تقرت ... مدينة "فرنسي"

 Techort, cité

                                 DESCRIPTION DE L'AFRIQUE -
                                                   LEON L'AFRICAIN  P 121
  

                                                       Techort, cité.
 
Techort est une ancienne cité, édifiée par les Numidiens sur une montagne en forme d'un promontoire, et au-dessous prend son cours un petit fleuve sur lequel y a un pont levis, comme on a coutume de tenir aux portes des cités et forteresses. Elle est environnée de murailles à craie et pierre vive, fors du côté de la montagne, parce que les hauts rochers lui servent de rempart, et distante de la mer Méditerranée environ cinq cents milles du côté de Midi, puis éloignée de Tegorarin par l'espace de trois cents milles, confinant jusqu'au nombre de trois cents feux.
 
Toutes les maisons sont faites de brique et pierre vive, fors le temple dont la structure est de belles et grosses pierres entaillées. La cité est bien peuplée, tant d'artisans comme de gentilshommes, lesquels sont fort opulents en possessions de dattiers; mais ils se trouvent merveilleusement nécessiteux en grains, combien que les Arabes leur en apportent de Constantine, qu'ils troquent contre les dattes.
 
Ils se montrent fort affectionnés à l'endroit des étrangers, lesquels ils reçoivent en leurs maisons amiablement, sans en demander aucun paiement, et leur donneront plutôt leurs filles en mariage qu'à ceux de leurs pays mêmes, leur assignant le douaire sur les possessions, comme l'on fait en Europe. Davantage, ils leur font plusieurs présents, voire de grande valeur, encore qu'ils n'espèrent plus les revoir, mais seulement pour démontrer leur grande libéralité.
 
Premièrement cette cité fut gouvernée par les rois de Maroc; depuis ceux de Telensin se la rendirent tributaire, et finalement elle a été réduite sous la puissance du roi de Thunes, lequel en retire cinquante mille ducats par an, mais sous telle condition qu'il les viendra recevoir en personne, tellement que celui qui règne à présent s'y est acheminé deux fois pour ce même fait.
 
Autour de la cité se voient plusieurs châteaux , villages, avec quelques lieux et territoires distants d'icelle par l'espace de trois ou quatre journées , d'où les habitants sont tous sujets au seigneur de la cité, lequel a de revenu par an cent trente mille ducats, et tient bonne garde de chevaux, arbalétriers et arquebusiers turcs, qu'il soudoie fort bien, tellement qu'il donne occasion avec meilleure envie à un chacun de demeurer en sa cour. Et, à dire vrai, il est magnanime et libéral autant que jeune seigneur pourrait être, et s'appelle Habdulla, avec lequel j'eus familiarité qui me le fît trouver traitable, courtois et modeste, tant que rien plus, caressant et favorisant merveilleusement les étrangers.