أصل بربر شمال افريقيا "فرنسي"

Origines des Berbéres de l'Afrique du Nord

 
 
                             ETHNOGRAPHIE AU TEMPS  DE MAHOMET.

Tous les peuples dont la loi religieuse est basée sur la Bible et le Coran ont cherché naturellement à ramener aux généalogies du Pentateuque l'origine des nations. C'est ainsi que des Berbers furent rattachés à la race de Noé et aux peuplades qui se fondèrent après la dispersion de Babel. Mais, dès-lors, une autre question se présenta : comment un peuple formé en Asie s'est-il plus tard répandu en Afrique? Cette difficulté devint pour les auteurs musulmans une source d'hypothèses, bizarres, d'erreurs sans nombre et d'étranges anachronismes. Les Arabes, notamment, n'ayant aucune connaissance précise de l'histoire du pays avant l'Hégire, se trouvèrent entraînés à faire remonter aux temps des prétendues émigrations des Berbers en Afrique la formation des tribus qu'ils trouvèrent établies dans le pays, lorsqu'ils y pénétrèrent eux-mêmes à l'époque de Mahomet. Bien plus, il arriva à certains d'entre eux de confondre ces antiques migrations de la race indigène avec l'invasion arabe, et de transporter an premier de ces événements les détails qui appartenaient au second. Et comme ce ne fut pas seulement dans les temps modernes que ces erreurs se produisirent, mais dès les premiers récits qui furent faits de la conquête, on conçoit combien elles rendirent confuses et contradictoires les connaissances  des historiens postérieurs, ceux-ci étant en effet dépourvus de critique, se bornant à copier leurs prédécesseurs, ou, qui pis est, essayant parfois de coudre ensemble les récits les plus opposés .
 
