سحر الصحراء في كتابات الغربيين

L’envoûtement du Sahara dans les écrits occidentaux

GOUAL Fatima
Université Ouargla(Algeria)


La place que le Sahara occupe dans l’imaginaire des écrivains et chercheurs nous intéresse plus particulièrement dans cette étude. En effet, artistes et hommes de lettres se sont nourris de cette expérience du désert.
Ils ont ainsi enrichi les bibliothèques et ont communiqué le goût du voyage à un public de plus en plus large.
Comment cet espace désertique, ce vide peut-il être aussi attractif ?
Comment ce néant peut-il fournir un matériau illimité à l’imaginaire ?
Au début du 19ème siècle, le Sahara était encore mal connu, si ce n’est par l’audace de quelques explorateurs tels que René Caillé, Heinrich
Barth, Henri Duveyrier, Guy de Maupassant... Cependant, l’invasion de l’Algérie par les troupes françaises, « Apôtres de la civilisation, portant
au bout de son arme le drapeau de la liberté et de la fraternité de tous les peuples de l’univers. »i fut alors le début d’une véritable expansion vers le
Sudii. Cette percée dans le Sahara et sa pacification faisaient le rêve des
chercheurs. Et de ce fait, les approches divergent ; ceux animés par les progrès illimités de la science et de la technologie, pensaient pouvoir dominer le Saharaiii et ceux, dont l’imaginaire était transporté par cette nature à l’état originel, authentique dont ils auront l’art incomparable de peindre et de décrire, ceux là veulent échapper à un monde en mutation, au règne du rendement et de la productivité. En effet, ces doux rêveurs ce sont inspirés de cette immensité pour dire au monde que la barbarie n’est pas le propre des civilisations non développées ceux qu’ils appellent primitifs ou encore indigènes, pour eux cette barbarie, elle est au contraire dans l’idéologie matérialiste occidentale à laquelle ils veulent échapper.
Ce besoin de liberté sans limite, ce désire d’ouverture sur le monde, cette quête rationnelle d’une nature restée nature, ils le trouvent dans le Sahara, espace qui dépouille l’être de toutes ses constructions artificielles, c'est ce que nous suggère Maupassant: "Elle est monotone, toujours pareille, toujours calcinée est morte, cette terre; et, là, pourtant, on ne désire rien, on ne regrette rien, on n'aspire à rien. Ce pays calme, ruisselant de lumière et désolé, suffit à l'oeil, suffit à la pensée, satisfait le sens et le moi « La » révélation. C’était à l’époque le Sahara des méharistes. Et la lenteur même de cette pénétration dans un monde inconnu fut, j’en suis certain, le facteur prédominant de cette passion qui depuis ne m’a jamais quitté. »ix En effet, tous ceux qui ont le privilège de visiter le désert en reviennent enthousiasmés. Qu'il s'agisse de travaux d'érudition ou de récits de voyages, ils expriment tous, ce merveilleux contraste de la sauvage harmonie du désert qui ravit.
« Je regarde en arrière. Depuis El-Kantara, quel abreuvement de lumière ! Plus un nuage au ciel beau fixe de mon coeur. Le désert m’a guéri de mes dégoûts de tout je vogue dans la stratosphère. Un vertige de bonheur. Mais pour l’avoir connue, cette lumière euphorique, pour m’en être gorgé, imprégné, imbibé, est-ce que tout, après elle, ne me paraîtra pas sans chaleur ni couleur ? Comparé à ceci, que tout sera frigide, insipide et décoloré ! Comment s’acclimater, se ré-acclimater aux ciels embués du Nord, aux tintamarres des villes, après cette cure rénovatrice de silence et de lumière"x ?
" frigide, insipide et décoloré // guéri, vertige de bonheur, lumière euphorique.
"ciel embués, tintamarres // lumière, silence"
En créant cette antithèse entre les manifestations de la vie au désert et celle de son pays, l'auteur avoue son attachement à cet espace vide qui semble l'envouter.
Ecoutons-le nous livrer ses impressions:
On me l’avait prédit : « Méfiez-vous du Sud, car il conquiert ».
