الجنوب الجزائري ورقلة "فرنسي"

Sud algérien - Ouargla - Les poissons du désert


 
Le temps où on ne consommait que de la datte au Sud est révolu. On découvre et on prend goût au… poisson. Impossible de se tromper ou de s’égarer. A 17 kilomètres d’Ouargla et à droite de la route qui file vers Touggourt, des poissons bleus incrustés en ciment le long d’un mur d’enceinte et d’autres en métal sur la porte d’entrée signalent le complexe aquacole.
C’est une curiosité dans la région au point que des familles viennent parfois d’assez loin pour visiter l’endroit. Comme on le ferait au Parc de Tikjda ou au jardin d’Essais. Beaucoup d’étudiants viennent aussi pour des travaux pratiques. Son propriétaire, M. Mohamed Moulay a quitté le pays en 1979. Il avait dix-sept ans. Plus de vingt ans à vivre et à souffrir à l’étranger. D’abord, dans des villes de I’Italie du sud puis, à partir du milieu des années 90, aux Emirats arabes unis.
C’est son métier de restaurateur diplômé qui lui a permis de connaître le Tilapia. Une espèce de poisson d’eau douce que les riverains du Nil ou des fleuves d’Asie ou d’Amérique utilisent dans beaucoup de plats. « On en raffole dans de nombreux pays du monde et nous avons pris beaucoup de retard pour l’introduire chez nous », dit-il. « L’eau coule à flots dans notre région et la chaleur est idéale », déplore-t-il.
Pêcheurs au Sahara
L’avis est partagé par le directeur de la pèche et des ressources halieutiques de Ouargla. M. Mohamed Bengrina nous affirme que « d’ici 2030, alors que le renouvellement des espèces et la pollution se posant de plus en plus, 50 % des ressources devraient provenir de l’aquaculture ». Aujourd’hui, trois fermes existent déjà dans la région. L’une dirigée par M. Serhane, est située à Hassi Lafhel (wilaya de Ghardaïa). L’autre à Ain Moussa appartient à M. Zitouni. Elles sont modestes. La capacité de production tournant dans l’une et l’autre autour de 500 tonnes par an.
Le Tilapia a été également introduit dans certains lacs de la région. « Depuis 2006, nous avons introduit cette espèce prolifique ainsi que la carpe dans ce lac à l’exemple de celui de Hassi Benabdellah qui s’étend sur 10 hectares et celui de Temacine d’une superficie de quatre hectares». Aujourd’hui, des jeunes dont les parents n’ont jamais consommé de poissons se dirigent, le soir venu, aux abords des lacs pour jeter leurs lignes et revenir avec de grosses pièces. « Les pouvoirs publics vont, nous dira M. Bengrina, réaliser six fermes aquacoles d’une capacité de production de 100 tonnes, notamment à Illizi, Touggourt, Hassi Khelifa près de Laghouat et Tolga. Le CNRDPA se charge d’élaborer les études. A l’en croire, « il a été, par ailleurs, constaté que les agriculteurs qui ont introduit le Tilapia dans leurs bassins d’irrigation ont constaté que les légumes croissent plus vite ». La FAO qui mène depuis novembre 2008 (Il doit s’achever fin octobre 2009) un programme de coopération technique dans la région encourage cette option qui a des effets positifs à la fois sur les rendements et l’alimentation des populations. Hadj Brahim était rétif au début : « Nous n’y étions pas habitués, mais depuis, j’y ai goûté et nous le consommons sans problèmes à la maison ».
Aller vers le consommateur
Le projet de M. Moulay, dont le président de la République avait posé la première pierre en 2005 combine plusieurs activités. Son coût global est de 690 millions de dinars et pourrait créer 189 postes de travail. A ce propos, le responsable du complexe ne se plaint que du tarif de l’électricité. « Sinon, on ne met pas les bâtons dans les roues ». C’est à la fois une écloserie, une unité de fabrication d’aliment pour les poissons, des bassins de grossissement en plein air et une unité de transformation. Le tout s’étale sur cinq hectares et ce terrain familial plus vaste servira à d’autres investissements comme la plantation de palmiers et d’oliviers. « Tout a commencé, explique M. Idir Mekati, quand des géniteurs ont été importés d’Egypte. On a eu ensuite des larves puis des alevins. » Selon M. Moulay « nous avons déboursé en 2007 huit millions de dinars pour ces souches parentales ». Le complexe peut produire jusqu’à trois millions d’alevins par an. Actuellement, il est à 30 % de sa capacité de production qui pourrait atteindre 500 000 tonnes de Tilapia. L’ingénieur diplômé de l’école nationale des sciences de la mer et de l’aménagement du littoral de Dély-Brahim travaille en collaboration avec un Egyptien.
