, en effet, le second volet de la vie saharienne. Là encore, bien des illusions persistent. Le règne des grandes tribus a pris fin avec l’établissement de la paix française. La souveraineté des Touareg appartient au passé. En fait, les nomades ne sont plus que des éleveurs. S’ils conservent leur fierté, leur indépendance d’hommes réputés libres, ils n’en sont pas moins condamnés à d’interminables déplacements sur les marges du désert.
    Les groupes, beaucoup moins nombreux que jadis, passent l’hiver dans le Sahara où les troupeaux de moutons, de chèvres, trouvent des « pâturages » revigorés par les pluies. Les hommes se livrent alors à quelques semailles, en bordure du lit d’un oued, qui tiennent souvent de la pure et simple loterie. Sous la tente, les femmes pratiquent des travaux d’artisanat, tissent des tapis. Au printemps, tout le groupe déménage et se dirige, escorté des bêtes, vers les régions plus humides, plus accueillantes, du nord. La migration s’achève sur les hautes plaines, voire dans le tell. Non sans conflits avec les sédentaires, les hommes louent leurs bras au moment de la moisson, laissent paître les troupeaux sur les chaumes, procèdent à la vente des produits de leur artisanat. Avec l’argent frais qu’on a pu ainsi se procurer, on achète du grain, du sel, les produits fabriqués indispensables. À l’automne, la migration recommence en sens inverse.
   Que devient alors le chameau, que l’on ne peut s’empêcher d’identifier avec le nomade, le désert ? Au risque de décevoir encore une fois, force est de reconnaître que le dromadaire, introduit en Afrique au Moyen Age, n’a rien d’un vaisseau du désert. Il s’agit d’une acclimatation forcée. C'est un animal de la steppe. Il n’est pas particulièrement à l’aise sur le reg. En tant qu’animal de bât, il ne peut porter qu’une charge relativement faible. Il est difficile à monter. Quant à sa sobriété, toute une littérature a contribué à l’exagérer.
    Sa bosse n’a rien d’une gigantesque gourde. Si certains animaux des compagnies sahariennes, au cours de la poursuite de rezzous, ont pu passer des journées sans boire et surtout sans manger, il faut bien confesser que ce genre d’exploit coûte cher. Le chameau doit alors refaire ses forces plusieurs mois au pâturage. La grande supériorité du dromadaire sur le cheval repose sur le fait qu’il se contente d’une eau saumâtre ou ferrugineuse dont la plus noble conquête de l’homme ne voudrait pas.
    En tout cas, l’ère des grandes caravanes décrites par Fromentin, illustrées par toute l’école de peinture orientale, est révolue. On ne les rencontre plus entre l’Afrique noire et le Maghreb. Les rares déplacements commerciaux n’ont plus qu’une ampleur limitée. Le dromadaire sert aujourd’hui au transport de la tente, des ustensiles, des provisions de la tribu. Sur le plan économique, le camion et l’avion ont éclipsé le chameau.
    De fait, moins d’une génération après la « Croisière noire », l’automobile a acquis droit de cité au Sahara et des services réguliers fonctionnent entre le Maghreb et l’Afrique occidentale. Du mois d’octobre au mois de juin, trois pistes sont parcourues par des cars. Tout d’abord celle de l’ouest, d’Alger à Gao, par Colomb-Béchar, Adrar, Bidon V. Malgré et surtout en raison de la traversée de l’austère Tanezrouft, c’est la moins intéressante. La piste centrale offre nettement plus de ressources. Par Ghardaïa, la porte du Sahara, elle traverse El-Goléa, où repose Charles de Foucauld, In-Salah et aborde le Hoggar. De l’ermitage du P. de Foucauld, où un mur a conservé longtemps la trace de la balle fatale, la vue est splendide sur l’imposant massif de l’Atakor, qui culmine à 2 920 mètres avec le Tahat. La piste se poursuit ensuite sur Agadès.
