خط السكة الحديد من بسكرة الى تقرت "فرنسي"

Biskra, Touggourt, villes dont les noms évoquent d'immenses espaces désertiques, aux lointains teintés de bleu, avec leurs collines de sables mouvants que le simoun soulève de son souffle chaud, Biskra, Touggourt, qui aviez si bien su conserver votre cachet, africain, vous voilà donc un peu modernisées et vos murs blancs sont en fin réunis par un double ruban d'acier sur lequel circuleront de petites locomotives haletantes et fumantes, remorquant en serpentant de longues traînes de wagons.

Est-il besoin de revenir sur les efforts considérables qu'ingénieurs et ouvriers ont, du déployer pour mener à bien cette tâche difficile entre toutes qu'était, la construction de la ligne de Biskra à Touggourt, 217 kilomètres de rail à travers une, région où la nature était toujours en révolte contre l'homme qui voulait l'asservir.

L’eau manquait totalement ou du moins celle que l'on rencontrait sur place, chargée de sels entartrant et corrosifs, était impropre au service des machines à vapeur: les chaudière étaient rapidement mise- hors d’usage et il fallut procéder à leur épuration au moyen de procédés spéciaux et coûteux.
Pas d'arbres dans la contrée qui fussent susceptibles de faire d'excellente traverses pour asseoir la voie, pas de sable utilisable pour la construction. Il fallait tout faire venir de l'arrière : bois, ciments, ballast.

Les traversées des Oueds était en particulier très délicate et les ingénieurs de la lignes eurent un problème  des plus difficiles à résoudre pour passer ces sortes de dépressions, sans berges nettes, aujourd'hui semblant à sec, roulant; demain d'énormes quantités d'eau en torrents rageurs et sans frein.

Et la main-d’œuvre n'était pus facile à trouver; on forma sur place des agents de trains, des-aiguilleurs, des chauffeurs, ce qui était tissez ardu avec des indigènes souvent inintelligents et paresseux.

Voilà donc toutes ces difficultés multiples vaincues, puisque le chemin de fer relie maintenant Biskra à
Touggourt et que l'inauguration officielle en a, lieu aujourd'hui et; demain. Tous ceux qui ont participé à l'établissement de cette voie, qui, sur bien des points, constituait une expérience, méritent des compliments sincères : MM. le. Commandant  Godel'roy ; les conducteurs de travaux Borland, Marchai, Méfay, Berges ; le régisseur comptable Durand ; le chef mécanicien Marceau; les lieutenants Rylinski, Minos et Longuis, les soldats du génie, fous infatigables et depuis longtemps sur la brèche.
La région du désert est maintenant largement ouverte aux touristes.
 Du train qui emporte les voyageurs, ainsi qu'un navire naviguant au milieu d'un vaste océan houleux, les villes, les oasis apparaissent lointains, comme une hallucination, une création de l’imagination , et le voyageur se croit la victime, d'une, erreur, d'un mirage, sous le soleil brillant de l'Afrique centrale.
Mais le train avance, toujours, épousant les méandres de la ligne, avec un cliquetis de ferraille qu'aucun écho ne répète ; les villes, se précisent, les oasis se font plus nettes, on distingue des murs, des créneaux, des troncs torturés de palmiers s'enchevêtrant et balançant leurs palmes dans les cieux bleus. Une caravane de chameaux s'effraye au sifflement de la machine et, les pauvres bêtes, se dandinant du col et; des pattes, filent comme l'éclair devant leurs conducteurs. Ceux-ci n'ont pas le loisir de s'extasier sur les merveilles de la civilisation, occupés qu'ils sont de maîtriser leurs animaux.
On passe à foute vapeur à travers les dunes menaçantes, suspendus au-dessus des oueds perfides, l'oued Djeddi, au moyen d'un pont métallique de 100 mètres de long, merveille d'art, élevée au milieu de la solitude ; on égrène fout le chapelet d'oasis verdoyantes :
Sidi-Amerane, Ayata, Tamerna, Sidi-Rached, Bram, Moggar, Mejarnio, El-Ksour, Zaouïa, Touggourt, enfin, qui n'a rien perdu de son originalité primitive et, réserve à l'amateur plus d'un spectacle intéressant et saisissant.
Le chemin de fer ne va pas au delà de Touggourt, pour le moment du moins ; la ville, endormie dans la chaleur du désert, mollement caressée par le vent qui chante dans les palmeraies, a conservé un aspect primitif et pittoresque.
Ses maisons sont basses et carrées, avec, de petites fenêtres, jalousies de derrière, lesquelles des femmes indigènes hasardent un regard curieux dans la ruelle ou rien ne bouge ni ne s'entend.
Le vendredi dans cette cité , calme et silencieuse d’ordinaire, règne une grande animation ; c'est jour de marché et, les caravanes arrivent, les chameaux fatigués par la longue traite qu'ils ont fournie, se couchent sur la terre durcie, tandis que leurs maîtres, indolents, accroupis en cercle, traitent des affaires nombreuses en invoquant, leur bonne foi et en mettant en valeur les produits variés qu'ils veulent écouler.