ملاحظات حول الصحاري ولاد بن عالية و أولاد نايل "فرنسي"

Notice Sur les Saharis , les Oulad Ben Aliya , les Oulad NaïI

Revue africaine. Journal des travaux de la Société historique algérienne. 1866.
(Voir le numéro 44 de la Revue)

A la faveur des longues guerres dont nous avons esquissé le récit, une partie des Oulad Naïl (les Oulad D'ia et les Oulad Mohammed) quitta la H'ot'ba, le Mehâguen et l'Oued Chaïr, que parcourent actuellement les Oulad Khaled, à l'Est de Bousa'da, et vint campera Aïn er-Rich. Là, se trouvant à proximité des terrains qu'elles convoitaient, ces tribus surent habilement cacher leurs projets sous une affectation d'indifférence : elles attendirent patiemment que la volonté de Dieu suscitât des événements favorables à leur désir d'immigration dans le Zarez.
Elles suivirent des yeux toutes les phases des combats. Peu leur importait que la victoire se déclarât pour l'un ou l'autre parti leur bravoure bien connue leur faisait espérer une proie facile.
- Certains de profiter bientôt, et des richesses amassées péniblement par le vainqueur, et de ses conquêtes territoriales, les Oulad Naïl assistèrent ainsi à la fuite des Bouaïch, furent témoins de la victoire et ensuite de la dispersion si soudaine et si imprévue des El-Arbâ, des H'aouâmed, les Oulad Mâd'i et des Selmya.
Le fulminant anathème jeté sur les Sahâri, par la voix  courroucée de Sidi Ben Aliya, leur fournit, enfin, l'occasion de s'implanter dans le pays. Ils s'emparèrent successivement de Bât'en ed-Drouiya, de Bou'aichaoniya et de Aïn Kah'la, lieux qui longent le versant méridional du Djebel Sah'ari.
Les Sah'âri, trompés par les probabilités d'une paix  durable, s'étaient depuis longtemps endormis dans leurs triomphes. Réveillés brusquement, mais trop faibles pour résister avec succès à cette force envahissante, ils virent un beau jour les tentes des Oulad Naïl, aux feldja (longue pièce d'étoffe) jaunes-orangés, rayés de bandes noires, pareilles à de nombreux incendies de halfa, couronner de leur teinte de flamme toutes les hauteurs; ils virent de riches troupeaux couvrir les plaines et les vallées, puis s'abreuver à leurs sources et les bergers, la lance à la main, les regarder sans effroi.
La guerre, mais une guerre d'extermination, menaçait de surgir entre les deux tribus en présence. Les Oulad Naïl, race turbulente et hargneuse, mettaient toujours en avant la raison du plus fort pour dépouiller leurs voisins des pacages à leur convenance. Enfin, ils signifièrent impérieusement à leurs adversaires d'avoir à leur abandonner le Zar'ez afin d'éviter une destruction complète.
Les Sah'âri ne voulurent pas plier devant la violence ; mais la fortune ne seconda pas leur héroïsme : ils furent partout vaincus. Alors, faisant taire leur vieille rancune, ils appelèrent à leur aide les Bouaïch, les soudoyèrent largement et leur promirent la restitution de tout ce qu'ils leur avaient enlevé, si par leur concours, ils sortaient vainqueurs de la lutte. Les
Bouaïch, malgré les rudes atteintes portées naguères à leur orgueil excessif, embrassèrent avec joie la querelle des Sah'âri.
Les deux goums réunis célébrèrent leur réconciliation dans un splendide tournoi où chacun déploya les preuves de sa vaillance.
Les Oulad Naïl aperçurent de loin cet indice d'un combat prochain.
A la fin de la joute, les deux tribus défilèrent devant eux avec ostentation. Cette bravade sembla n'attirer de leur part qu'une mince attention. Aucune affaire n'eut lieu ce jour-là.
Tout se borna de part et d'autre à de vaines démonstrations.
Mais, le lendemain, après la prière du point du jour, les Oulad Naïl fondirent sur les Sah'âri et les Bouaïch, et du premier choc les repoussèrent de ta plaine sur les hauteurs. Les alliés se dirigèrent sur l'Oued Melah' par le Faïdja (chemin de crête). Les Oulad Naïl s'acharnèrent après eux et les écrasèrent
de nouveau à Aïn Ma'bed (entre le Rocher de Sel et le poste de
Zemila). Les Sah'âri, les Bouaïch, trop pressés, même pour ramasser leurs morts, se précipitèrent en tumulte dans la vallée de Korirech (entre le Rocher de Sel et Charef), au milieu des tentes des Moui'adat. Ceux-ci, commandés par l'illustre Omar ez-Zerdab, s'armèrent â la hâte et se joignirent aux Sah'âri et aux Bouaïch pour refouler l'ennemi commun. Les Oulad Naïl, pareils à un torrent grossi par les pluies d'un long orage (h'amla
الحملة-), de tous les versants s'abattirent sur les trois tribus et les  chassèrent devant eux, comme des troupeaux inoffensifs, jusqu'à l'Oued M'âdjia, près de Charef.