    C’est peut-être l’itinéraire oriental qui réserve les impressions les plus inattendues. Passé Ouargla, Fort-Flatters, la piste conduit au Tassili des Ajjer, pays des Touareg, une des régions les plus étranges du Sahara. On trouve là une végétation typiquement méditerranéenne où l’olivier et le cyprès ne sont pas absents. Des lacs poissonneux s’étendent au fond des gorges du Tamrit ; des troupeaux, des canards, des mouftons en peuplent les rives et les crocodiles ne sont pas du domaine de l’imagination. En définitive, le désert des années 50 est à la portée du tourisme individuel, à condition de respecter les règles d’or scrupuleusement énoncées dans la carte Michelin du Sahara : posséder un véhicule en bon état, signaler le départ, ne jamais s’écarter de la piste...
   Mais le Sahara, ce n’est déjà plus le dépaysement, l’exotisme, un conservatoire des traditions et des genres de vie. C’est le début d’une aventure, celle du pétrole. Déjà, par la piste de l’est, au sud d’Ouargla, le voyageur aperçoit les torchères d’Hassi-Messaoud. Cette découverte du pétrole met fin à une longue incertitude. Dès 1900, la mise en valeur du Sahara est d’actualité. Longtemps on caresse le projet d’un chemin de fer reliant le Niger au Maghreb. Après bien des discussions, un trajet est retenu aboutissant en Algérie, à Oran, par Colomb-Béchar. Malgré la réalisation d’un prototype de locomotive, le Transsaharien reste dans les cartons.
    Au début des années 50, on s’interroge encore. On parle d’énormes bassins houillers, de gisements de minerai de fer et surtout de gisements d’uranium. Certains posent la question: le Sahara ne sera-t-il pas la « Ruhr de l’âge atomique » ? C’est finalement le pétrole qui donne la réponse et l’aventure commence en 1952 avec les premiers forages. Deux ans plus tard, le miracle se produit : le gaz jaillit et c’est bientôt la découverte des premiers indices « d’huile » à Edjelé d’abord, près de la frontière avec la Tunisie et la Libye, et ensuite plus au nord, à Hassi-Messaoud, à 80 kilomètres au sud d’Ouargla et à 2 567 kilomètres de Paris. Tout n’est cependant pas réglé pour autant. Il faut encore découvrir de l’eau en plein désert pour assurer le refroidissement des trépans et la vie même des « pétroliers ». Il faut aussi assurer un acheminement régulier de matériel, de denrées, et permettre enfin l’écoulement du brut.
    La chance sourit. Des forages effectués dans l’« albien » confirment l’hypothèse des géologues et l’existence d’une énorme nappe d’eau à 1 300 kilomètres qui recueille les infiltrations des pluies dans l’immense cuvette limitée par l’Atlas saharien et le Hoggar. Seul inconvénient, l’eau jaillit à 60° C et il faut la refroidir. Dès lors, rien ne s’oppose plus à l’édification de deux villes jumelles à Edjelé et à Hassi-Messaoud. L’une et l’autre abritent près de 1 500 personnes dont la moyenne d’âge n’atteint pas trente ans. Les femmes en sont totalement absentes. D’énormes camions ont amené des centaines de petits bungalows aux volets rouges qui offrent l’avantage d’être climatisés. Chaque agglomération comporte sa piscine, sa salle de spectacle, son bureau de poste, ses cafés..., voire ses jardins publics.
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Premier départ de l’or noir
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   Si Maison-Rouge, la cité de la C.R.E.P.S. à Edjelé, est à la mesure d’un décor calciné par le soleil, c’est Maison-Verte, le quartier réservé aux pétroliers de la Compagnie française des pétroles, à Hassi-Messaoud, qui offre le spectacle le plus surprenant. Grâce à l’eau, toute une végétation couvre le sol : arbustes, lauriers-roses, palmiers, eucalyptus. Le pavillon réservé aux visiteurs disparaît dans la verdure et les fleurs. Ces villes d’un nouveau genre constituent des lieux de détente, des oasis, pour les pétroliers qui viennent s’y reposer une semaine par mois, après avoir travaillé huit heures sans discontinu~pendant trois semaines sur les chantiers dans l’air glacial de la nuit ou par la chaleur suffocante du jour.
