أسطورة تالة المدينة القديمة

Extrait de Histoire du Sahara Par René Pottier
 
 
L'ethnographie révèle que Carthage eut une influence religieuse : Tanit était la grande déesse carthaginoise; or, à Ouargla, au-dessus de nombreuses portes, existe une curieuse figure géométrique que l'on appelle signe de Tanit. Elle ce compose essentiellement d'un cercle d'où partent, à la partie inférieure, deux traits en forme de V majuscule renversé. Survivance d'un culte érotique, elle représente un sexe féminin et les jambes écartées; la preuve en est que le centre du cercle est souvent occupé par un bol ou une assiette : lorsqu'une jeune fille de la maison se marie, on brise cet ustensile ménager à coups de pierre, symbolisant ainsi le sacrifice de la virginité à une divinité supérieure.
Carthage abattue, les Berbères, au lieu de voir leur puissance augmenter, sont en quelque sorte vassalisés par l'Empire. Attirés par les richesses fabuleuses que l'on prêtait à l'Afrique, de nombreux Romains passent sur le continent et y ajoutent leur puissance politique à la puissance militaire. La population autochtone semble avoir accepté cette situation sans réactions brutales durant tout le règne de Micipsa, mais, après la mort de celui-ci, survenue en 119, et l'usurpation de Jugurtha, les choses changent   :   les   indigènes  vont   s'efforcer  de   secouer  le   joug romain On réussira dans le nord à le mater, le sud sera toujours plus ou moins dans un état de révolte, et cela jusqu’a la chute de Rome.
Cependant, les débuts de la lutte ne furent guère encourageant : l'indiscipline berbère, qui se manifestait jusque dans la bataille, ne pouvait lutter victorieusement contre la discipline des Légions. A plusieurs reprises les troupes de Jugurtha furent vaincues et lui-même dut s'enfuir vers le Sud. Il se réfugia, dit-on, dans Thala ou Tala.  Les  géographes ont cherché à  situer cette localité sur les cartes, un historien comme E. Mercier aime mieux avouez son ignorance. Nous sommes tenté de la placer quelque part aux environs de Touggourt. Avant de fournir nos arguments, nous sommes obligé de rapporter une légende de l'Oued Righ, dont on excusera le caractère scatologique.
Aïcha bent Teubih, fille du sultan de Touggourt de cette époque, avait, à son tour, eu une fille que l'on nomma Nour, la lumière. Cette enfant, véritable splendeur faite pour réjouir les yeux, avait un grave défaut : elle portait à sa bouche et avalait tous les objets, même les plus durs, qui lui tombaient sous la main. Pour la guérir de cette infirmité, on la conduisit à la tombe d'un personnage vénéré. Celui-ci lui apparut, et non seulement il lui promit la guérison, mais il ajouta que, grâce à elle, l'Oued Righ connaîtrait une prospérité dépassant les rêves les plus audacieux. Au repas qui suivit, Nour mangea des dattes, de celles que donnaient alors les jardins, des dattes sèches, grisâtres, sans saveur, et... elle avala les noyaux. La caravane se remit en route. Nour fut bientôt prise de douleurs d'entrailles si violentes qu'elle dut faire baraquer sa chamelle et se retirer dans un lieu abrité. L'opération fut douloureuse et longue , sept fois elle s'arrêta, sept fois elle se releva, et sept fois elle laissa un petit tas de sept noyaux.   Détail étrange- l'atmosphère fut parfumée d'un subtil parfum de miel. A partir de ce moment, Nour n'avala plus rien de dur, aussi, l'année suivante se rendit-elle en action de grâces auprès de la tombe miraculeuse. En approchant du lieu où elle avait tant souffert, quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir sept gerbes de sept palmiers et portant des fruits si bons et si beaux que nul humain n'en avait encore jamais vu ni goûté de semblables : c'étaient les Deglet-Nour, les doigts ou rayons de lumière, dont la réputation est devenue mondiale. L'endroit du miracle s'appelle Harihira, la petite crotte ou la petite  défécation.