 Les Oulad Naïl, satisfaits pour le moment de l'immense étendue de terrain qu'ils venaient, de conquérir, suspendirent leur poursuite. Les Bouaïch et les Mouiadat s'installèrent sans être inquiétés dans la vallée de Bab Aïn Messiouda, sur les rives de l'Oued Madjia et à l'extrémité du Zar'ez occidental, habité avant eux par les Haoumed, qui y ont leurs tombeaux. Les Sah'âri rentrèrent dans leurs montagnes. Mais les conquérants se réservèrent la partie la plus fertile du Zar'ez, la vallée de  Korirech, le Kharza, arrosé par l'Oued Melah et tout le pays compris entre les deux Sebkha. Maîtres de toutes les sorties des montagnes, ils purent détrousser ou rançonner  impitoyablement les caravanes que le besoin de s'approvisionner dans le Tell contraignait de traverser le Zar'ez. Ils continuèrent ce métier, source de bonnes aubaines, jusqu'à l'arrivée des Français. — A la même époque, leurs frères, les Oulad Aïssa et les Oulad Sâ'ad Ben Salem, malgré les El-Arb'a, débordaient dans les plaines de l'Ouiç'âl, par le Kaf Abd el-Madjid et Amoura.
Le Zar'ez, quand s'y montrèrent les Oulad Naïl, était le repaire de tous les coupeurs de route. Les autruches et les gazelles rompaient seules la monotonie de ses vastes plaines aux pâturages regardés comme plantureux dans le Sud. Les caravanes bien serrées ne s'y dissimulaient qu'en louvoyant toujours, qu'en se rejetant sans cesse dans les fid et les mader (dépressions de terrain). Les tribus osaient à peine s'y aventurer. Les tentes des Sah'âri, rangées avec méfiance en ligne circulaire (الخط) au fond des gorges, confondaient leur sombre couleur de fumée avec la profonde verdure des pins. Lorsque l'herbe était rare dans les contrées environnantes, les bergers, nombreux et bien, armés, se décidaient pourtant à y circuler avec leur troupeaux ; mais, alors, des goums imposants battaient le pays dans tous les sens'. En outre, des vedettes aux yeux perçants sondaient continuellement les alentours, et, à la moindre apparition suspecte, vite les troupeaux s'évanouissaient dans les dunes ou disparaissaient dans l'intérieur des montagnes. Rien ne trahissait bientôt plus les craintives populations, qu'une longue fumée blanche se tordant en spirale dans les airs après s'être échappée de cols inaccessibles ou de sommités rocheuses.
Au milieu du 18e siècle, le célèbre prophète du Sud, Sid el-Hadj Aïssa el-Ar'ouat'i, prédisait les malheurs que l'avenir allait déchaîner sur le Zar'ez. Les Arabes, avec leur imagination complaisante, n'ont pas manqué de lire dans ce spécimen du lyrisme africain les événements dont le Zar'ez a été le théâtre jusqu'à nos jours :
« Que ton visage est de mauvais augure, ô Zar'ez ! malgré la verdure de ton printemps éternel ! Le berger qui amène ses troupeaux dans les riantes prairies ne recueillera que les afflictions.
« L'imprudent qui se repose dans ton sein aux mille couleurs, y dormira d'un sommeil sans lin. Vos pères n'ont-ils pas pleuré le malheurs du Zar'ez avec de longs cris de douleur ? »
« Voyez ces deux réunions de tentes ,leurs troupeaux marchaient ensemble depuis leur dernier campement. Elles les ont perdus à Der'ima. »
« Le repos que Dieu donne et les pâturages, partout, ailleurs, sont copieux et abondants. Je consulte mes amis tous refusent d'y laisser brouter leurs troupeaux.
« Hélas ! l'herbe et les fleurs caressent toute contrée imprégnée de déceptions. Arrivez ! arrivez donc, si vous l'osez ! vos pères se sont affaissés sous les calamités de ce pays. »
«  Que tes eaux et tes prairies sont de mauvais augure, ô
Zar'ez! O Arabes ! que vos troupeaux ne goûtent pas à l'herbe du Zar'ez, car ses plantes maudites conduisent à la perdition! »
« Quand même seriez-vous au nombre de mille chevaux, l'arrêt, que Dieu a prononcé est inébranlable. Ah! voici des événements terribles! d'épais bataillons de soldats noirs vont l'assaillir (les Français)..... Si encore les
Meh'aoucha (Zenakhra de Bour'ar) y dressaient leur tentes bien .alignées. »
 « Les Arabes des El-Arba n'y montrent jamais leurs troupeaux... »
« Voici deux ans que je vois et vous indique, fils de chiens ! l'herbe de malheur et les angoisses attachées à ce pays réprouvé. »
« Mais, non ! ils ne veulent, pas s'en éloigner ! Je jure par les serments les plus sacrés que ses habitants en sortiront aussi nus que l'étranger dépouillé qui s'en va dans des contrées lointaines regagner les biens qu'il a perdus ! »
« O tribus! si vous fréquentez encore ces pâturages,, vous serez toutes égorgées par le couteau. Le moment s'approche où une armée de deux mille ôtriers s'y développera. Le poison de la poudre s'enflammera dans des combats qui feront apparaître les désastres jusqu'alors cachés dans les décrets de Dieu. Un tiers prendra la direction du Nord, un tiers s'étendra vers l'Est, un tiers récoltera le butin (Combat d'Ain
Malakoff pendant la dernière insurrection). »
« Les Béni Naïl quitteront ces contrées en fuyant. Riches autrefois, ils se vêtiront de peau de boucs, sans jamais rencontrer de coeurs compatissants. Les voilà déjà à Ah'meur Kheddou (cercle de Biskra) où ils empruntent pour vivre. »
« Ne me traitez pas de menteur, car mon oeil voit tout ce qu'il annonce. »
« Ah! évitez le Zar'ez, Dieu le prescrit, ô Arabes, quand mêmes ses arbustes et ses plantes seraient chargés de feuilles et de fruits d'argent. »
« Je vous eu prie au nom de Dieu miséricordieux ! éloignez-vous du Zar'ez ! le nuage de poussière y cèle dés embûches : ses habitants sont des gens perfides. Ceux-là seuls qui en seront loin seront garantis de l'adversité. »
« Evitez le Zar'ez, ô Arabes! Dieu l'a commandé. Ne vous y attardez pas après le déclin du jour, car le matin, vous vous lèveriez nus et entourés des frissons de l'agonie. »
« Voici le couchant qui y pousse avec furie ses soldats. »
« La honte habite le Djebel Mechentel (Djebel Sahâri) et en coule à gros bouillons. Insensés! de Zedjadfa des cohortes compactes viendront y combattre. Les étendards frémiront dans la voix retentissante et les éclats répétés des fusils » (épisodes de la dernière insurrection).