Chef de production, M. Makati se prête aimablement à une visite dans l’entrepôt aux senteurs marines. De taille différente, des alevins de quelques grammes aux adultes qui atteignent jusqu’à trois kilos. Une poignée d’aliments fait accourir un banc de Tilapias et le poisson-chat finit par remonter à la surface du bassin où il aime se réfugier.
Outre la variété dite Nilotus, le Tilapia se décline aussi sous le genre Mozambis. Un mâle de cette dernière espèce et une femelle du Nilotus ont donné naissance à un hybride de couleur rouge. « C’est quand le poisson atteint 200 grammes et en fonction de sa petite tête, qu’on sélectionne. On place les poissons dans des bassins sous le hangar pour les accouplements ou dans des bassins de grossissement situés à l’air libre. 30 d’entre eux ont un volume de 450 m3. Les bassins de grossissement ont une capacité de 1OOO tonnes. « Enfin, une partie est destinée au circuit commercial », explique M. Mekati. Il suit l’évolution des poissons comme le ferait un père pour ses enfants. L’eau provenant de deux forages creusés sur place est toujours oxygénée et des appareils indiquent, à l’unité près, combien de poissons compte chaque bassin en sus de l’évolution du poids et de la taille de chacun. Depuis deux mois, un espace commercial a été inauguré à Staouéli. « Je prévois d’en ouvrir d’autres dans les grandes villes comme Hassi Messaoud, Oran, Bejaïa, Annaba… », avoue M. Moulay. Si ces produits ne sont pas encore certifiés ISO, un dossier a déjà été introduit dans ce sens.
A moyen terme, des perspectives d’exportation peuvent s’ouvrir. Les sociétés étrangères et le ministère de la Défense nationale sont intéressés par les produits. Des pièces qu’on peut acquérir en ville et dont raffoleraient les épouses d’Algériens originaires d’Europe de l’Est. 30 à 40 kg de poissons arrivent dans le magasin de Moulay chaque jour.
A 500 DA le kilo, on essaie de proposer ceux qui ne dépassent pas deux kilos. Des barquettes de poissons congelés vont bientôt faire leur apparition. Pescado de la Duna (poisson de dune en espagnol) par reconnaissance au bureau d’études de Barcelone qui a élaboré le projet. Elles se déclineront en neuf gammes. Mortadelle de poisson, terrine, poisson pané de 250 grammes entre autres. Depuis quelques mois, un autre poisson a fait son apparition dans les bassins.
Le poisson-chat doit cette appellation à ses deux moustaches bien dressées sur son museau. Il a été ramené des gueltas d’Ihrir près de Djanet. Son filet est succulent et sa viande est sans arêtes. Les touaregs le consomment depuis longtemps et lui donnent un nom en Tamazight « Assataf ». Une autre variété qui sera ensemencée bientôt, provient de Thaïlande. Ce que montre le complexe Moulay est la possibilité de développer toutes sortes d’activités de production même les plus inattendues dans le vaste désert. Mais est-ce vraiment si étonnant ? Le Sahara qui n’était à l’origine qu’une vaste mer asséchée ne retrouve-t-il pas quelque part sa vocation ?
Source Horizons R. Hammoudi
Le Pèlerin
Ouargla
Six décès par piqûres de scorpion
 
Six personnes dont quatre enfants âgés entre 2  et 3 ans sont décédées suite à des piqûres de scorpion dans la wilaya de Ouargla  depuis début 2007, apprend-on hier, auprès de la direction locale  de la santé, de la population et de la réforme hospitalière (DSPRH).