    Si les pionniers réussissent à faire pousser quelques légumes, le ravitaillement, les pièces de rechange, le matériel indispensable arrivent par la voie des airs. Tous les jours, que ce soit à Edjelé ou à Hassi-Messaoud, un Breguet deux-ponts se pose régulièrement. Ce sont les bonbonnes de vin, les caisses de bière et, naturellement, le courrier qui sont attendus avec le plus d'impatience. Les matériels les plus lourds et surtout, ô ironie ! le fuel indispensable au fonctionnement d’Hassi-Messaoud arrivent par la piste goudronnée. Les compagnies ont affrété plusieurs camions dont certains conducteurs ont déjà parcouru plus d’un million de kilomètres.
    Quant à l’écoulement du pétrole, il n’a pas été résolu sans peine. La production de la zone de Fort-Polignac, qui englobe Edjelé, Zarzaïtine, Djanet, est dirigée par pipe-line sur La Skhira, près de Gabès en Tunisie. Le brut d’Hassi-Messaoud connaît un autre cheminement. Il s’accumule tout d’abord dans quatre réservoirs énormes d’une capacité de 10 000 m3. Avant l’achèvement d’un pipe-line à destination de Bougie, promue au rang de port d’exportation à destination de la métropole, le pétrole gagne Touggourt par une canalisation provisoire et atteint ensuite la côte par wagons-citernes à Philippeville. Le premier départ d’or noir a lieu le 7 janvier 1958.
    Le développement de la production est, en tout cas, extrêmement rapide. Négligeable en 1955, elle atteint 8 700 000 tonnes en 1960 et plus de 14 millions l’année suivante. Les réserves évaluées au début à 300 millions de tonnes dépassent bientôt le milliard. Mais le pétrole ne se limite pas à Edjelé et à Hassi-Messaoud. Le gaz d’Hassi-R’Mel, dont la puissance apparaît rapidement fantastique, constitue le troisième volet du miracle. Un gazoduc en assure le transport jusqu’à Alger et Arzew, où il doit alimenter un complexe pétrochimique. L’évacuation du gaz à destination de l’Europe se heurte, cependant, à de sérieuses difficultés. On n’écarte pas l’idée d’un gazoduc sous-marin, tout en expérimentant des navires transporteurs de gaz liquéfié.
    En définitive, le pétrole constitue un élément entièrement nouveau dans le tableau économique de l’Algérie des années 50. Jusqu’en 1955, en effet, la situation du pays est typiquement coloniale. En marge de l’énorme secteur musulman confiné dans ses archaïsmes, l’élément dynamique de l’économie est aux mains des Européens et concerne essentiellement des productions de complément pour la métropole : vins, agrumes, minerais, phosphates, exportés en France en échange de produits fabriqués. Indépendamment d’une infrastructure valable : ports, voies ferrées (4 000 km), routes (8 500 km), l’Algérie ne possède que peu de sources d’énergie et une industrie embryonnaire limitée à quelques ateliers de transformation ou de réparation.
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À la croisée des chemins
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   Dans le cadre d’une véritable inflation démographique, génératrice de sous-emploi et d’une poussée urbaine difficilement contrôlable, cette situation n’est naturellement pas étrangère à la crise de 1954. Sous la pression des événements, un tableau différent s’esquisse alors. La lutte est menée à la fois sur les plans militaire et économique, qu’il s’agisse des efforts menés sous la IVème République ou du plan de Constantine. Des résultats non négligeables sont obtenus en quelques années. Alors que la production agricole continue à évoluer au rythme des conditions climatiques, la production industrielle augmente de 50%. Des industries mécaniques de transformation apparaissent, génératrices d’emplois. Le bâtiment double presque sa production. Le pétrole survient alors, à point nommé, pour résoudre le problème de l’énergie et jeter les bases d’une industrie chimique. L’Algérie commence à acquérir une relative autonomie sans que pour autant les problèmes de fond soient vraiment réglés.
    En définitive, l’Algérie apparaît à la croisée des chemins et le démarrage économique contribue à attiser les passions. Pour les nationalistes, le pétrole et l’industrialisation sont les gages certains d’une indépendance authentique. Pour les partisans de l’intégration, l’Algérie et son hinterland, le Sahara, constituent la chance de la France, voire de l’Europe, appelées à bénéficier des ressources et du potentiel d’un pays neuf ; pour certains même : une «nouvelle Sibérie ».

Philippe MASSON