 « Ceci est un décret que Dieu, puissant, unique, fait couler par ma bouche. »
« Les amis se trahiront et deviendront ennemis : le frère meurtri expirera sous les coups de son frère, et ils s'aimaient! » (pendant la dernière insurrection, ceux des Oulad Naïl qui nous étaient demeurés fidèles, furent attaqués par leurs frères révoltés. C'est dans un de ces combats que fut tué leur Bach Agha, Si Chérif ben El-Ahrech, par son parent et son ami, dit-on).
« Viendra un temps, oui, viendra un temps, où la langue doutera des dents qui la font parler, où le coeur se méfiera des poumons, où la laine prendra de la valeur, où le lin se vendra à bas prix (pour indiquer un homme riche, on disait : un tel a des vêtements de lin) et où toutes les réunions de tentes se changeront en villes! où la coiffure du chrétien et la chachia du musulman se confondront, où le pauvre comme le riche montera à cheval, où le riche deviendra pauvre à son tour. Je le jure sur le mariage de Mabrôuka (femme de Sidi El-Hadj Aïssa) nous nous fatiguerons à marcher dans la plaine de l'Oued el-Hamar (affluent de l'Oued Djedi). »
Cependant les Oulad Naïl, las de la paix , tiers de leur force, agacés par ces lentes ennemies qui interceptaient leur horizon, se levèrent une autre fois contre les Sahâri, les Bouaïch et les Mouiadat. Ces tribus ne demandaient, du reste, que la guerre. Depuis que les Oulad Naïl les avaient soumises à la dure nécessité de se contenter de pâturages très-restreints, de contempler sans pouvoir en jouir les grasses prairies du Zar'ez, qui fleurissaient et se déployaient sous leurs yeux avec tout le luxe de jardins, elles avaient senti chaque jour leur fureur s'augmenter. Le feu de la guerre, attisé par une longue haine, se ralluma plus vivace que jamais.
Les alliés, à la réouverture des hostilités, étaient concentrés sur les bords de l'oued Hadjia. La victoire fut longtemps disputée; mais enfin les trois tribus, débordées de toutes parts, succombèrent et les Oulad Naïl s'approprièrent leurs moissons.
Le nombre des morts fut toujours ignoré. Un chantre s'écria : ( Voyez l'intrépidité des Oulad Naïl ! ils ont dit. aux tribus : Evacuez le Zar'ez, laissez le Zar'ez solitaire de vos personnes, car nous le désirons pour nous; pour nous ses fleurs aux brillantes corolles sont aussi belles que le chameau qui voudrait toujours guider le berger attentif. Les Oulad Naïl sont des héros cl nul n'osera le leur venir disputer. »
Au premier abord, un observateur ordinaire serait à juste raison alarmé de l'outrecuidance de ces éloges en faveur d'une plaine sablonneuse. En rapportant l'histoire des Oulad Naïl nous expliquerons plus tard la passion du Saharien pour ce vaste bassin.
Les alliés étaient dans la consternation Les Bouaich se dérobèrent à la hâte à une déroute irréparable. De l'oued Touil, ils revinrent dans l'Est et s'arrêtèrent au Kaf el-Khider (Guelt es-S'et'el), près des Oulad Sidi Aïssa el-Ahdàh. Deux ravins y portent encore le nom de leurs chefs, Bou Maza et Adhim.
Les Mouïadat en désarroi se retireront à Soumguida et à Aïn Rérab, près des Oulad A'ïad de Teniet el-Had. Toutefois, quelques-unes de leurs tentes furent tolérées par les vainqueurs dans la vallée de Korirech.
Dès-lors, les Oulad Naïl, craints et respectés, s'étalèrent à leur aise dans tout le Zar'ez. Les Bouaich humiliés  s'inclinèrent devant eux, et leurs troupeaux, moyennant un léger tribut, purent s'introduire dans le Zar'ez. Assis sur les rochers du Djebel Khider, leurs yeux erraient dans les blondes flexuosités de cet immense réceptacle des eaux, et sa vue réveillait leur convoitise et leurs regrets. Les Oulad Naïl surprirent leurs regards avides. Effrayée de leurs menaces, cette malheureuse tribu s'exila au Nord de Aïn bou Sif, pays alors presque désert et dont quelques rares tentes des Oulad Allan occupaient parfois les points culminants. Les Oulad Naïl voulurent leur enlever tout espoir de se rapprocher du Zar'ez. Au milieu d'une nuit épaisse, les deux tribus se heurtèrent à Aïn Bou Sif et l'acharnement fut tel, dit la tradition, que les instruments de morts devinrent, dans la main des combattants, pareils à l'éclair fulgurant qui se dégage de la tempête. Ahmed ben Sada, de la tribu des Oulad Abd el-Kader (Oulad Naïl), fut tué en luttant corps à corps contre les deux chefs de Bouaich, Serah'zah et Khaled ben Ah'cen, qui furent immolés par le héros expirant. Les Bouaich culbutés, anéantis, ne s'exposèrent plus dans la suite à l'animosité des Oulad Naïl.
