تجاوزات بني جــــــــــــــلاب

Outrances de Beni Djellab


 
 
    Dans le milieu du XVI siècle environ, régnait sur la capitale de l'Oued-Righ un sultan du nom de Mohammed El-Ak'hol. il appartenait à une lignée dont nous aurons l'occasion de reparler et qui se fit remarquer par sa cruauté. Dans cette suite de mons­tres, Mohammed El-Ak'hal réussit à figurer comme l'un des plus sanguinaires.Tout le monde vivait dans la terreur et les juifs se sentaient particulièrement menacés ; dans le commerce de la bijouterie et dans l'usure, ils avaient fait des fortunes considérables et le trésor royal était vide. Mais l'impécuniosité de Mohammed El-Ak'hal ne l'empêchait pas de vouloir jouir de tous les biens qu'Allah a mis à la disposition des Croyants. Sachant que le Coran ne lui accordait que quatre épouses légitimes mais lui permettait autant de concubines qu'il en désirait, il avait jeté son dévolu sur toutes les juives aux belles parures et d'age nubile. Femmes et filles furent ravies à leurs familles par,les gens armés de la tribu des Oulad-Moulat.
 
A quelques jours de là,tombait l'anniversaire du sultan noir, d'où son surnom d'El-Ak'hol.Les Juifs, désireux de gagner la clémence du roi, décidèrent de lui faire un cadeau plus somptueux que celui qu'ils lui offraient d'habitude àcette occasion.Bien avant la prière du lfadjr et longtemps après celle du moghreb,les marteaux frappèrent sans arrêt les enclumes.  Lorsque l'heure de l'audience solennelle  fut venue, le patriarche de la communauté israelite, encadré par les an­ciens, se présenta au palais.Ils portaient un joyau d'un poids considérable et d'une exécution si parfaite qu'on eût dit un véritable régime de dattes, mais les fruits en étaient d'or massif et bruni au feu, et les branches d'argent ciselé. Mohammed El-Ak'hal ne put retenir un cri d'admiration et manifesta le désir de prouver aux donateurs sa reconnaissance. Ceux-ci allaient répondre en demandant la libération des captives lorsque l'une d'elles, qui avait pris un grand empire sur le souverain et, en même temps, le goût du pouvoir, suggéra au potentat d'accorder tout simplement aux Israélites l'insigne honneur de se convertir à l'islamisme .
 
         Mohammed El-Ak'hal n'avait rien a refuser à sa favorite Zémina et cette solution présentait l'avantage de ne rien coûter au trésor qui se confondait avec la cassette particulière du roi. Par crainte, beaucoup de Juifs acceptèrent l'offre qui leur était faite et manifestèrent avec une joie feinte leur apostasie ; pourles autres, la permission devint bientôt un ordre et ceux qui refusèrent d'y obéir furent décapités par le chaouch exécuteur des hautes œuvres.Plus tard, Zemina jalouse fit rendre à leurs pères et à leurs maris les autres femmes juives, et c'est leur descendance qui prit le surnom des bien récompensés. Termi­nons cette histoire en disant que Mohammed El-Ak'hal et Zemina se maintinrent au pouvoir pendant plusieurs années, multipliant les exactions et les orgies. Mais un jour  vint où ils durent payer leurs crimes :une révolte fomentée par les Juifs convertis éclata et le même coup de poignard tua le roi et sa favorite enlacés dans le lourd sommeil de l'ivresse.
 
         Les Medjahrya, nous l'avons dit, évitèrent les mésalliances, cependant il ne purent empêcher qu'un peu de sang étranger vint se mêler au leur, si bien que, le climat aidant, ils ont perdu presque tous les caracteres de leur race, à peine les distingue-t-on des autres habitante de Touggourt grâce à leur teint d'un blanc plus creux , et au fait qu'ils ont conservés une certaine répugnance à commercer et à travailler dans la journée du samedi.
 