Et je riais. Aujourd’hui, c’en est fait. Partout ailleurs qu’ici je serai en exil : Ulysse chez Calypso, Ovide chez les Sarmates.
Jamais je ne pourrai vivre dans ma dolente Europe natale, où le soleil brille en veilleuse comme un « misbah » sur un tombeau. Et je fais mien l’aveu d’Isabelle Eberhardt : j’ai voulu posséder ce
pays, et ce pays m’a possédé.
O désert ! Désert splendide et rude, consolateur, exaltateur, terre élue, je suis ton suppliant et ton adorateur !»
Ce passage explicite d’une manière assez frappante la relation passionnelle, l’union intime entre un être et le Sahara, une émotion délicate où se traduit une grande sensibilité. En effet, dans le voyage, l’âme découvre toute la relativité du monde et en tire à la fois enrichissement et modestie. Cette terre où le sable règne en maître, retient définitivement l’auteur, aux yeux de qui le voyage est une seconde vie.
De cette référence constante au soleil, à la lumière, au silence, naît la mélancolie. Ce passage n’est nullement la description simple et objective ou photographique d’un endroit pittoresque, malgré toute la précision dont l'auteur est capable, mais bien au contraire une description choisie en fonction même de sa sensibilité et des sentiments qui l’animent à ce moment même. Il choisit dans ces endroits eux-mêmes les éléments qui suggèrent sa passion envers le Sud : La lumière et encore de la lumière : abreuvement de lumière - lumière euphorique - cure rénovatrice de lumière.
Quel contraste ! Le pays de la soif et de la peur est pour l’auteur un endroit de rêves. Il est pris dans ses filets : un captif mais qui refuse qu’on le libère.
Dans cet extrait l’auteur manifeste cette certitude qu’on retrouve chez la plupart des écrivains, maintes fois exprimé par des images : La magnificence de l’astre du jour - l’éclat du jour, une lumière pure – un éblouissant azur - Le soleil déverse un flot de paix et de béatitude – la sérénité des nuits indolentes - la coupole de velours bleu criblée de points d’or - des oasis joyaux d’émeraudes...
Chez HENRI Lhote les faits dépassent les mots: « Il est impossible d’imaginer le chaos fantastique qu’est la Koudia, car les faits dépassent les mots. C’est un spectacle inouï, un décor oppressant. Et comment essayer de décrire les levers et les couchers du soleil sur ces montagnes ?...Elles s’empourprent, s’embrasent à mesure que le disque solaire exquise, tremblant dans la nuit descendante ; du jaune enflammé, l’horizon passe au rose le plus tendre, puis au vert, au violet, au bleu, dans une féérie inimaginable, dans une orgie de couleurs qui a dérouté jusqu’ici tous les peintres qui ce sont essayés à les fixer. ». Cette dernière image longuement développée est insolite. La splendeur du soleil
couchant. On dirait que l'astre du jour veut se faire pardonner ses ardeurs cruelles de la journée, alors, il s'en va éblouissant dans l'immensité nostalgique qui s'impose à la contemplation et à l'admiration.
La passion de ces écrivains paraît étrange et fabriquée ; mais, si on y regarde de plus près, elle apparaît alors fondée et d’une grande valeur morale.
« Le désert est pour ceux qui cherchent, non pas pour ceux qui possèdent .
Que cherchent-ils dans cette immensité désertique ?
Le désert bouleverse l’ordre des valeurs. Ce qui a de la valeur ailleurs, ne peut en avoir ici. En effet toutes les richesses du monde n’y achètent rien. On peut mourir à côté d’une bourse crevant d’or et d’argent.
Le désert nous ramène à la connaissance de nous-mêmes, de ce qui est réel, de ce qui compte le plus à la vie. Il nous apprend la résignation, l’endurance, la discipline, le courage et d’autre vertus comme la prudence, la mesure, l’intelligence et par-dessus tout la prévoyance. Il est la véritable école de l’homme libre.