Au commencement de ce siècle, les quelques tentes des Mouiadat encore égarées dans la vallée de Korirech,  disparurent à leur tour d'un pays où la sécurité n'existait, plus pour eux.
Lors de l'invasion du Zar'ez par les Oulad Naïl, les Draba
(الدرابة) peuplaient le Djebel Sendjas. Un impôt annuel  d’un mouton par maison leur fut imposé par les conquérants. Ils refusèrent de le payer et furent expulsés de leurs montagnes.
Leur Ksar, H'ammam Dakhlani (dans l'intérieur de la montagne), Guerguiz à l'Ouest d'El H'ammam, Feknouna sur le Gada, ou plateau, Sidi Daoud, El-Djedid à Khaneg et Teurfa (gorge des tamaris), El-Kolia près du Teniet ben Toumi, Tarech, furent démolis.
Le village situé à Khaneg el'-Ar'ar était partagé en trois quartiers : Draba, Tamda et Aiâl. Il doit sa ruine au fait  suivant :
Les hommes jouaient au sig (espèce de jeu de jonchets) et les femmes épiloguaient entre elles et s'adressaient des discours épigrammatiqnes (تلومة). Une querelle naquit rapidement ; des propos acres on passa aux bâtons, des bâtons aux pierres, des pierres aux armes de fer. Ils s'entr'égorgérent tous et la partie féminine de la population s'entredéchira. Il ne survécut qu'un chien ci deux vieilles (sic), l'une des Tamda et l'autre des Aiat. Le chien appelé 'Ar'ar, en reconnaissance des soins dont il ne cessait d'être l'objet, les gardait, prévenait avec intelligence leurs moindres désirs. Malgré son attachement, l'une des mégères le tua. L'autre vieille s'élance sur la meurtrière et bientôt toutes deux tombèrent inanimées sur le cadavre du chien, qui donna son nom à la gorge.
Entre la Sebkha de l'Ouest et le Sendjas, des amas de pierres attestent encore l'existence d'un Ksar appartenant aussi aux Draba. Ces ruines sont connues sous le nom de Makh'oula, qui était celui d'une femme à laquelle les habitants accordaient les honneurs de reine et de prophétesse. Elle était douée d'une telle vue que l'atome le plus intactile, le corpuscule le plus insaisissable (traduction très-libre du mot عثيثة  très-petite mite), ne pouvait se soustraire à son regard. Un jour, elle s'alita, gravement malade à la suite d'un accouchement pénible.
Les incrédules, —redoutable variété de l'espèce humaine, — la crurent désormais incapable de veiller, comme auparavant, sur le Ksar et s'apitoyaient sur ses souffrances. « Hélas ! leur répondit-elle, ma vue s'est bien affaiblie, cependant je distingue sur la Gada du Sendjas, la tête d'une perdrix et l'arme du chasseur qui va la tuer. O Draba ! prenez garde à vos troupeaux ! » Ils tournèrent les yeux par un reste d'habitude et ne virent rien, ils se mirent à rire et s'écrièrent: « Décidément ton esprit épuisé se laisse jouer par la folie. »
Elle continua sans remarquer leurs railleries : « Je vois dans les nues l'oeil aigu du meguernès (le plus noble des faucons).
Je vois là-bas, là-bas, dans la plaine, reluire au soleil les crins de la queue d'une jument noire. Je vois sur les roches du Khider la prunelle dilatée de l'hyène O Draba! Prenez garde à vous! » Ils la traitèrent d'extravagante. Le soleil était à peine couché que des bandes de cavaliers et de fantassins s'accumulaient autour de la ville. Les habitants fermèrent leurs portes. Il était trop tard. Les -Oulad Mahammed (Oulad Naïl) saccagèrent le Ksar. Le massacre dura huit jours ; ce qui resta d'habitants se réfugia à Taguenfas cercle de Bou R'ar.
Après le combat si décisif de l'Oued Hadjia, les Sah'âri, trop resserrés dans leurs montagnes, s'étaient disjoints.
Les Sah'âri Oulad Sidi Younôs, subdivisés en cinq  fractions, avaient dressé leurs tentes dans le Djebel Béni Yagoub (entre Tad'mit, 'Amra, Charef et Zinina.) Les Sah'âri Oulad Maien ben-Ali et les Oulad Bedran ben-Ali s'étaient expatriés dans les Ziban; les Oulad Khamk ou ben-Ali dans les environs de Tit'efi et les Oulad Amâra ben-Ali dans le cercle, de Bou Sada.
La famille des Oulad Kacer s'était réunie aux Oulad el-
R'ouini (Oulad Naïl).
Les Sah'âri Oulad Ibrahim avaient choisi les âpres rochers du Djebel Sendjas, où, du temps de Sidi Mahammed ben-Aliya résidaient déjà deux de leurs fractions, les Oulad Daoud et les Oulad Tabet.
La discorde divisait un jour ces deux fractions. Le tumulte était grand ; le sang était près de couler, quand apparut subitement Sidi Mahammed ben-Aliya (« Eh !  quoi ! leur cria-t-il, ne pouvez-vous un instant maîtriser vos sentiments batailleurs ? grâce à mes prières, vous avez joui jusqu'ici d'un bien-être parfait. Au lieu de dépenser votre force clans des conflits inutiles, réservez-là donc pour le moment où les goums affamés de la R'azia, plus nombreux que les nuées de Gala (قطاة Pteroclurus alchata de C. Donap et tétras alchata de Linné كدري   pterocles arenarius.) et de Koudri du Zar'ez, désoleront vos montagnes. » Mais ces fractions, animées l'une contre l'autre de tout ce que les passions peuvent mettre de fureur dans le coeur humain, s'obstinèrent à ne pas écouter les paroles de conciliation du marabout.