1329 cas de piqûres de scorpions ont été enregistrées depuis le début  de cette année sur l’ensemble du territoire de la wilaya, précise la même source  ajoutant que le plus grand nombre de ces cas a été recensé dans la région de  Ouargla avec 652 personnes piquées suivi de Touggourt (région de Oued Righ)  avec 520 cas d’envenimement scorpionique.  Comparativement à l’année 2006 où il a été enregistré, durant la même  période, 1576 personnes piquées par cet insecte dont un cas de décès, les services  de la santé de Ouargla ont noté un taux élevé de cas de décès dus, selon eux, à la dégradation de l’environnement, principal facteur qui favorise la prolifération  de ces insectes venimeux.
En effet, la plupart des cas de piqûres de scorpion ont été signalés à l’extérieur des habitations, indiquent ces responsables.
Concernant l’opération de ramassage des scorpions au profit de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), les responsables de la direction de la santé de Ouargla  font état du ramassage de 3000 insectes depuis le début de l’année 2007 à ce  jour par l’association de ramassage des scorpions de la wilaya, dans le cadre  de la prévention et la lutte contre l’envenimement scorpionique, transmis  à l’unité de recherche de Ouargla pour l’extraction du venin.. Cette unité créée en 2006, est spécialisée dans les recherches scientifiques  dans plusieurs domaines relatifs à la médecine, notamment l’envenimement scorpionique,  un genre de pathologie qui caractérise cette région du sud, précise la même  source.
Cette pathologie qui est devenue un véritable problème de santé publique  nécessite, selon les responsables locaux de la santé, l’implication de tous  les secteurs concernés en vue de réduire les dangers générés par cet insecte.
 
Source El Moudjahid
 
Le Pèlerin
 

MÉTROPOLES SAHARARIENNES
HISTORIA magazine
N° 200 du 3 novembre 1971
 
EN arabe, sahra désigne un espace vide, un désert. Vide, c’est bien ainsi qu’on se représente souvent le Sahara : du sable à l’infini, le pays de la soif et... depuis quinze ans, le pays du pétrole.
   La réalité est différente. Environ 750 000 personnes habitent ce désert immense qui couvre un tiers de l’Afrique et que se partagent huit pays : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Tchad, Niger, Mali et Mauritanie. Les nomades assurent la liaison entre la Méditerranée et l’Afrique noire, mais le plus paradoxal est que l’ingéniosité de l’homme a réussi à faire surgir des villes dans ces étendues désolées.
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Un désert de cailloux
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  Le sable est loin de recouvrir tout cet espace, il ne représente qu’un cinquième du Sahara : c’est l’erg, semblable à une mer brusquement figée, dont les rides seraient les dunes.
   La pierre occupe une place bien plus importante : le Sahara est un désert de cailloux : massifs montagneux aux éboulis chaotiques, tassilis aux formes déchiquetées, hamadas pierreuses et arides, regs de gravier.
   Vu d’avion, un immense réseau apparaît, avec ses vallées et ses ramifications. C’est un réseau momifié : l’eau existe, mais elle court en sous-sol.
   Le long de ces oueds desséchés, ponctuant le parcours des pistes, apparaissent les villes du désert, points minuscules épars dans l’immensité.
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Des villes depuis l’Antiquité
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   On connaît des villes au désert depuis l’Antiquité : Garama, l’actuelle Gherma, en Libye, était la capitale des Garamantes, au temps d’Hérodote (Ve s. av. J.-C) et Ghadamès existait aussi déjà à cette époque. Sigilmassa, à côté d’Erfoud, au Maroc, fut, au VIIIe s. la capitale d’un vaste royaume et la plus importante ville du Maghreb après Kairouan. Enfin, au XIXe., l’émir Mael-Aïnin eut l’idée, en 1899, de faire surgir une ville des sables ; ce fut Sémara, dont la vie fut courte, puisqu’elle fut détruite, en 1913, par une colonne française.
   Les villes se répartissent surtout sous l’Atlas saharien, qui sert de lisière nord. En Algérie, à l’ouest, un chapelet d’oasis court le long de l’oued Saoura et du Touat, appelé « la rue des Palmiers », de Colomb-Béchar à Reggane. Au centre, la piste du Hoggar, de Laghouat, par le Mzab, El-Goléa, In-Salah, atteint Tamanrasset, seule ville du Sahara sans palmeraie. À l’est, Biskra, Touggourt et les oasis de l’oued Rhir, Ouargla, mènent, par Hassi-Messaoud, à Djanet, la porte des peintures préhistoriques. Le Souf et le Mzab forment deux mondes à part, deux victoires de l’homme, l’une sur le sable, l’autre sur le désert de pierre.
