أسطورة أصل قبيلة ولاد عبد النور

Recueil des Notices de la Societe Archeologique de Constantine -1864 V 8
 
                                            LEGENDE  SUR  L'ORIGINE  DE   LA TRIBU
 
Si Mohammed-Yahia, ancêtre du marabout, qui d'après la tradition locale serait le fondateur ou le premier habitant de la tribu des Oulad-Abd-en-Nour, était origi­naire de Saguiat-el-Hamra (Maroc).
 
A une époque qu'il est de toute impossibilité de fixer et pour un motif dont la tradition n'a conservé aucun souvenir, Si Mohammed-Yahia alla se fixer à Tougourt, où il se maria. Il eut de nombreux enfants. Si Moham­med ne tarda pas à donner des preuves de la mission divine dont il était investi et le bey de Tougourt, en signe de la vénération que lui inspirait un personnage si saint, lui fit tous les vendredis les honneurs du Teboul.
Si Yahia ramassa, dit-on, de grands biens, dont il consacra une partie à faire bâtir des mosquées. Un de ses enfants quittant la demeure paternelle vint plus lard se fixer au Djebel-Tazoulets.
Le seigneur du pays lui donna une de ses filles, qui le rendit père de plusieurs enfants, au nombre desquels est Si Mahammed-ben-Yahia, qui fait le sujet de ces lé­gendes.
La chronique ne dit rien de particulier sur l'enfance de Si Mahammed ;il grandit sous les yeux de sa mère jusqu'au moment où ayant eu connaissance des actes de son père, il résolut de l'imiter et, comme lui, il quitta le toit natal sans but de voyage déterminé.
 Ses pérégrinations l'ayant amené prés de Sidi Bel-Kacem-ben-Hamani à Negaous, il résolut de s'y fixer pour quelque temps.
Pendant son séjour,il suivit assidûment les leçons du maître, au grand renom dans toute la contrée par son savoir et sa piété.
C'est à partir de cette époque que la vie de Si Maham­med commence à marquer. C'est aussi à partir de ce moment que la légende a conservé le souvenir de ses actions.
Les tolba, qui suivaient les leçons de Si Bel-Kacem, avaient la coutume d'aller porter à tour de rôle les grains au moulin. Si Mahammed qui s'acquittait de ce devoir à l'égal de ses condisciples, une fois arrivé aumoulin s'en­dormait, laissant à la meule le soin de moudre seule et sans aide le grain destiné à la nourriture commune et, son sommeil achevé, il reprenait tranquillement le che­min de la Zaouïa.
Un jour un des tolba étant allé voir comment son ca­marade accomplissait sa tâche, fut grandement étonné de trouver le moulin tournant tout seul et Si Mahammed endormi tranquillement près d'un bon feu, qui s'entrete­nait sans le secours de personne. Il revint en grande hâte à la Zaouïa rapporter la nouvelle d'un tait si extraordi­naire.
Si Bel-Kacem,informé du prodige, accourut en vérifier l'exactitude ; il fut facilement convaincu et reveilla alors le dormeur, en lui disant : « un Cheikh ne travaille pas pour un Cheikh. » II donna immédiatement l'ordre aux tolba de ne plus permettre, désormais, que Si Mahammed prit part à aucun de leurs travaux. A la suite de eet événement, Si Mohammed pria SiBel-Kacem de lui permettre de continuer le cours de ses voyages.
Au sortir de Negaous, il se rendit chez les Beni-R'oum-rian, en compagnie de deux tolba résolus d'unir leur destinée à la sienne.
En passant prés d'un douar, ils aperçurent une tente de dimension plus grande que celles qui l'entouraient et qui, par ce seul fait, attira l'attention des voyageurs. Le maître du lieu les reçut d'abord assez mal, mais, pendant leur sommeil, des signes certains lui ayant fait connaître à quels hôtes il avait affaire, il voulut à toute force réparer ses torts et insista si vivement près d'eux, qu'ils consentirent à prolonger leur séjour d'une nuit.