Elles s'oublièrent môme jusqu'à lui dire: Qui es-tu? de quel droit te mêles-tu de nos affaires. ? nous permettons aux femmes de croire à ta sainteté, mais quant à nous nous n'avons que faire de tes remontrances. » L'homme de Dieu, indigné de leurs blasphèmes, arracha des flancs de la montagne un énorme rocher que cent individus robustes n'auraient pas pu même ébranler. A l'aspect de ce prodige, les combattants sentirent leurs armes glisser de leurs mains tremblantes; ils se prosternèrent aux pieds du saint en implorant son pardon.
Mais le marabout, soulevant au-dessus de leurs têtes la roche colossale, entre ses mains plus légère que le grain de sénevé de l'Écriture, leur cria d'une voix qui passa en frémissant sur tout le Zar'ez. « Ce n'est pas chez vous non plus, race cynique, que le bien peut trouver sa place; mon dessein était d'abord d'ensevelir vos inimitiés sous cette pierre et votre âme perverse s'y est opposée. Gens dévoués au malheur ! je vous abandonne dès ce moment à votre démence ; mais souvenez-vous que la prospérité s'est pour jamais éloignée de vous. Vous chercherez maintenant votre nourriture dans les branches du genévrier aux fruits amers. Votre bonheur cesse d'exister... je l'enfouis sous ce rocher il dit, et le bloc de granit retomba sur le sol où il s'enfonça lourdement. Toutes les tentatives des Sah'âri pour relever la pesante masse restèrent infructueuses, et ce baccifère continue, depuis lors, à nourrir des ses baies les plus pauvres familles.
Les Sah'âri Oulad Ibrahim d'humeur plus vagabonde que leurs frères, les Sah'âri el-Alaïa tirent leur principale ressource de la fabrication du goudron. On sait que le goudron est, dans le Sah'ara, le remède spécifique des maladies prurigineuses, chez le chameau surtout.
Le caractère des Sah'âri el-Ataia fut ainsi dépeint par Sidi
ben-Àliya : Les Oulad Rached ressemblent à la selle revêtue de son maroquin rouge ; l'extérieur est séduisant, mais le dessous, mal confectionné; occasionne des blessures, كالسرج لحمر من فوق يزهر و من تحت يدبر
Les Beddada sont comme les copeaux (الشفقة) inégaux de la planche dégrossie par le ciseau du menuisier.
Les Yahyat, dans leur confusion, ressemblent au mélange désordonné de faucilles enfermées dans un tellis.
Les Oulad Saïd vont, viennent, pleurent  (جايين شاقيين غاديين) etc., etc.
Depuis le jour où la malédiction divine, sur l'invocation de Sidi Mahammed ben-Aliya, s'était appesantie sur les Sah'âri, cette tribu, ce souffre-douleur, étreinte dans un cercle ennemi, subissant la flétrissure jetée au vaincu par un vainqueur implacable, ne cessa d'être pillée, dépecée par les Oulad Naïl.
Elle arriva à un tel état de misère que le gouvernement
Turc toujours progressif et peu scrupuleux dans ses moyens de perception, fut obligé do ramollir en sa faveur son insatiabilité.
Le bey de Tileri n'exigea plus qu'un cheval, plutôt comme signe de vassalité, que comme contribution; lorsque ce présent était beau et bien reçu, le Caïd et les principales tentes qui l'avaient acheté pouvaient se faire rembourser le prix d'achat en prélevant sur le reste de la tribu un mouton par tente.
Cet impôt, malgré son exiguité, au commencement de ce siècle, était déjà trop onéreux; les Sah'âri refusèrent de le payer. Le bey de Tileri lâcha sur ces réfractaires les Oulad el-R'ouini, les Oulad Si Ahmed et les Oulad Oum Hani. Ces trois tribus makhzen des Oulad Naïl, toujours âpres à la curée, ne leur laissèrent même pas le plus petit lambeau de tente pour s'abriter contre l'intempérie de l'air. Les plus maltraités, les Reddada et les Yahyat, s'enfuirent dans toutes les directions, entraînant avec eux une partie des autres fractions.
Les Oulad Naïl s'emparèrent de leur territoire, depuis l'Oued Melah jusqu'à Hadjia.
Il  y a quelques années, ces tentes ambulantes furent enfin réunies par les soins de l'autorité, et, el-Mida (Cercle d'Aumale) leur fut assigné pour lieu de campement. Ahmed ben-Guetaf ben-Khebizat leur fut donné comme Caïd, et elles prirent le nom de Sah'âri Khebizat. Dans le courant de l'année 1856 on les fit rentrer dans le Djebel Sah'âri.
Puisque l'histoire ethnographique des tribus de Djelfa est, comme celle de l'enfance de presque de tous les peuples, liée étroitement aux légendes, il nous faut, donc revenir, à défaut d'autre point de repère, à Sidi Mahammed ben-Aliya.
Dans cette partie du Djebel Sah'âri qui s'étend de l'Est à l'Ouest, depuis les gorges de l'Oued Medjel et le marais-de Aïn Kabla, jusqu'à la vallée de Gaïga, vivent les Oulad ben-Aliya dont les traditions apocryphes, mais populaires, n'ont encore rien de bien attrayant, ni de bien gracieux. Les Turcs, grâce à la haute réputation de leur fondateur, Sidi Mahammed ben-Aliya, et surtout pour ne pas froisser les croyances religieuses du pays, les exemptèrent de tout impôt pendant le temps de leur domination.