Cette légende a de l'intérêt même pour l'historien, car elle tendrait à prouver que le palmier. — du moins de l'espèce Deglet-Nour, — a été introduit au Sahara à une date relativement  récente. Ce  n’ est pas pour cela que nous l’avons citée mais parce que Aïcha, la mère de Nour, était la femme de Moussa Et-Talaoui. sultan de Tala. Si l'on cherche à obtenir des indigènes de Touggourt, qui rapportent ce récit des renseignements sur cette Tala, ils la situent vaguement vers le nord, mais disent que même ses ruines ont disparu. Pourtant, elle devait être une ville relativement importante puisque, toujours selon la même légende, son sultan, qui fait figure d'aventurier était beaucoup plus riche que le sultan de Touggourt. Ce récit est sans doute insuffisant pour affirmer que Tala ait été une cité de l'Oued Righ, mais que de bourgades anciennes ont trouvé place sur les cartes nord-africaines  grâce à des renseignements de  ce genre !
Quoi qu'il en soit, Métellus vint mettre le siège devant Tala. Jugurtha réussit à s'en échapper.- Est-ce alors, si l'on en croit une des étymologies données au nom de Touggourt, que le roi berbère fonda ce ksar fortifié ? Il n'y aurait là rien d'invraisemblable. Métellus perdit son temps devant Tala. Il ne l'abandonna qu'après l'avoir ruinée et incendiée, ce qui expliquerait qu'il n'en reste même pas de ruines. Jugurtha, au contraire, fit une diligente propagande parmi les Gétules. Il en groupa un certain nombre autour de lui mais, au lieu de se livrer à ces bataille rangées qui lui avaient été si funestes, il faisait une guérilla sans répit ruinant les points de ravitaillement des Romains .
Ses prises étaient envoyées à l'abri dans Gafsa, dont la situation ne rend pas impossible l'emplacement proposé pour Tala. Il fallait d'ailleurs que Jugurtha fût assez loin, et c'était le cas s'il vivait dans Touggourt, pour que les ennemis, sous les ordres de Marius, pussent s'emparer de ses réserves. A son tour, en perdant Gafsa, Jugurtha était privé de vivres. « II tenait toute la ligne du désert », ce n'est pas de là qu'il pouvait tirer sa nourriture et encore moins refaire son armement. Il appela Bocchus et ses Maures à son secours. Un combat s'engagea au cours duquel les Romains résistèrent sans pouvoir entamer leurs adversaires. Ceux-ci, heureux de cette demi-victoire, au lieu d'employer la nuit à se réorganiser et à se reposer, se livrèrent au chant et à la danse . Au matin, ils étaient harassés lorsque, nous apprend Salluste, les Romains se jetèrent sur eux, en massacrant un grand nombre. Alors eut lieu un de ces actes de félonie comme on en enregistre tant dans les annales de l'Afrique du Nord : Bocchus livra Jugurtha à Syllas, Les Gélules durent traiter avec les Romains qui les considérèrent comme des alliés libres. Ils furent un certain temps fidèles à leurs promesses, puisque, grâce à leur action, César put, au cours de l'année 46, vaincre Juba trop inquiété sur ses flancs et ses arrières pour lutter efficace­ment  contre  l'armée romaine.
Le meurtre de César, les luttes entre partisans d'Octave et partisans d'Antoine, allaient bientôt tout remettre en question. Comment les Gétules n'auraient-il s pas profité de ces dissensions ?. Ils sortirent du désert et portèrent le pillage dans le Tell.  On se tromperait, selon nous,  ai l'on voulait voir là une véritable guerre avec des troupes organisées, obéissant à un chef unique. En réalité, les tribus du désert répondaient à cet éternel besoin de transhumance qui les chasse de leurs terres arides au moment des chaleurs estivales. Affamées, elles se joignaient tantôt aux uns, tantôt aux autres, pour voler plus fructueusement et avec moins de risques. N’empêche que lorsque Auguste voulut organiser l'Afrique, il fut obligé de créer une police nombreuse  et  bien  armée  contre  ces  incorrigibles  Gétules,  et Tebessa qui se trouvait à une sorte de carrefour devint le siège permanent de la IIIe légion, dite Augusta.