Cette terre aride et désolée est une terre d’accueil pour tous, celle d’un monde riche d’histoire et de culture. Car il nous importe de partir à la reconnaissance des confins de la vie des Touareg, maîtres incontestés du désert, d’apercevoir au moins les bases où ils ont planté leur camp de départ, les routes qu’ils ont sillonnées, les empreintes que leur fière et noble allure a laissées. Dans son ouvrage « Sahara toujours recommencé » HENRI JEAN Hugot déclare :
« Nous sommes trop compliqués pour eux. Trop compliqués et trop loin aussi de la sagesse antique qui est leur apanage. C’est donc le coeur simple et la main ouverte qu’il faut aller au devant d’eux. »xiv puis il rajoute: -« Nous sommes les fils d’une économie de gaspillage qui nous a fait la main prodigue, le coeur sec, le caractère aigre. A titre propitiatoire, il nous faut faire avec humilité ce nécessaire voyage, au pays de la soif si nous voulons savoir, pourquoi des femmes, des enfants et des hommes meurent à côte de puits taris pendant que nous laissons déborder nos baignoires et que nous noyons nos jardins. Et pourtant, que le Sahara devient beau dès que le ciel, le prenant en pitié, lui accorde quelques ondées bienfaisantes ! ».
L’oeil froid, l’esprit attentif, le Nomade est un homme libre, une  liberté que lui procure le grand désert. Ce noble guerrier, ce craintif que les « kel assouf »xvi terrorisent et que les foules angoissent, va poursuivre de ses pas assurés le parcours séculaire tracé naturellement par sa société.
Le contact non plus avec le désert seulement mais avec ses habitants, nous permet de dire que le Sahara a formé une race d’hommes supérieurs,
dont il fait bon s’approcher. En effet le nomade est pauvre, si l’on parle de richesse matérielle. Son voeux est simple : « O Dieu je te demande trois grâces : l’amour des jeunes filles, la vaillance aux combats, et le pardon le jour du jugement ». Il s’agit d’un homme qui gouverne sa vie avec calcul et lucidité : la somme d’une grande simplicité et d’une résignation sans limite. Ces hommes ne se fient qu’à leur observation et puisent toute leur énergie vitale de la nature. Ce sont des hommes qui
vivent heureux par leurs propres moyens, par leur propre voie, sans que rien ne les force. Car ce nomadisme est loin d’être une errance, il est organisé et méthodique. Cependant, pour le voyageur, c’est la recherche du dépaysement, des rencontres, de la diversité, du rêve et par dessus tout; le retour vers l'élémentaire, le primordial. Cette nostalgie du monde originel les guident vers le Sahara. Pour Jean Ives Leloup, ce désert est un lieu du retour à l'intime de soi: « Le monde, c’est la trop lourde présence des choses où l’on sent parfois la trop vive absence de Dieu. Le désert, c’est la trop douce présence de Dieu. ».
En effet, des explorateurs célèbres, des savants éminents, des voyageurs en renom, des archéologues et des missionnaires ont apporté, chacun dans son domaine, une part assez importante à ce vaste édifice élevé par la science sur les mystères du désert. Mais bien que la
bibliographie saharienne soit extrêmement riche, il est difficile pour nous d’approfondir notre recherche et consulter l’ensemble des ouvrages publiés que le désert a pu inspirer au cours de ces deux derniers siècles aux auteurs occidentaux de langue française ou anglaise. Il a donc paru plus judicieux de brosser des textes choisies par nous même, susceptibles de montrer la part réservée au Sahara dans les écrits sur le désert. Tous les écrits s’entendent sur une même définition du désert : « Une immense étendue de sable et de plaines désolées ». Terre tourmentée, battue des vents implacables et des tempêtes de poussière et de sable dont la puissance inouïe fait craindre aux habitants du désert ces bourrasques qui paralysent toute activité humaine, faisant se confondre le ciel et la terre.
Les récits abondent en épisodes terrifiants de caravanes perdues, d’hécatombes d’animaux, de tentes balayées et englouties avec tous leurs occupants…Pourtant ce désert aux multiples visages, cet espace immense à l’aspect sinistre et désolé, cette terre impénétrable et cruelle, tourment des voyageurs assoiffés, ce pays de la soif éternelle, organisé contre l’homme, le séduit et le tient puissamment quand il l’a pris.