Sidi Mahammed ben-Aliya, d'après de savants  généalogistes, tels que Sid Ahmed ben-Mohammed ben es-Sahel, Sid Mahammed ben-Àhmed ben el-Hadj ben el-Arbi et Tounci el Kadri, Sid Aïssa ben el-Hadj el-andalouci el-Faci, Sid Abd es-Selam ben Yahya et-Tadlaouy, Sid Abd er-Rah'man ben el-Akhd'ari ech-Chabani, Sid Mohammed ben-Akhris el-Meknaci, Sidi Abd er-Rah'man ben Ali et-Touali, compte parmi ses aïeux Sidi Abd el-Kader ben Moussa el-Djelani, et est par conséquent chérif.
Sid Ahmed ben. Ibrahim sortit de Bardad, accompagné de ses treize frères. Il parcourut l'Afrique septentrionale et  devint avec ses frères l'origine de la véritable noblesse (Cheurfa).
Après maints voyages à Tlemcen, à Fez, à Oudjda, à Maroc où, malgré son ascendant, de puissantes collusions le harcelèrent, il fut tué à As'mil dans les environs de S'tidj, par des soldats secondés des Oulad Haçan. Abd-el-Kader, l'un de ses enfants, eut de son mariage avec Meriem bent Rah'âl de la tribu -des Sahari; deux fils : .Khemouikhem et Mahammed. Khemouikhem fut mis à mort par les Sahari. Quant à Mahammed, un séjour de sept ans chez une vieille femme des Bouaich, Aliya, lui fit donner le nom de cette mère adoplive, Ben Aliya. Il se maria à Maroc.
De retour dans le Djebel Mechenlel, il répandit tant d'abondance dans ces montagnes auparavant stériles, - corrigea tant d'abus, opéra tant de prodiges, que les populations s'empressèrent de se ranger sous son anaya (protection.) Les Sah'âri, les Bouaich, les El-Arba et d'autres tribus, lui apportèrent de continuelles Ziara. La guerre qui régna entre les Bouaich et les Sah'âri, grâce à son appui, se termina en faveur de ceux-ci, ses plus dévots serviteurs. Ses deux-femmes lui donnèrent huit enfants.
De Zineb, il eut: Ameur, Mabarek, Mohammed, Sahya et El-Hadj, destinés à être la souche des fractions des Oulad ben Aliya. De Fatma, il eût: Aissa, Rabah, Yahya, morts sans descendance par suite de la juste colère de leur père contre eux.
Ces trois, enfants de Fatma se préparaient à remplir un silo de blé. Leur père descendit au fond de la fosse. Tout-à-coup, une méchante idée pénétra dans leur esprit. Ils versèrent tout le grain sur la tête du vieillard surpris et se mirent follement à danser autour du trou pour l'empêcher de remonter. Mais le Saint sortit par un autre endroit et les voua ainsi à l'exécration : Enfants d'esclaves ! votre infamie mourra avec vous. Ce silo, profonde excavation formée par l'écoulement des eaux pluviales, est à 20 kilomètres environ au Nord-Est de Djelfa, sur les bords de la route carrosable qui aboutit à Gaïga. Il est l'asile des pigeons de tous les alentours et porte le nom de Bir el-Hamam.
La vue rendue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, une abondante chevelure aux têtes dégarnies, la puissance aux impuissants, d'incroyables miracles, punitions et bienfaits, dont ce marabout sema tout le cours de son existence, justifient l'éclatante opinion que les populations avaient conçue de son crédit auprès de
Dieu. Sa popularité, loin de subir des accrocs en traversant les siècles, n'a fait que croître et embellir en exagération. Comme le récit de tous les actes de son omnipotence nous entraînerait trop loin, nous nous bornerons à relater succinctement ceux qui ont quelque rapport avec l'histoire du pays.
Ce saint homme, à dessein, s'était égaré dans le Sah'ara. Ses compagnons, Sidi Zîan, Sidi Mahammed el-Saïh et Sidi Nadji, comme lui dévots personnages et créateurs de tribus, mouraient de soif. Sidi ben Aliya frappa le sol de son bâton et il en jaillit une source qui existe encore de nos jours sous le nom de  Mengoub (Puits en forme d'entonnoir,).
A l'époque où vivait cet Ouàli, des Berbères, fuyant l'Ouest, passèrent sous les murs d'El-Ar'ouat dont ils ne purent s'emparer et s'enfoncèrent dans l'Oued Mezab. Sidi ben Aliya se rendit au milieu d'eux. En se séparant d'eux, il leur dit pour les récompenser de leur courtoisie réception : (يجيكم نجع زارب و يغدى من عندكم هارب) des goums fondront sur vous avec  rapidité, mais ils se retireront avec plus de rapidité encore.
Depuis ces paroles, jamais les tribus qui les entourent n'ont pu, malgré leurs fréquentes irruptions, assujettir les Béni Mezab, ou les contraindre à quitter leur Chebkat (collines entrelacées en forme de filet). Par reconnaissance, ces hétérodoxes lui ont élevé une H'aouïta à Argoub.