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L’oasis
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   L’oasis évoque le port entre deux voyages, la source fraîche après les rigueurs du soleil, le bruissement de la ville après le grand silence.
   Secrète et ouverte, renfermée et accueillante, lieu de rencontre et d’échanges, elle répond à un double but : préserver l’intimité des habitants et accueillir les caravaniers. Ceux-ci s’y reposent et s’y ravitaillent. Cultivateurs, commerçants et artisans y vivent.
   Allongée à l’ombre d’un ksar, l’oasis déborde souvent ses remparts, nécessaires quand l’insécurité régnait, avant la fin du siècle dernier, pour se protéger des rezzous.
   On y trouve d’abord le marché. C’est là qu’ont lieu les échanges. Les nomades apportent le sel, le thé et le pain de sucre, les produits provenant du Niger, les objets en cuir fabriqués par leurs femmes, autrefois l’or et les esclaves. Ils trouvent le mil et le blé, les dattes dénoyautées dont on bourre des peaux de bouc où elles forment une sorte de pâte d’aspect peu appétissant, mais pratique pour le voyage, les produits de l’artisanat. Dans les rues avoisinantes, se concentrent les boutiques, souvent groupées par professions, c’est le souk, bruyant et animé. On s’interpelle, on boit le thé, on joue aux dominos par petits groupes à l’ombre des arcades ou dans les cafés, ou bien aux dés et le crottin de chameau fait office de palet... Seuls le fréquentent les hommes et les enfants qui se faufilent dans la foule.
   Vers ses abords, le nomade pourra s’abandonner à l’évocation des « houris aux seins ronds et palpitants » que le Coran, compatissant, lui promet au paradis. Sur terre, les Ouled-Naïls y pourvoient.
  À l’agitation du marché succède le calme de la ville haute. Là, vivent les femmes. De chaque côté de ruelles sombres qui serpentent négligemment, et si étroites que deux ânes parfois ne peuvent s’y croiser, se serrent les maisons. Bâties en pisé, aveugles à la rue, elles s'ouvrent sur une cour autour de laquelle s’ordonnent quelques pièces. Au-dessus, la terrasse est, dans la journée, le séjour d’élection des femmes : elles voient sans être vues. L’été, toute la famille s’y rassemble pour dormir, fuyant la moiteur étouffante des pièces.
   Chaque oasis possède une ou plusieurs mosquées. Mais, mis à part le Mzab, le zèle religieux paraît intempestif au Saharien, témoin ce coup de pied envoyé en pleine rue par un coreligionnaire choqué et que reçut, à l’heure de la prière, un musulman trop fervent présentant de ce fait un... dos tentateur.
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Une ville dans un jardin
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   Au-delà s’étend la palmeraie. Sa fertilité repose sur la présence indispensable, tyrannique, de l’eau. Autour d’elle s’organise la vie de l’oasis, elle détermine son aspect : une ville dans un jardin où le palmier est roi.
   Les moyens diffèrent suivant les régions pour atteindre la nappe souterraine. Dans le Souf et le Gourrara, on utilise les puits à balancier, longue perche qui pivote autour d’un tronc de palmier, pourvue d’un contrepoids. Dans le Mzab, le puits à traction animal : un âne ou un chameau tire une corde à laquelle est attaché le delou – outre de cuir qui sert de seau – le long d’un chemin dont la longueur est égale à la profondeur du puits. Or certains sont creusés jusqu’à 100 mètres de profondeur. À l’aide d’une autre corde, le conducteur fait basculer le delou qui se vide dans un bassin. Le grincement de la poulie accompagne le va-et-vient incessant de l’homme et de l’animal.
   Dans l’Ouest, il y a des siècles qu’avec des moyens rudimentaires les habitants ont mis au point le système plus savant des foggaras : il s’agit de capter l’eau du plateau pour la conduire, par des galeries à faible pente, jusqu’à la palmeraie. Ces galeries ont la hauteur d’un homme courbé, possèdent des puits d’aération tous les dix mètres et peuvent atteindre jusqu’à 70 mètres de profondeur et 40 kilomètres de long. L’ensemble forme un réseau souterrain, couvrant, au Touat, jusqu’à 1 500 km ! Travail prodigieux, exécuté entièrement à la main par de véritables taupes humaines !