           II n'en va pas de même pour les convertis de l'ouest que l'on rencontre surtout dans la régionde Taghit et de Béni-Abbès, On ignore à quelle date et sous quelle influence leur conversion se fit. Ils sont d'aussi pieux musulmans que leurs concitoyens, dont rien ne les différencie extérieurement. Pour savoir que l'on a devant soi un ancien Juif, il faut l'entendre parler. Alors, le doute n'est plus possible, car il prononce l'arabe et le ber­bère avec un zézaiement très particulier et qui le rend, ainsi que ses congénères, un objet de moquerie.
Quoiqu'il en soit, à l'époque où se situe la fondation de Touggourt, un ksar voisin, Nezla, vivait sous la domination de pieux personnages aux mœurs austères, ce qui indique leur ori­gine étrangère, car les Berbères et en particulier les « hommes rouges » ne craignent pas les manifestations scandaleuses : de nos jours encore, les fêtes de l'Achoura sontl'occasion de danses et de mimes qui rappellent les vieux cultes erotiques. Or, dans Nezla même, vivait une fille publique d'une grande beauté. Elle attirait les hommes de tout  le voisinage, et ce n'était chez elle que fêtes et orgies. Au cours de festins bruyants, on buvait plus que de lait  du lagmit de la sève de palmier fermente dont les   éthers  et  l'alcool   montent  rapidement au  cerveau.   Sous Se premier mouvement fut de reculer, mais il fut si cordia­lement invité que, recru de fatigue et à demi-mort de faim, il n'eut pas le courage de refuser. Précisément,on était au moment solennel où l'on apporte le Me'choui, de mouton rôti en entier sur des braises ardentes,et le marabout, plongeant les mains dans la carcasse T'gg'rt retire le morceau de choix que l'on offre à l'hôte que l'on veut honorer, et les lui tendait.Alors,Bou-Djemlein leva la voix sur un mode prophétique et dit ces deux vers que les mémoires se sont légués :
«Qu'Allah te protège ! Que ton modeste gourbi devienne maison ! Que les demeures inhospitalières se dépeuplent et s'écroulent ! »
En effet, Nezla devint comme une cité agonisante taudis qu'autour de la tente de T'gg'rt, remplacée par une maison, d'autres maisons s'élevaient chaque jour plus nombreuses.Touggourt  était née.
Un geste charitable ne doit pas avoir sa récompense seu­lement en ce monde :Allah envoya près de la nouvelleToug­gourt un homme  pieux , qui la guide vers le droit chemin il a finalement constater le succès de ses efforts : non seulement T'gg'rt était une pieuse musulmane mais elle s'était sanctifiée au point d'avoir abandonné son inflence et tout son argent entre les mains du pieux .
Touggourt devint donc une vaste communauté religieuse, mais en dehors de ces juifs convertis à l'islamisme, il existe, dans chaque oasis  d'une certaine importance des communautés juives plus ou moins nombreuses. On y pratique la loi de Moïse cha­que jour avec plus de pureté, mais bien souvent, malgré l'in­fluence  grandissante des rabbins, elle est encore adultérée par des rites et des usages anté-talmudiques, et ceci nous ramène au problème de l'antique installation juive  au Sahara. Selon certains auteurs arabes, les Berbères seraient des des­cendante des Troud venus de la Perse; selon d'autres, ils seraient issus des Philistins chassés parles Juifs après la mort de Goliath, et l'on, en donne comme preuve que le nom de Gétulie attribué au désert par les Grecs et les Latins viendrait de celui du géant que terrassa David. Ainsi s'expliquerait la vieille haine qui divise Juifs et Berbères, mais l'on sait le peu de cas que l'on peut faire des étymologies proposées par les écrivains arabes,..Néanmoins,il y a là une indication que l'historien n'a pas le droit de négliger ; elle confirme ce que nous avons dit precedement que parmi tant d'invasions qui contribuerent au peuplement du desert , il y en a eu au moins une qui vint d'Asie . Or l'on a toujours vu les juifs s'attacher au sort des armées et l'on peut assimiller  à une armée les hordes d'envahisseurs.Le fait s'est trouvé vérifié au moment où la France fit la con­quête duTafilalet : la population juive de Colomb-Béchar et des villages environnants a doublé et même triplé en quelque temps, ces commerçants-nés se trouvant attirés par le gain facile qu'of­frent le trafic d'armes et le ravitaillement des troupes ennemies. Pourquoi ce qui s'est produit de nos jours n'aurait-il pas eu lieu dès la période préhistorique ? La voie de pénétration est facile à suivre dans ses grandes lignes. La Bible nous la montre passant par l''Arabie,l'Ethiopie et l'Egypte. C'est la même qu'emprunta une fraction de Berbères qui signèrent leur pas­sage en fondant la ville de Berbera, dans le golfe d'Aden. Il est bien évident que les Juifs des premières migrations l'étaient  par la race, par le sang, non par leur religion, puisqu'ils vécu­rent de nombreuses générations avant Abraham et Moïse. Un certain nombre d'entre euxs étaient très vraisemblablement fixés sur les rives fertiles du Nil, mais ils en furent chassés par les invasions des Hycsos, ces Chananéens pillards,cousins germains des Phéniciens, qui devaient plus tard fonder des comp­toirs sur les côles de l'Afrique du Nord. Pour échapper à ces brigands cruels, une voie était ouverte aux Juifs : celle du désert sans doute moins aride que de nos jours; ils ne manquèrent pas de la prendre, les uns s'arretant dans les premières oasis, d'au­tres allant plus loin pour ne pas gêner leurs frères déjà installés dans leur action commerciale, mais tous faisant souche.Ce qui fut vrai a des âges sans date le demeure sans conteste dans la suite des temps, mais un fait semble acquis : le Sahara eut une population juive relativement nombreuse avant la réforme d'Eadras, donc bien avant le Talmud. D'ailleurs, l'épigraphie en fournit la preuve, et un auteur juif s'est plu à relever les différences entre les pratiques des Juifs sahariens ,et celles en usage chez leurs congénères de stricte observance. Beaucoup de ces nuances ont disparu, mais qu'elles aient été enregistrées souligne l'antiquité de la race juive au désert. Voici l'enumeration  de Nahum Slouschz  :
La tendance manifeste a concilier le culte solaire avec celui de la lune, la persistance des termes grecs et des noms hellénisés dans le rituel des juifs dissidents de l'Arabie et de l'Afrique, l'existence d'un rituel spécial concernant la mise à mort des animaux et  la réapparition .