Il n'eut qu'un mot à dire, et une femme stérile procréa. Le
nom de l'enfant, Dil es-Selougui (ذيل السلوقي) prolongement des vertèbres dorsales du lévrier), est encore aujourd'hui le sobriquet des Oulad Mimoun ou Mouamin chez les Sah'âri, Sidi Aissa ben Mohammed, mis en demeure par notre saint de s'exprimer sur ce qu'il affectionnait le plus, répondit à tout hasard qu'il aimait beaucoup les choses, de ce monde et celles de l'autre aussi, La terre s'entrouvit à Tamezlit par un ordre de Sidi ben Aliya et son ami chargea deux chameaux des richesses qu'elle dégorgeait. Dieu prodigue ses biens à ceux qui font voeu d'être siens, il ne faut pas en douter. Ce Sidi Aissa est la souche des Oulad Sidi Aissa Ahel el-Gotfa (du cercle d'Aumale), et le Zar'ez lui est redevable d'une source d'eau douce située, comme un îlot, dans les eaux salées de la Sebkha occidentale.
Le tombeau de Sidi Bôuzid avait, ainsi que ses vertus, son nom et sa réputation, disparu sous la terre. L'Ouali le fit reparaître et rappela ce saint à la dévotion capricieuse des peuples. La garde en fut par lui confiée aux Oulad Kacer.
Sidi Nadji se lamentait des ardeurs du soleil. Sidi ben Aliya déracina les pins du Djebel H'ariga (montagne du Djebel Sahari) et les planta à Berouaguia (route de Médéa à Bou R'ai), pays dénué alors de toute végétation cl où, depuis ce jour, cet arbre fut appelé Zek'ouk'ia ben Aliya.
Pareille libéralité eut lieu en faveur de Sidi F'arh'âl. Des forêts entières couvrirent le sol de Bou R'ar à Aïn Tlata,
Un parti des Oulad Mansour el-Mâdi dévalisa les Oulad ben Aliya de leurs troupeaux. Le marabout poursuivit, seul les impies qui avaient atteint, quand il les rejoignit, le milieu de la Sebkha orientale. Tout d'un coup, les eaux se changent en une boue épaisse et le goum criminel est englouti jusqu'au dernier. Ce gué reçut le nom de Fercha (Lit) des Oulad Mansour el-Madi. Les Oulad ben Alia, depuis lors, furent toujours respectés de leurs acrimonieux voisins et garantis des conflagrations obscures qui agitèrent la contrée.
Sidi Mobarek de Koléa eut un jour la féroce fantaisie d'avaler le serviteur de Sidi ben Aliya. Notre redresseur de torts à la nouvelle de cet affront, chargea sur son dos le Djebel Mena, (montagne du Djebel Sah'âri) et vola à Koléa pour écraser le coupable. Le cannibale entendit la voix tonnante de son collègue en sainteté, il entendit le fracas des roches s'entrechoquant dans leur course précipitée Mais, ô surprise! malgré ses contractions musculaires les plus laborieuses et les plus désespérées,
Sidi Mobarek ne put rendre à la lumière celui que, dans son appétit monstrueux et irréfléchi, il avait si imprudemment avalé au mépris du droit des gens. Il baissa la tête tout honteux et pleura d'une voix pitoyable. Le Saint du Sah'ara, fort attendri à l'aspect de cet embarras gastrique, prit entre son pouce et son index le long nez de son ennemi, puis après l'avoir rudement secoué, le tira malicieusement à lui. Aussitôt le serviteur glissa avec bruit des fosses nasales de Sidi Mobarek, tout humide et tout étonné du chemin qu'il avait parcouru. Sidi ben Aliya remit les montagnes sur ses épaules et rentra dans le Sah'ara.
Avant de mourir, Sidi ben Aliya avait fixé pour  emplacement de sa sépulture R'erizem el-Hot'ob (butte à 4 kilomètres Est de Mesran avec ruines romaines de peu d'importance.) Mais la chamelle qui portait son corps dans un alt'ouch (palanquin) amblait du côté de Temad, sans que ni cris, ni coups pussent la détourner de son chemin. On se soumit avec piété à la nouvelle décision du Marabout el il fut enlcrré à Temad (Djebel Sah'âri).
Il paraîtrait que des bandes d'animaux carnassiers ravageaient autrefois le Djebel Sah'âri. Il y a à peine un siècle, El-Hadj Ibrahim des Ouled ben Aliya, en purgea la contrée. Cet homme était doué d'une puissance de muscles extraordinaire. Bien souvent on le vit se battre corps à,corps avec des lions et des panthères.
Sans le flatter, disait Si Cherif ben el-Ahreuch, Bach-ar'a des -Oulad Naïl, qui le tenait de son père, il tua 200 lions, 354 panthères, 223 mouflons à manchettes, 183 autruches. Il abandonnait à ses lévriers, l'hyène, le chacal, le guépard, le lynx, le sanglier, les gazelles ; il fabriquait lui-même sa poudre. — Un jour qu'il dormait sur une montagne, un lion s'approcha de lui pour le flairer. Le chasseur ouvrit les yeux; à son regard seul l'animal  reconnut El-Hadj Ibrahim. Il fit un bond en arrière. Ah ! tu as peur de moi? lui cria le Nemrod ? le lion, humilié de ce reproche se ramassa pour l'attaquer. La balle du fusil à mèche d'El-Hadj l'empêcha de se relever. — Le fusil à pierre, n'est connu des Sah'âri que depuis El-Hadj Abd el-Kader.
Semblable imprudence arriva à une hyène. J'aurais pensé,
lui cria le chasseur, qu'un lion seul aurait l'effronterie de me provoquer. Il atteignit la couarde et imprudente bêle qui fuyait et d'un horion lui démantibula le crâne. Une autre fois, il rencontra un énorme lion à crinière noire que, dans leur effroi, les tribus avaient surnommé Bou Ch'egag, parce que, lorsqu'il s'agriffait à la terre, de profondes gerçures (chegag) témoignaient à l'instant de sa fureur. Le combat ne fut pas long. El-Hadj Ibrahim, tenant à prouver à son ennemi qu'il était plus que lui redoutable, jeta ses armes, reçut, sans fléchir, son choc en pleine poitrine, et, comprimant son cou entre ses doigts de fer, l'étouffa d'un seul effort.