   Dans l’Est, à Touggourt et sur l’oued Rhir, on utilise des puits artésiens dont la technique est connue depuis les Égyptiens.
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La tête au soleil
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  Ainsi remontée du sous-sol, l’eau va ensuite cheminer par mille canaux à ciel ouvert – les séguias – pour venir, parcimonieusement répartie entre tous, baigner le pied des palmiers, dans les jardins clos de murettes et souvent minuscules.
Il faut au palmier pour pousser, la tête au soleil et le pied dans l’eau. Comme il porte des fleurs mâles et femelles sur des pieds distincts, on ne se fie pas au hasard. Au printemps, les hommes coupent les fleurs mâles et secouent leur pollen sur les fleurs femelles. Ils accomplissent ce rite en modulant une prière bénéfique pour ce mariage. En octobre, c’est la grande fête, on récolte les dattes. Il en existe de plusieurs espèces, mais la meilleure est la deglet-nour – le doigt de lumière –, celle qu’on exportera.
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Les habitants
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   À l’ombre bienfaisante du palmier, croît la vigne, en tonnelle ; sous la vigne, poussent le figuier, le citronnier et l’abricotier, et à l’ombre de ceux-ci, le jasmin et la rose, mais surtout le blé et le mil, les légumes, produits de base de l’alimentation des oasiens.
   Ceux-ci sont généralement noirs, descendants des esclaves amenés autrefois du Soudan, ou population résiduelle des premiers occupants du Sahara – ceux des fresques du Tassili des Ajjer – que l’on appelle harratin. Ils ne sont que les fermiers de ces jardins. Le propriétaire est souvent un grand nomade – blanc – qui ne condescend pas à travailler la terre et laisse ce soin aux khammès (métayers), qui ne gardent pour eux qu’un cinquième de la récolte.

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Protestants de l’Islam
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   Pour les oasis, celles du Mzab tiennent une place à part, c’est le pays des protestants de l’Islam.
   Au VIIIe siècle de notre ère, des Berbères islamisés adhérèrent à un schisme né en Perse. Ce sont les Ibadites. Ils fondèrent un royaume à Tiaret. Chassés, ils s’enfuirent à côté d’Ouargla et créèrent la ville de Sédrata, qui fut détruite à son tour. Ils fuirent de nouveau, mais, cette fois, s’enfoncèrent à 200 km de là, dans la hamada hostile, et, dans le lit pierreux de l’oued Mzab, s’installèrent définitivement. El-Ateuf fut la première créée, mais quand une ville se développait, la population essaimait et en construisait une autre. Ainsi naquirent, dans l’ordre : Bou-Noura, la Lumineuse, Beni-Isguen, la Sainte, Melika, la Reine, enfin Ghardaïa, dernière-née et la plus importante, dont le nom signifie « la grotte de Daïa », une très jeune femme qui vivait dans une grotte, dit la légende, et dont la beauté séduisit Sidi Bou Gdemma, qui l’épousa sur-le-champ.
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Un immense monastère
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  Une organisation stricte règle la vie de la communauté : aucun étranger n’y peut résider, chaque soir Beni-Isguen ferme ses portes. Ghardaïa, seule, abrite, en plus des Ibadites, des Arabes, consignés dans deux quartiers. Avant l’indépendance s’y ajoutait un quartier de juifs artisans, entouré de remparts pour éviter tout contact. Les organisations modernes sont situées hors des remparts. La religion impose à chacun une discipline serrée – on ne fume pas – et rythme la vie de tous, comme dans un immense monastère. Les femmes ne sortent pratiquement pas, enveloppées dans un lourd haïk de laine, qui ne laisse voir qu’un œil, s’effaçant, visage contre le mur, lorsque passe un homme. La silhouette de ceux-ci, familièrement appelés moutchous, est connue de tous en Algérie ; large visage barbu et à lunettes, djellaba blanche, calotte sur le crâne, on les prendrait pour des internes d’hôpital. À l’âge adulte, laissant là leur famille, ils s’exilent vers le Nord, où ils détiennent pratiquement le monopole du commerce, spécialement l’épicerie. Fortune faite, ils s’en reviennent finir leurs jours en jardinant.
