الخليفة و عبيده

CONTES ET LEGENDES DU SAHARA
ANDRE VOISIN
P 79
 
LE KHALIFA ET SES ESCLAVES
Au VIII ème siècle de l'Hégire, c'est-à-dire au début du XIV éme siècle, vivait à Fès, au Maroc dans la tribu des Béni-Mérine, un saint homme qui avait l'habitude de faire tous les ans, le pèlerinage a la Mecque, il traversait donc tout le Maghreb et gagnait l'argent de son voyage en vendant les marchandises qu'il transportait dans des caisses portées par plusieurs chevaux. Sa caravane était conduite par ses enfants qui veillaient également sur leur mère. Toute la famille participait ainsi au pèlerinage.
Une année, venant de Laghouat, il s'arrêta à Touggourt et passa plusieurs jours à vendre sa marchandise sur la place du marché. Comme c'était un commerçant honnête, juste et vertueux, les habitants de cette dernière ville l'engagèrent à se fixer chez eux... Il hésita, mais il se sentait fatigué. Cela faisait trop d'années qu'il parcourait les pays musulmans... Il accepta donc la proposition des Touggourti et reçut le nom de Djellab.
Cependant le climat de Touggourt ne lui convint pas ; l'humidité de l'Oued-Rhir accablait terriblement son corps de vieillard... Il décida de s'installer plus à l'ouest, à El-Oued. Les Soufis le reçurent avec déférence et lui donnèrent même le titre de Khalifa. Djellab vécu paisiblement jusqu'à l'an 1335T où survint une sécheresse comme personne n'en avait connu auparavant.. Sous l'effet de la chaleur persistante, l'eau des puits se tarit, les palmiers se desséchaient, les animaux moururent par centaines et les hommes n'ayant plus de fruits, de dattes et de viande pour se nourrir ne savaient plus que faire pour survivre. Ils furent obligés de vendre leurs fils et leurs filles et Djellab qui était devenu immensément riche, acheta 1500 enfants aux pauvres "Khammès".
La sécheresse persistait .Ne pouvant plus se nourrir, les hommes se vinrent dans l'obligation leurs femmes et le Khalifa les acheta toutes.
La misère était devenue terrible, les pauvres paysans vendirent leurs chameaux, leurs ânes, leurs palmeraies, leurs outils, leurs maisons, leurs jardins… Les gens d'El Oued ne possédaient plus que gandouras sur leur corps squelettique et, la disette continuant toujours, ils finirent par se vendre eux-mêmes... Djellab se trouva donc propriétaire de tout ce qui existait autour de lui.
Un jour, il réunit ses milliers d'esclaves et il leur tint ce discours : "J'ai décidé de repartir. Je veux accomplir un dernier pèlerinage à la Mecque. Faites vos préparatifs;  je
vous emmène tous avec moi, mais, avant de m'en aller, je désire construire une magnifique mosquée.  La récolte des dattes est terminée, nous allons nous mettre au travail dés demain .
 
 Cette nouvelle fut accueillie avec résignation et personne ne chercha à se soustraire au désir du maitre. Chacun se mit à l'œuvre : les fours à plâtre furent creusés et des montagnes de pierres s'entassèrent rapidement sur le lieu du chantier.
En quelques semaines, le minaret d'une belle mosquée aux murs blancs s'éleva dans le ciel bleu. On pouvait même admirer un vaste Midhâa (bassin pour ablutions) dans la grande cour et une Qibla (niche de direction de la Mecque) décorée de carreaux de faïence dans l'immense salle des prières.
Lorsque tout fui terminé, le riche Khalifa, demanda à tous de venir faire la prière du vendredi dans la vaste mosquée. Il monta dans le Minbar (chaire à prêcher) et s'adressa à ses esclaves.
"Je vous ai achetés et vous ?tes restés. Je vous ai fait travailler et vous n'avez pas cherché à fuir les travaux. Je vous ai demandé de construire une mosquée et vous avez édifié le plus bel édifice religieux que je connaisse. Pour vous remercier de tout cela, par-devant notre prophète et ses anges et par amour pour eux je vous rends à tous votre liberté ; Reprenez vos femmes , vos enfants, vos palmeraies , vos jardins …. ils vous appartiennent désormais".
Des cris de joie s'élevèrent sous la voute de la Djemaa et pour exprimer leur reconnaissance à la généreuse pèlerine, ils lui déclarèrent qu'ils resteraient toujours ses serviteurs dévoués. Ils firent également la promesse solennelle d'être fidèle à sa religion : l'Islam.
  Et depuis cette année bénie de 1335, les habitants du Souf ont toujours suivi les pérceptes de la religion musulmane