A la suite de cet exploit, les lions vinrent timidement ramper à ses pieds et le supplièrent de ne pas s'opposer à leur départ de la contrée. Il y consentit. Les lions se reléguèrent à Takdimet (Takdemt) et les panthères dans le Dira. Ils ne font plus que des apparitions de plus en plus rares dans le Djebel Sah'âri.
La gazelle de montagne ( الادمي), le mouflon à manchettes
(فشتال) fechtal, quand il est adulte et (الاروي) el-aroui,
quand il est jeune : (معزة) femelle –(عتروس) mâle), continuent de fréquenter les sommets dénudés, et les sangliers les chênaies de Bestamia et du Sendjas.
On confond souvent le Djebel Sah'âri avec cette chaîne de grès et de calcaires, qui, sous les noms de Khider, Seb'a rous (sept pitons) et Sendjas, se dresse comme un rideau devant le Tell de la province d'Alger et lui dérobe le Zar'ez.
Le véritable Djebel Sah'âri est celui où stationnent les Oulad ben Aliya, les Sah'âri el-At:aïa, les Sah'âri Khebizat et les Oulad Sidi Younès. Son sol est d'une remarquable fertilité dans les vallées de l'oued Medjdel, Gaïga, Bestama, Oued Melah, Korirech, Oued Hadjia et celles du Djebel béni Yagoub. Des massifs crétacés du Béni Yagoub, Senn el-Leba, Bestama et ben Aliya, s'échappent des eaux intarissables qui alimentent les rivières ;et les sources : à leur base, l'éau se trouve seulement à quelques métrés de la croûte du sol. A l'ouest, du coté de Charef, l'oued Hadjïa, la fontaine du Ksar, celle d'el Khad'ra, et d'autres de moindre importance, coulent à pleins ruisseaux jusque dans la plaine .
La plupart des eaux sont un peu amères par suite des sels de magnésie qu'elles tiennent en dissolution. L'oued Djelfa, appelé oued Melah, quand ses eaux, d'abord douces se saturent de sel, en rasant le pied du Rocher de sel, partage la chaîne en deux parties égales. Des barrages bouchent, à leur sortie des montagnes,
Les rivières, les torrents, les moindres filets d'eau, barrages dont les Arabes ne comprennent l'utilité qu'au moment des labours où ils s'en disputent alors la possession. Des cailloux roulés obstruent tous les passages et y rendent la circulation difficile sinon dangereuse. De longs bancs de marne, verts, violets et rouges, contrastent avec les masses de grès grisâtres entremêlés d'un grossier poudingue. On trouve le marbre aux pieds du Sendjas ; la source de El-Hammam filtre au travers d'une roche de ce calcaire. Des plaques de terre blanchâtre, appelée en arabe tibchimet (تبشمت) parsèment le sol du Djebel Sah'âri (Ce mot parait plutôt appartenir à la langue berbère ) ; le nitre couvre des étendues considérables de terrain. Le Dr Mares a recueilli dans le Senn el-Leba quelques échantillons de fossiles.
Les forêts sont très-riches en arbres d'essence résineuse : le genévrier a feuilles de cèdre (طاقة), le genévrier de Phenicie (عرعر), le pin. Le Betoum (البطوم  pistacia atlantica) n'existe que dans les d'aïa en-deçà et au-delà de la chaîne. Les Arabes ont mis à profit les précieuses qualités de cet arbre. Des Européens ont malheureusement découvert qu'il était un très-bon bois à brûler.
Dans la tente, on se sert de ses drupes (خثيري) comme astringent dans la préparation des peaux; ou bien ils les pilent avec du blé dans un mortier et il en résulte une pâte qui est trouvée délicieuse au goût. Avec la (الصرة) sorra ou champignon qui pousse sur le tronc ou dans les branches de cet arbre, les Arabes teignent les peaux ou la laine d'un beau rouge-clair très-solide; de l'ex-croissance (عفس) produite sans doute par la piqûre d'un insecte sur la feuille, on retire un tan de qualité supérieure. La récolte se fait aux mois d'août et septembre.
Le Djebel Sah'âri n'a que deux principaux gîtes minéraux, celui  d'Ain H'adjera au Nord-Est de Charef et celui de H'adjar el-Maleh, à 28 kilomètres Nord de Djelfa, sur les bords de la route impériale. Ce dernier est le plus important. On pourrait peut être pendant plus d'un siècle en exploiter le sel gemme, mais la difficulté du transport en neutraliserait les bénéfices. Ce rocher, probablement formé par une éruption volcanique, est couvert de calcaire de différentes couleurs, de pyrite de fer, de cristaux de gypse. Ses grottes sont ornées de stalactites, de concrétions aux attitudes bizarres, de stalagmites à figures arrondies. Les suintements en se cristallisant ont dessiné sur leurs blanches parois des arabesques fines et déliées. Il est dangereux de s'y aventurer après une pluie à cause des éboulements causés par les infiltrations.
Au dessus du moulin Randon, se trouve une source thermale à 29°.
 Les trous de l'oued Djelfa, maintenant poissonneux grâce au génie inventif de M. Mein, directeur du moulin Randon, procurent déjà aux artistes en halieutique les agréments de la chasse.
ARNAUD,
interprète militaire.