Une ample diffa et les soins dont on les entoura, les dédommagèrent de l'accueil un peu froid qu'ils avaient reçu à leur arrivée. Le lendemain, le maître de la tente invita Si Mahammed-ben-Yahia à rester chez lui, le priant de se charger de l'instruction de ses enfants.
Cédant aux instances, il consentit à accéder à la demande qui lui était faite et, dans la suite, il entra tellement dans les bonnes grâces du R'oumriani, qu'il finit par épouser une de ses filles, nommée Aïcha.
Après son mariage, il continua à habiter chez son beau-père, mais au bout de quelque temps, il résolut de le quitter. Lorsqu'il fut question de son départ, il pria son beau-père de laisser sa femme l'accompagner, à con­dition, toutefois, que ce dernier verrait partir sa fille de son plein gré.
Cette faveur lui fut accordée de bonne grâce, son beau-père se montra même très généreux envers lui et voulut à toute force, lui faire emmener un troupeau et le faire accompagner d'un fort bagage .
Si Mahammed refusa tout et ne voulut accepter qu'une tente, un bœuf et une mule, pour éviter à sa femme les fatigues du voyage. Il fit ses adieux à son beau-père et partit avec les tolba qui le suivaient depuis Negaous. Des Beni-R'oumrian, Si Mahammed se dirigea sur Mamra, traversant le pays actuel des OuIad-Abd-en-Nour, alors dépourvu d'habitants et couvert en partie de vastes forêts. Il établit son campement sur les bords de l'Oued-Tadjenant, près de l'endroit où se trouve, aujourd'hui encore, son tombeau.
Bien que la chronique ne puisse préciser l'époque à laquelle se passaient ces événements, on sait cependant, qu'ils avaient lieu sous le gouvernement des Sekhara, douaoudia ou puissantes familles arabes, mais leur chute devait être proche, car Si Mahammed disait sans cesse :
" Je suis Turc et non plus Arabe." Signe certain, disent les chroniqueurs, que les gouvernants ne devaient pas tarder à être remplacés par de nouveaux conquérants. II ajoutait aussi ces paroles :
" Le bâton des Turcs est une barre de fer, celui des  Sekhara est une simple tige de berouag (asphodèle).
Sans chercher à examiner quels furent les moyens qu'il employa pour impressionner l'esprit des arabes qui vivaient de son temps, nous dirons, cependant, qu'il a laissé dans les imaginations de profondes traces et que sa haute réputation attira autour de lui de nombreux prosélytes. . Nous reviendrons sur ce sujet en faisant l'historique de la Zaouïa de Mamra. Si Mahammed-ben-Yahia laissa quatre fils.
Le premier ne tarda pas à le suivre dans la tombe.
Un autre vécut et mourut à El-Mechira, où il est enterré.
Le troisième émigra à l'Oued-Akbou, dans la Kabylie, son tombeau est prés de la source chaude, dite Hammam-Sidi-Yahia, sur les bords de l'Oued-bou-Sellam.
Il maria une de ses filles à Zeroug, ce fidèle compa­gnon qui l'accompagnait depuis Negaous.
Au moment où Si. Mahammed-ben-Yahia venait de s'installer à Mamra, sur les bords de l'Oued-Tadjenant, arrivèrent trois individus de l'ouest qui allaient faire le pèlerinage de la Mecque. La légende locale nous a conservé le nom de ces trois hommes, dont les descendants ont peuplé une partie des Oulad-Abd-en-Nour.
Le premier se nommait Nour et était d'origine maro­caine.
Le deuxième, El-'Aïd, du Jurjura, et le troisième, Zougar'-el-Haoufani, de la tribu kabyle des Beni-Our'lis.
Nos trois voyageurs, ayant reconnu la sainteté et les vertus de Sidi Mahammed-ben-Yahia, résolurent de se fixer près de lui.
El-'Aïd abandonna ensuite Mamra pour s'établir avec sa nouvelle famille aux environs d'Aïn-el-Melouk, dans les Seraouat. Les Oulad-el-Aïd, qui habitent actuellement cette région, descendent de lui.
Zougar'-el-Haoufani alla s'installer à Bou-Merah, terri­toire actuel des Oulad-bou-Haoufan.
Quant à Nour, il continua à vivre à Mamra auprès du marabout qui, par reconnaissance, lui donna une de ses filles en mariage et l'institua, en quelque sorte, le chef de la famille.