  Corsetées de remparts, leurs maisons ocre et bleu pâle montent en rangs compacts vers la mosquée, dont le minaret dépasse comme un doigt levé vers le ciel.
   Cette mosquée unique, située au point le plus haut, est à la fois le centre religieux, social et intellectuel de la cité. Elle abrite le trésor, les denrées distribuées aux pauvres, les objets perdus, l’école coranique, les bains et une prison de femmes – l’audition des prières devant les remettre dans le droit chemin. L’Européen n’y entre pas. Les maisons des tolbas – lettrés – l’entourent silencieusement. Autour de la mosquée s’enroulent les rues, comme une toile d’araignée coupée d’artères descendant vers la périphérie. Là, rejeté près des remparts, se situe le marché avec son agitation.
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Le Souf
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   Toutes les terres cultivables sont réservées à la palmeraie. Lorsque la crue déferle, environ tous les dix ans, elle emprunte le circuit des rues et pénètre dans les jardins par des ouvertures prévues au bas des murs et dont la grandeur est proportionnée au nombre d’arbres de l’enclos ; ainsi chacun reçoit selon ses besoins et pas davantage.
  Isolés dans cette vallée aride, ils ont élaboré une architecture dépouillée et fonctionnelle, la plus originale du désert, qui semble étrangement moderne et inspira Le Corbusier. Toute la fantaisie bannie des villes fuse librement dans les cimetières. Il y a beaucoup de Ronchamp au Mzab : mosquées funéraires et tombes de cheikhs illustres aux formes sinueuses, aux ouvertures semées comme au hasard, à dix siècles d’intervalle rejoignent le style actuel.
  Pays refuge – comme le Mzab –, le Souf est perdu dans l’Erg oriental, en pleine dune. El-Oued, surnommée « la villes aux milles coupoles », est la capitale de cette région étrange.
   C’est à l’aide des célèbres roses des sables que le soufi voûte sa maison, en place de la terrasse traditionnelle. Une sorte de module de construction : la coupole, couvre toutes les maisons. De deux mètres de diamètre environ, elle est construite sans cintre, avec des moyens rudimentaires. Il suffit d’aligner deux, trois ou plusieurs coupoles pour obtenir la longueur de la pièce désirée.
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Fosses aux palmiers
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   En approchant de la ville, on cherche en vain l’oasis, on n’aperçoit que les panaches des palmiers qui émergent de fosses où ils sont enfouis. Au lieu de monter l’eau du sous-sol, les soufis ont préféré descendre le palmier près de la nappe souterraine, ici peu profonde, de façon que les racines aillent elles-mêmes chercher l’eau nécessaire.
   Ils ont donc creusé dans le sable des entonnoirs de plusieurs mètres de profondeur, les ghouts, jusqu’à la nappe humide. Mais le vent est un ennemi sournois. Au moindre souffle, il entraîne au fond les grains de sable. Pour lutter contre l’enlisement des palmiers, on consolide le ghout par des haies de palmes. En une ronde incessante, à dos d’homme ou d’âne, les couffins de sable remontent la pente des talus pour se déverser à l’extérieur, surtout la nuit, afin de profiter de la fraîcheur, à la lueur de torches de palmes embrasées. Spectacle fantastique.
   Le Souf, le Mzab, deux exemples de villes du désert, qui montrent bien à quel point leur aspect peut être varié. Depuis l’ère préhistorique, le Sahara a tenté l’homme : Garamantes, Romains, Berbères, Arabes, l’ont parcouru et s’y sont fixés. Des villes sont nées, d’autres sont mortes, dont l’histoire est enfouie dans les sables. L’avion, le camion raccourcissent maintenant les distances, mais, pour le voyageur, l’oasis garde sa poésie, elle reste semblable au paradis dépeint par le Coran : « Un jardin de délices, parcouru d’eaux vives, aux ombrages toujours verts et dont les rameaux, lourds de fruits s’offrent à.la main qui veut délicatement les cueillir ».

Odette BOUCHER