La précaution était bonne. Pendant tout le début du règne de Juba II, placé sur le trône de Numidie, bientôt augmenté, en 17, du pouvoir sur les deux Maurétanies et sur une partie des tribus gétules, celles-ci effrayées par ce déploiement de forces ordonnées se tinrent à peu près tranquilles, c'est-à-dire qu'elles n'osèrent s'attaquer qu'aux confins du désert dans lequel, à plusieurs reprises, des généraux durent les rejeter. On considérait cela connue une telle victoire que L.-A. Pétus, en 29, et L.-S. Atratinus, en 21, reçurent les honneurs du triomphe. Cependant, c'étaient des victoires sans lendemain et la lutte était toujours à reprendre sur un point ou sur un autre : en 19, c'est l'expédition de L. Cornélius Balbus contre Djerma et les Garamantes, cette race de voleurs indomptable, selon le mot de Tacite, et son succès lui valut, à lui aussi, le triomphe, faveur tout à fait exceptionnelle accordée à un général qui n'était pas citoyen romain.A force de lutter contre des armées solidement constituées, les Sahariens avaient acquis certaines notions de tactique et un certain goût de la discipline. De plus, comme tous les indigènes, ils avaient la haine du Romain qui pratiquait la colonisation selon la manière forte. Ce sentiment créait un lien solide entre eux, plus solide que les motifs de discorde nés de leurs différences de races, Juba fut considéré comme un traître qu'il fallait écraser. A plusieurs reprises, ses armées furent battues et il aurait sans doute fini par être vaincu si Rome ne lui avait envoyé des renforts sous le commandement de Cn. Corn. Cossus. La lutte fut âpre et longue. Cossus n'avançait que sur une route semée d'embûches, et il ne put se proclamer victorieux qu'en l'an 6 après Jésus-Christ, ce qui lui valut le surnom de Getulicus.
Les Garamantes et les Gétules, auxquels s'allièrent les Nasamons, — ces hommes qu'Hérodote fait vivre sur la rive est de la Grande  Syrie,  mais   dont très  probablement une  partie  avait émigré jusque dans le Sud-tunisien et même jusqu'à Ouargla, — en un mot, tous les indigènes de l'est s’unirent en une vaste coalition . Tout le desert insurgé contre Rome . Il y avait là une sérieuse menace et il fallut tout le talent de Carinius pour châtier les rebelles. Il est juste de reconnaître que cette coalition portait en elle la faiblesse de ce genre d'alliances : elle etait trop nombreuse , quant au commandement pour lutter contre un chef unique.
Si Rome avait été assez forte ou si elle avait compris, elle aurait alors assuré sa victoire et consolidé sa position dans le monde en occupant le Sahara; elle ne le put ou ne le voulut pas, laissant ainsi un refuge aux chefs berbères vaincus, d'où ils pouvaient revenir  avec  des forcer  renouvelées.
Ce fut ce qui arriva avec Tacfarinas, un Berbère qui avait déserté la légion où il s'était engagé. Il profita de  la mort de Juba II pour augmenter encore sa pression mais vers l’an 17 déjà on le voit se jeter sur les campements romains établis dans l'Aurès. Malgré l'appui de nombreux chefs berbères, il éprouve une première défaite. Il n'insiste pas davantage, il se retire dans le désert. Il a compris la cause de son insuccès, lui qui a été soldat romain : ses hommes sont courageux, plus courageux peut-être que leurs adversaire mais ils se heurtent a un mur fortifie par la discipline et l'obéissance. Il cherche à profiter de son inaction forcée pour faire manœuvrer ses troupes dans ces solitudes sablonneuses où les Romains craignent de s'avancer, mais il n'y a pas que les Garamantes à être une race indomptable; dès qu'il ramène ses Berbères à la bataille, ceux-ci reviennent à leurs anciennes erreurs. Sans doute, il obtient des succès locaux et qui ne sont pas négligeables, mais, en 20, battu par le Proconsul L. Apronius, il est obligé de se retirer vers le sud; en 21, le successeur d'Apronius, le Proconsul Blaesus, auquel on a donné en renforts une partie de la IXe légion lui fait subir, le même sort. Cette lois, il semble bien qu'on en a fini avec l'agitateur, au point qu'en 22 l'empereur Tibère donne l'ordre a ses troupes de remonter vers le nord .