Le premier écrivain arabe qui s'occupa de l'Afrique fut aussi le premier qui tomba dans la double confusion que nous venons de signaler. Il se nommait Abdelhakem et vivait à la fin du deuxième siècle de l'hégire.
" Quand les Berbères, dit-il, étaient dans la Palestine, ils eurent " pour roi Djalout (Goliath) , lequel fut tué par David. Ils emigrèrent alors vers l'Occident et vinrent jusqu'à la Libye et la Marmarique, deux provinces de l'Egypte occidentale, situées dans la région où n'atteint pas l'eau du Nil et qui n'est arrosée " que par les pluies. Arrivés là, les Berbères se dispersèrent ; les Zenata et  les Maghila marchèrent   vers   le Magbreb et  se fixèrent dans les montagnes de ce pays ; les Louata allèrent habiter le territoire de la Pentapole et de Barca. Ils se répandirent dans cette partie du Maghreb jusqu'à ce qu'ils parvinssent jusqu'à Lous. Les Houara s'établirent à Lebida, et les Nefouça se fixèrent auprès de la ville de Sabra. A cause de cela, les Roum qui s'y trouvaient, évacuèrent le pays ; mais les Africains
y restèrent.  Ceux-ci étaient devenus serviteurs des Roum par suite d'un traité de paix. Telle était leur manière d'agir avec quiconque subjuguait leur pays. "
De même, la mort de Djeridjis, roi des Roum d'Afrique , tué lors de l'invasion musulmane, devint, par une transposition analogue, un des épisodes de l'antique émigration Berbère : Ifrikos ben Caïs, dit un traditionniste arabe , envahit le Maghreb et l'Ifrikia et y bâtit des bourgs et des villes, après en avoir tué le  roi Djeridjis.
Ces deux exemples, et la comparaison des historiens de l'antiquité avec les auteurs musulmans, ne permettent pas de croire que ceux-ci aient eu des documents précis sur l'histoire ancienne du pays. Encore, les Musulmans ne se sont-ils servis des rares renseignements qu'ils possédaient que pour les intercaler dans leurs menteuses généalogies et donner à celles-ci un certain air de vraisemblance. La présence des noms de Mazigh, de Berr, de Berber dans   leurs   filiations n'a  sûrement pas  d'autre raison d'être. Le nom de Mazigh, entre autres, y est un reflet de la gloire des Maziques, peuple puissant qui, dans les derniers temps de l'empire, dominait sur la Mauritanie, au point qu'Ethicus a cru que c'était le nom générique de toutes les tribus africaines . Ces Maziques, il est vrai, avaient disparu au temps de Mahomet, puisqu'aucun historien postérieur n'en parle ; mais leur souvenir était resté si vivace que les Arabes crurent comme Ethicus que leur nom était le nom générique des Berbères. Aussi, comme en Arabie les noms des tribus provenaient des ancêtres, les historiens se crurent-ils en droit de donner an Canaan de la Bible un fils nommé Mazigh qui devint le premier anneau de cette chaîne apocryphe reliée à la filiation des livres saints. Nous pouvons conclure aussi de la première place donnée à Mazigh dans cette pseudo-généalogie, que les Arabes ne savaient rien, même à l'état de vagues souvenirs, des temps qui précédèrent la domination des Maziques. La qualification de Berbères a la même origine : les Romains et les Grecs de Carthage, de Tripoli et de Cyrène nommaient barbares les populations qui avaient secoué leur domination. Les Arabes prirent cette qualification pour le nom indigène des Africains et l'adoptèrent. C'est de là que provient l'appellation de  Berbères que nous avons empruntée à notre tour aux auteurs musulmans. Les Grecs et les Romains avaient commis une erreur analogue, quand ils avaient attribué aux peuple d'Afrique des adjectifs phéniciens et grecs, tels que Maures et Numides (Mahurim, Occidentaux ; nomades, errants) comme dénomination nationale. D'ailleurs, les colons romains eux-mêmes avaient fini par oublier, il semble, la signification réelle du mot barbare et en avaient fait un nom de tribu : du moins, voyons-nous Julius Honorius citer une peuplade des Barbares près du fleuve Malta. Cette erreur expliquerait et justifierait celle des Arabes. Quoi qu'il en soit, ces derniers en agirent envers le mot Berbères comme envers le nom des Maziques ; ils en conclurent qu'il existait jadis, soit un certain Berr, fils de Mazigh, soit nn nommé Berber, de meme origine, dont ils firent le père des indigènes africains .
De même, le nom de l'Ifrikia qui appartient, comme on sait, à la langue punique, donna naissance au roi Ifrikos, chef de la fabuleuse expédition yéménite dont nous avons parlé plus haut.
Berr ou Berber eut deux fils, au dire des généalogistes musulmans, et ces deux fils furent la souche des deux races distinctes qui forment la nation berbère. On ne sait plus quel sens attribuer à cette division en deux familles. Certes, elle ne repose sur aucun fait historique. Correspond-elle à quelqne différence de langage? Ce n'est guère probable ; ce que nous savons aujourd'hui des dialectes berbères est contraire à cette supposition ; et, d'ailleurs, dans leur mépris pour tout idiome s'éloignant du langage sacré du Coran, les Arabes ne prirent jamais souci de la langae des indigènes. Nous supposons qu'ils ont rangé dans la race de Bernés les peuples dont l'antiquité leur semblait la plus haute, et dans celle de Madrés ceux dont la formation leur paraissait plus récente. Ce qui nous le fait croire, c'est que dans les généalogies, les population de la souche de Bernes se rattachent à celui-ci sans intermédiaire, au lieu qu'il se déroule parfois une longue série de personnages entre Madrés et les patriarches qui ont donné naissances aux diverses tribus de sa race. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, nous devons dire que cette division est, comme tout le reste, d'ailleurs, en contradiction avec les documents que nous a laissés l'antiquité ; c'est ce que nous démontrerons plus tard quand nous aurons à traiter des Ouacin, des Magraoua et des Zouaoua.
Ces observations étaient nécessaires pour nous préparer à l'étude de la géographie des tribus ; nous allons donc reprendre celle-ci, après toutefois que nous aurons établi un point de critique, sur lequel nous aurons souvent à nous appuyer dans la suite de ce travail.
Si nous étudions l'histoire de l'Afrique après Mahomet, nous voyons les invasions des nomades suivre une marche identique, et amener toujours des révolutions analogues. Une grande nation errante, convrant le désert de ses hordes, attirée depuis longtemps par la richesse des pâturages des hauts plateaux et par l'espoir de piller plus facilement les habitants du Tell, se jette tout-à-coup sur ces plateaux et s'en empare. Elle en expulse les anciens occupants, et force, par la crainte de ses dévastations, les possesseurs du pays des céréales à lui payer l'impôt. Bientôt, la domination des envahisseurs s'aggrave : ils lancent sur les cantons fertiles leurs hordes pillardes, et s'y établissent avec leurs troupeaux. Des habitants, les uns se soumettent, renoncent à leur nationalité et s'attachent à la tribu victorieuse comme serviteurs ou laboureurs; les autres se rejettent dans les montagnes et s'y adonnent forcément à l'agriculture et au jardinage.
Bientôt, les vainqueurs, riches des impots de leurs vassaux, se dégoûtent de l'existence aventureuse et pénible du nomade ; ils s'établissent dans les villes anciennes, ou en fondent de nouvelles, pour y jouir tranquillement des douceurs d'une vie molle et luxueuse. Ils abandonnent ainsi peu-à-peu les hauts plateaux, qu'une autre tribu qui s'est formée à leur place dans lé désert vient, à son tour, leur enlever.
Aussi, à la suite de plusieurs invasions successives, s'est-il formé plusieurs couches de populations d'origines diverses. Pour les habitants des plaines, qui se sont soumis au role de serviteurs, ceux-là, le plus souvent, ont oublié leur ancienne race, et font corps avec les nouveaux dominateurs , mais ceux qui se sont retirés dans les montagnes ont conservé, sinon une indépendance complète, au moins leur autonomie et leur nationalité. Attaqués à chaque instant par les peuplades nouvellement dépossédées, ils luttent avec des chances diverses, sont souvent exterminés, quelquefois vainqueurs, parfois refoulés dans leurs retraites les plus inaccessibles. Jamais, en tous cas, ils ne reviennent à la vie nomade.
On peut donc admettre que, dans une région souvent envahie, les habitants des hautes montagnes sont, en général, les anciens maîtres du pays, que les habitants des plaines sont de date plus récente, et qu'enfin les nomades sont les derniers peuples qui se sont établis dans la contrée. -Et, en se basant donc sur ce principe, qui ne nous semble guère contestable, on peut ainsi, rien qu'en étudiant la distribution géographique des peuplades berbères à l'arrivée de l'Islamisme, déterminer avec quelque certitude une série d'invasions déjà bien reculées. - Nous devrons tenir compte, néanmoins, dans cette détermination, d'un refoulement d'Est en Ouest, qui s'est produit presque en tout temps et qui a du modifier souvent les résultats généraux des invasions du Sud au Nord.
 
 
     Revue Africaine Volume 07 du 1863 (Ethnographie de l'Afrique Septentrionale ) P 452