التجارة و الابحار في الجزائر قبل الاحتلال "فرنسي"

Le Commerce et la Navigation de l'Algerie avant la Conquête Française

                                      Tome 1   P 101-102-103
 
                                               Baron Bondé


 
 
          En sortant de Biskra, on se dirigeait vers Tougourt. On compte quarante-sept lieues entre les deux villes. Tougourt, le Turaphilum* de Ptolémée, suivant quelques auteurs, était le plus riche entrepôt de l'Algérie méridionale. Les tribus du désert s'y donnaient rendez-vous de tous les points du Sa­hara. Elles y portaient des tissus de laine, des harnais, des pelleteries, de l'alun, des figues, des raisins secs, du blé, de l'orge et d'autres productions agricoles, et s'approvisionnaient  par achat ou par échange, d’épiceries apportées de Tunis ou de Constantine, de quincailleries, de toiles de lin et  de coton, de draps européens, de corail, de bijoux pour les femmes et de dattes récoltées dans le pays-.
 
L'affluence des étrangers à Tougourt était considérable. Ses habitants avaient des communications fréquentes avec les villes du Beled-el-Djerîd (lepays des palmes), R'dâmes, l'oasis de Touât, Sedgelmêssa ; et les caravanes de Tunis et de Constantine qui se rendaient dans les régions centrales de l'Afrique, y séjournaient ordinairement. Léon l'Africain, qui avait longtemps habité Tougourt, dit que le cheikh de cette ville payait au roi de Tunis un tribut de cinquante mille ducats, et qu'il lui en restait encore cent trente mille de revenu, sur quoi il entretenait une garde nègre.
 
 
        En zenatïa, Tougourt veut dire jardin. L'oasis qui porte ce nom n'est  en effet, qu'une longue suite de jardins ou plutôt de magnifiques vergers, plantés de figuiers, de grenadiers, de pêchers, de dattiers et d'un grand nombre d'autres végétaux. On y cultive le coton, le hàchich et la garance ;ce dernier produit est tellement abondant, qu'il n'est pas rare de voir un seul individu en récolter jusqu'à cent charges de mulet.
 
       Tougourt, quoique bien pourvue d'eau, n'a cependant ni ruisseau, ni rivière; les sources mêmes y sont très-rares; mais une immense nappe d'eau, qui s'étend à une grande profondeur au-dessous de la couche argileuse, fournit abondamment à tous les besoins. La présence de cette mer souterraine, comme l'appellent les indigènes, est confirmée par une légende populaire. Les Arabes regardent tous les chrétiens comme sorciers. Ils disent que l'Algérie méridionale était autrefois un pays très-fertile, arrosé par de nombreuses rivières, où l'on admirait la plus riche végétation du monde, mais que les chrétiens, jaloux de ne pouvoir posséder une si merveilleuse contrée, ont  par leurs maléfices  fait rentrer sous terre toutes les sources du Sahara.
 
Les puits creusés par les habitants de Tougourt, qui ont jusqu'à vingt hauteurs d'homme, sont de véritables puits artésiens, avec cette différence que les habitants, ne connaissant pas la méthode du sondage, emploient les procédés ordinaires d'excavation. Chaque village possède une de ces sources inépuisables, dont l'eau, au moyen de conduits, est distribuée dans tous les jardins.
 
La section de ces puits est de forme carrée, et un seul ouvrier ou plongeur (c'est le nom qu'on lui donne) est employé .
 
* Ce nom est d'origine phénicienne. Tura-phil veut dire la colline de l'Eléphant