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Tuggurt, un centre commercial


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Journal des économistes
T 9 1844
P 171
Tuggurt ; un centre commercial

Tuggurt est un centre commercial important, un lieu d'échange considérable. La nécessité, depuis longtemps établie, qui force cette population de tirer de Constantine les grains indispensables a sa nourriture, la rend tributaire de cette province. Des autres points lui arrivent des caravanes plus ou moins importantes, mais de Constantine lui viennent trois grandes tribus nomades les Selmia, les Balmans et les Bou-Azid), qui passent l'hiver dans le pays et lui donnent littéralement son pain.
La prépondérance des nomades de Constantine, dans les échanges nombreux qui se font à Tuggurt, se manifeste d'une manière irréfragable. Ces tribus sont devenues propriétaires dans l'Oued-el-Righ d'un grand nombre de plantations de palmiers, par suite des créances considérables qu'elles avaient sur la population.
Or, c'est dans le Tell de Constantine, à neuf lieues à l'ouest de Constantine, que les nomades achètent des grains qui les rendent maîtres du marché de Tuggurt.
Mais une exploration préalable pour constater la nature, la qualité et la quantité de divers articles consommés par la population saharienne sera indispensable ; aussi quelques-uns d'entre eux se proposent-ils, dès que la saison le permettra, c'est-à-dire vers la fin de novembre, d'aller voir par eux-mêmes le grand marché de Tuggurt.
Enfin, grâce aux avertissements de l'autorité et aux renseignements précis qu'elle leur a fournis, ces négociants ont demandé à aller suivre pendant quelques jours la grande foire que tiennent les nomades à Oued-el-Athmania, à neuf lieues ouest de Constantine, et où se font des transactions très-importantes sur les grains. Ils veulent reconnaître si ces nomades n'achètent pas aussi des produits européens pour les gens de Tuggurt, ou s'il ne serait pas possible de les employer pour le transit.
Ces notions, ces résolutions seraient incomplètes et sans résultat si l'autorité, par de sages mesures, n'intervenait soit pour préparer la voie aux commerçants européens et leur faciliter le succès, soit pour veiller aux intérêts des indigènes, dont l'approvisionnement pourrait être compromis par une trop grande précipitation dans l'application des prohibitions.
Des ordres sévères sont donnés pour qu'aucun marchand européen ou indigène ne puisse se présenter sur les marchés de la province, dans le Tell comme dans le Sahara, sus être muni d'une autorisation expresse de l'autorité supérieure. Cette mesure, commandée aujourd'hui par la prudence, a pour but de régulariser la protection du nommera; elle permettra de constater l'importance des relations, de les surveiller et de les diriger au besoin.
L'intervention officielle de l'autorité lui donnera la faculté d'utiliser à l'avantage des commerçants le voyage annuel que les nomades font du Sahara dans le Tell et du Tell dans le Sahara. En dehors des caravanes purement commerciales, qu'il sera facile d'organiser eu leur garantissant une protection efficace jusqu'à Biskara et même jusqu'à Tuggurt, les émigrations des nomades peuvent fournir l'occasion d'opérations considérables, qui, abandonnées aux efforts isolés des négociants, n'auraient aucune chance de succès.
Mais une prudente défense des intérêts du pays arabe commande de s'assurer de l'existence d'un dépôt des marchandises demandées parées contrées, capable de fournir à leur consommation, avant la mise en vigueur des dispositions prohibitives de l'ordonnance du 16 décembre 1843. Le dépôt devrait être non à Tuggurt, où il serait vraisemblablement aventuré en ce moment, mais à Biskara, où la présence d'une garnison française ne lui laisse aucune crainte et où les commerçants seraient efficacement protégés.
L'organisation du marché de Tuggurt aura des résultats politiques plus importante encore, surtout pour la population de l'Oued-el-Righ, que nos nomades exploitent aujourd'hui et qu'ils dépossèdent sans pitié. Or, il est de notre intérêt politique autant que commercial que les nomades ne soient pas à la fois maîtres des deux termes de l'échange du blé et des dattes.                                          (Moniteur algérien.)